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Accès aux soins en santé mentale : une Ontarienne cherche de l’aide depuis deux ans

Une jeune fille est assise sur un sofa et elle se tient la tête dans les mains.

Selon l'Association canadienne pour la santé mentale, les besoins ont augmenté et les listes d’attente se sont allongées à travers la province depuis le début de la pandémie.

Photo : getty images/istockphoto / monkeybusinessimages

Des intervenants du milieu de la santé aimeraient que la classe politique en fasse plus pour rendre les soins en santé mentale plus accessibles dans la province. Selon eux, la pandémie a exacerbé les besoins, mais le système de santé peine à répondre à la demande.

Les listes d’attente sont parfois très longues dans le réseau public et les services privés, pour plusieurs personnes, ne sont tout simplement pas une option.

Cassandra Chaput, de St. Thomas dans la région de London, se sent souvent déprimée et anxieuse.

« Certains jours, je travaille de mon lit, car je n’arrive pas à en sortir. Je n’ai pas envie de me lever. »

— Une citation de  Cassandra Chaput, de la région de London

À l’heure actuelle, elle est inscrite sur trois listes d’attente pour obtenir des soins en santé mentale. Mais, ses besoins, eux, ne datent pas d’hier. Dès l’automne 2020, l’Ontarienne de 21 ans a cherché à obtenir de l’aide.

Tout s’est effondré en quelque sorte vers la fin de ma première année d’université. Je ne pouvais plus aller en cours et je n’étais plus capable de suivre. J’ai fini par abandonner mon programme et retourner à la maison, confie la jeune femme, qui s’est sentie par la suite isolée pendant la pandémie.

Cassandra Chaput se demande si elle souffre d’anxiété et de dépression, et aimerait savoir si elle est atteinte d’un trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité.

Elle a cherché à consulter un spécialiste pour obtenir de l’aide, car elle aimerait un jour retourner aux études. Mais, elle ne se doutait pas que les mois qui ont suivi auraient les allures d’un parcours du combattant.

Une femme lit un livre.

Depuis environ deux ans, Cassandra Chaput cherche à obtenir des services en santé mentale, sans succès.

Photo : Cassandra Chaput

Un long processus d’attente

C’était un long processus juste pour pouvoir être ajoutée à des listes d’attente. Souvent, on me disait : "on ne prend pas de nouveaux patients, veuillez réessayer plus tard". Ça te laisse en quelque sorte coincée, raconte Mme Chaput.

Elle s’est d’abord inscrite à un programme gouvernemental qui vise à orienter les Ontariens qui n’ont pas de médecin de famille vers un fournisseur de soins de santé disponible. Mais, elle est toujours en attente d’une réponse.

Puis, en septembre 2021, elle a réussi à obtenir une première consultation dans une clinique médicale, mais on l’a informée d’un délai d’attente de 6 à 8 mois pour obtenir une évaluation plus complète.

En avril dernier, toujours en attente d’une réponse, elle a décidé de contacter une troisième ressource au sein de son hôpital régional. Là aussi, elle a été informée d’un délai semblable pour une éventuelle prise en charge.

« En tout, ça fait deux ans que j’essaie de parler à un médecin ou à un spécialiste, mais je suis confrontée à des délais qui semblent s’allonger. »

— Une citation de  Cassandra Chaput, qui attend pour obtenir des soins en santé mentale

Et Cassandra Chaput n’est pas la seule à attendre.

La PDG de la section ontarienne de l'Association canadienne pour la santé mentale (ACSM), Camille Quenneville, explique que les besoins ont augmenté et les listes d’attente se sont allongées à travers la province depuis le début de la pandémie.

Dans la région de Waterloo–Wellington, par exemple, le nombre d’appels pour des situations de crise a augmenté de 40 % depuis le début de la pandémie, et plus de 3670 personnes sont sur une liste d’attente pour des services en santé mentale ou pour traiter des dépendances.

Dans le cadre des élections, l’organisation a donc lancé la campagne I choose pour encourager les électeurs à mettre le sujet de la santé mentale en haut de leur liste de priorités.

Bannière promotionnelle de notre dossier sur les élections 2022 en Ontario.

Selon un communiqué publié par l’ACSM, des années de sous-financement chronique du système communautaire de santé mentale et de lutte contre les dépendances ont contribué à des problèmes clés comme la rétention du personnel et l’allongement des listes d’attente.

Camille Quenneville aimerait que les partis politiques s’engagent à renforcer la capacité et l’infrastructure du système en matière de santé mentale, ainsi qu’à mieux payer les employés épuisés qui y travaillent, car des financements liés à des programmes sont, selon elle, insuffisants.

