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« J’aime l’uniforme, j’aime aider, j’aime servir »

Le Québec a la particularité d'avoir les corps policiers où il y a le moins de diversité au pays. Mais ce portrait est appelé à changer, car les établissements de formation multiplient les efforts pour recruter des gens issus de minorités ethnoculturelles, comme le Montréalais Wadley Angibeau.

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Wadley Angibeau, étudiant en techniques policières

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Wadley Angibeau réalise un rêve qu’il caresse depuis l'enfance : devenir policier à Montréal, sa ville, là où il estime se sentir le plus utile.

Dans quelques jours, le jeune homme d'origine haïtienne va entrer à l'École nationale de police du Québec à Nicolet avec, en poche, une promesse d'embauche pour intégrer les rangs du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) d'ici la fin de l'année.

Sa route a toutefois été longue et semée d'embûches. Jusqu'à récemment, les portes du métier lui étaient restées closes. Il avait même tenté sa chance en Ontario. Là aussi, sans succès.

« Depuis l'âge de cinq ans, je veux être policier, maintenant j'en ai 25. J'aime l'uniforme, j'aime aider, j'aime servir. »

— Une citation de  Wadley Angibeau, étudiant en techniques policières

Puis, l'automne dernier, tout s'est débloqué. Il a intégré un programme d'Attestation d'études collégiales (AEC) en techniques policières. Avec la pénurie de main-d'œuvre, il a bénéficié d'un contexte favorable. Cette année, l'École nationale de police a ouvert 108 places supplémentaires, dont 90 réservées à la diversité.

Un appel d'air qui se fait sentir dans les cégeps, passage obligé pour être reçu à Nicolet. Trois cohortes en AEC techniques policières ont été ouvertes, plutôt qu'une seule habituellement, pour tout le Québec.

Wadley Angibeau a suivi son programme au Collège Ahuntsic à Montréal. Sa classe est à l'image de la diversité ethnoculturelle de la métropole québécoise. Lors de notre visite, nous lisons sur les visages des étudiants la fierté d'être là.

Je me sens chanceux parce que je sais que beaucoup de monde aimerait être à ma place, confie dans un sourire l'apprenti policier. C'est très gratifiant comme formation et comme métier.

Il a pourtant grandi à Cartierville, un quartier populaire où les rapports entre la police et la population n'étaient pas un long fleuve tranquille.

« Quand on était plus jeunes, il y avait des préjugés. On disait : "Les policiers sont racistes, on se fait souvent intercepter". Je me disais : "C'est pour ça que je veux rentrer, je veux être la solution". »

— Une citation de  Wadley Angibeau, étudiant en techniques policières

M. Angibeau s'amuse des remarques qu'il a pu essuyer dans son quartier où on le qualifiait à l'occasion de traître, parce qu'il voulait choisir l'autre camp.

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Wadley Angibeau dans les rues de Cartierville, son quartier d'origine, où il réside encore aujourd'hui.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

La réputation de la police, un obstacle pour le recrutement

Dans le milieu collégial, la réputation de la police a été définie comme un obstacle pour recruter de jeunes professionnels issus des minorités.

C'est pour lutter contre les préjugés que l'agente recruteuse du SPVM Ingrid Cataldo va à la rencontre des jeunes dans les écoles, les cégeps et même les universités.

Les préjugés sont parfois tenaces et l'entourage peut même annihiler des vocations. C'est la raison pour laquelle Ingrid Cataldo a pour mission de démystifier la profession auprès des jeunes, mais aussi de leur famille.

Elle rappelle que de nombreux nouveaux arrivants ont été aux prises avec des dérives policières dans leurs pays d'origine, y compris des abus de pouvoir, de la violence gratuite ou de la corruption, ce qui peut influer sur leur perception des forces de l'ordre.

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Ingrid Cataldo, agente recruteuse au SPVM

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Les étudiants voient ma passion pour le métier, je pense que je suis capable d'aller chercher leur motivation et les amener jusqu'au diplôme, argumente cette policière d'origine chilienne qui a suivi le même parcours il y a près de 20 ans.

Pour certains étudiants, dans le cadre du programme AEC techniques policières, elle est même un mentor puisqu'elle les accompagne du secondaire jusqu'aux portes de l'École nationale de police. Elle confie ne pas hésiter à décrocher son téléphone, même s'il est 21 h.

Des résultats positifs

Le Collège Ahuntsic offre aussi un diplôme d'études collégiales (DEC) en techniques policières. En 2018, la direction a mis sur pied un programme équité, diversité et inclusion. Les résultats ne se sont pas fait attendre.