Le directeur du département de psychiatrie à l’Université de Toronto, le Dr Benoit Mulsant, constate également des besoins criants. Les listes d’attente sont passées de 3 à 6 mois ou même à un an pour certains services spécialisés, décrit le médecin qui constate une augmentation considérable du nombre de gens qui ont augmenté leur consommation d’alcool, de cannabis ou encore d'opioïdes.

Il aimerait aussi que le prochain gouvernement augmente ses investissements en santé mentale, mais selon lui les services devraient être réorganisés.

« Même avec les fonds qu’on a à l’heure actuelle, on pourrait mieux répondre aux besoins de la population. »

— Une citation de  Dr Benoit Mulsant, directeur du département de psychiatrie à l’Université de Toronto
Des gens marchent dans la rue devant le Centre de toxicomanie et de santé mentale à Toronto.

Le Dr Benoit Mulsant travaille avec le Centre de toxicomanie et de santé mentale de Toronto, qui offre des soins en santé mentale.

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

Un problème de navigation

Selon lui, de nombreux Ontariens aimeraient pouvoir avoir accès à des spécialistes, mais ils ne savent pas comment les trouver ou encore ils n’ont pas les moyens financiers pour se payer leurs services.

Dans la province, le traitement dispensé par un psychiatre ou un omnipraticien est couvert par l’assurance maladie, mais les services offerts par des psychothérapeutes qui exercent dans leurs propres cabinets ne sont pas couverts. En Ontario, on a ce système absurde où le gouvernement paie pour de la psychothérapie par des psychiatres et il n'y aura jamais assez de psychiatres pour répondre aux besoins en santé mentale, juge le Dr Mulsant.

Le spécialiste rappelle que des services gratuits, notamment de psychothérapie, peuvent également être offerts par d'autres spécialistes dans des hôpitaux, des cliniques ou des organismes publics, mais selon lui, plusieurs ressources demeurent méconnues, autant par la population que par le personnel médical. Et l’attente peut parfois être longue.

« On a un système, mais un système fragmenté. Les gens ne savent pas vers qui se tourner.  »

— Une citation de  Dr Benoit Mulsant, directeur du département de psychiatrie à l’Université de Toronto

Il rêve d’un système où tous les Ontariens pourraient avoir accès à un intervenant de première ligne qui pourrait ensuite les diriger au besoin vers des ressources plus spécialisées. Il aimerait également que les personnes hors des grands centres puissent aussi avoir accès à des services plus facilement, notamment à l’aide des soins virtuels.

Cassandra Chaput, elle, explique qu’elle a exploré plusieurs options, mais que plusieurs d’entre elles n’étaient pas couvertes par l’assurance maladie.

Et lorsque c'est quelque chose sur lequel vous comptez pour obtenir les soins dont vous avez besoin, cela complique votre recherche, dit-elle.

Outre la barrière financière, la jeune femme explique qu’elle ne conduit pas et qu’elle vit dans une plus petite communauté, une situation qui fait que ses options sont plus limitées.

Les positions des partis

Durant la campagne électorale, les différents partis politiques se sont exprimés sur la question de l’accès aux soins.

Un gouvernement libéral formerait 3000 nouveaux spécialistes en santé mentale et en dépendances et 1000 spécialistes supplémentaires pour s’assurer qu’aucun enfant n'attende pour de l’aide, explique le chef libéral Steven Del Duca dans un courriel à Radio-Canada. On veut réduire les temps d'attente pour les soins de santé mentale et de toxicomanie couverts par l’assurance maladie et avoir des intervenants en santé mentale dans les salles d'urgence.

Le NPD compte pour sa part rendre les soins en santé mentale universels, notamment pour ce qui est des psychothérapies et veut réduire les temps d’attente en matière d’accès aux soins en santé mentale pour les enfants à 30 jours.

Les verts ont également pour objectif de réduire le temps d’attente pour les services aux enfants à 30 jours et souhaitent construire de nouvelles ressources pour mieux soutenir la population.

De son côté, les progressistes-conservateurs indiquent avoir fait plusieurs investissements en santé mentale, dont 132 millions de dollars pour soutenir les services en santé mentale et les services spécialisés en dépendances en contexte de pandémie.

Le parti explique qu’il a également financé des cliniques mobiles pour servir des régions éloignées des grands centres et a augmenté de 5 % le financement de tous les services de santé mentale de base dédiés aux enfants.

Cassandra Chaput espère de son côté que la classe politique respectera ses promesses et rendra les soins plus accessibles, que ce soit par l’assurance maladie ou simplement en offrant des options moins chères. C’est quelque chose dont les gens bénéficieraient vraiment, conclut-elle.

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