Jusqu'en 2019, le DEC comptait moins de 10 % de personnes issues de la diversité. À la rentrée de 2020, 25 % des étudiants étaient considérés comme issus de minorités visibles, ce qui inclut les Premières Nations. À l'automne 2021, le pourcentage avait crû à 37 %.

Le succès est dû, entre autres, à la modification des critères d'admission. Ils mettent désormais davantage l'accent sur la connaissance des milieux multiculturels. Des initiatives similaires ont été implantées, entre autres au Collège de Maisonneuve à Montréal et au Cégep Garneau à Québec.

On n'a pas changé les degrés d'exigence, mais on a ajouté une nouvelle catégorie de candidats, explique le directeur des études, Charles Duffy. Des places sont réservées à des candidats issus de groupes minoritaires qui ont un parcours de vie différent.

Les mentalités sont en train de changer, à la suite notamment de l'affaire George Floyd aux États-Unis et des différentes polémiques qui ont secoué le Québec sur les soupçons de profilage racial impliquant les forces de l'ordre.

M. Duffy espère que ces futurs policiers vont contribuer à améliorer les relations avec la population. Un changement de stratégie qui a été encouragé par l'ensemble du milieu. Il concède que la pression est forte sur les services de police pour que leurs effectifs reflètent mieux le public qu'ils servent.

À Montréal, moins de 10 % des patrouilleurs sont considérés comme issus de minorités visibles, alors qu'un tiers de la population se classe dans cette catégorie. À Québec, une poignée de policiers sont considérés ainsi, contre 6 % pour la population totale.

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La policière Ingrid Cataldo accompagne les étudiants qu'elle a pris sous son aile à une remise de bourses au Collège de Maisonneuve.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Le cégep multiplie les efforts d'intégration

Auparavant, le profil des étudiants du DEC était très homogène, relève Dominique Rioux, la directrice adjointe aux programmes et à l'enseignement du Collège Ahuntsic. La plupart étaient des personnes blanches issues de la classe moyenne des couronnes nord et sud de Montréal, avec pour bon nombre d'entre elles des parents dans le milieu de la police ou de la justice.

Notre souci, une fois qu'on avait admis des étudiants issus de la diversité, c'était de les garder, précise Mme Rioux. Le programme avait un historique délicat en matière de rétention : Les étudiants étaient admis en petit groupe et ils avaient tendance à quitter, parce qu'ils se sentaient exclus ou qu'ils ne trouvaient pas leur place, indique-t-elle.

C'est pourquoi le cégep a multiplié les actions pour faciliter l'accueil des étudiants ayant un parcours différent.

Les professeurs ont été invités à se rapprocher des étudiants pour sécuriser leur arrivée. Dès la rentrée, un programme de mentorat a été mis en place avec Ingrid Cataldo du SPVM. Elle a désamorcé certaines inquiétudes en cours de parcours, note Mme Rioux. Les policiers qui intervenaient étaient eux-mêmes issus de la diversité, ils jouaient le rôle de modèle.

L'enseignant Jean-Pierre Synnett ne doute pas que cette nouvelle génération changera l'image de la police, en particulier dans les secteurs multiculturels. Les jeunes gens qui ont grandi dans ces quartiers connaissent les codes de la rue, le quotidien des gens, les problèmes récurrents et, bien souvent, parlent la langue de leur communauté d'origine, explique cet ancien commandant du SPVM­.

Il se remémore les sorties en bus à Montréal-Nord avec des étudiants originaires des banlieues. Pour la plupart, c'était la première fois qu'ils mettaient les pieds dans un quartier multiculturel. C'était comme un nouveau monde pour eux, dit-il, tout en soulignant que les étudiants originaires de ces milieux établissent plus naturellement une proximité avec la population locale.

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Wadley Angibeau (à droite) lors de sa formation au Collège Ahuntsic de Montréal

Photo : Radio-Canada / Vincent Rességuier

Wadley Angibeau a été, lui, rassuré par l'accueil au sein du programme AEC techniques policières. Il ne cache qu'il avait certaines appréhensions avant d'intégrer sa formation.

Je me disais qu'il allait y avoir des préjugés sur mon milieu de vie et d'où je viens, raconte le jeune homme. Mais en rentrant ici, en parlant avec les professeurs, j'ai vu qu'on peut être soi-même.

Il espère qu'il pourra poursuivre son chemin sans avoir à se préoccuper de ses origines, que ce soit à l'école de police ou quand il sera agent du SPVM.

Dans 10 ans, si tout va bien, il se voit au poste de quartier 21, dans le Vieux-Port de Montréal, en train d'aider les citoyens et en me disant que chaque intervention peut changer la vie d’une personne.

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