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L’accès aux drogues sécuritaires serait crucial pour réduire la vulnérabilité aux surdoses

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Les participants à l'étude ont décrit que l'accès aux drogues sécuritaires a réduit leur vulnérabilité aux surdoses. Bien que 20 des 40 participants aient fait une surdose au cours de l'année précédente, aucun n'a subi de surdose attribuable à des opioïdes ou à des stimulants sur ordonnance. (Archives)

Photo : Radio-Canada / Ben Nelms

Prescrire des drogues sécuritaires pour fournir des alternatives aux drogues illicites est une approche essentielle de la réduction des méfaits qui réduit l'exposition à des drogues de plus en plus toxiques, conclut une étude sur des utlisateurs de drogue en Colombie-Britannique publiée (Nouvelle fenêtre) (en anglais) dans la revue American Journal of Public Health.

De février à juillet 2021, des entretiens ont été menés auprès de 40 personnes, âgées de 19 à 57 ans, dont 20 avait fait au moins une surdose dans l’année précédente. Ces personnes qui consomment des drogues en Colombie-Britannique ont eu accès à des opioïdes ou à des stimulants sur ordonnance conformément aux directives d'atténuation des risques de la province.

En mars 2020, la province a produit ses directives dans un document nommé The Risk Mitigation Guidance (Nouvelle fenêtre) (en anglais) visant à donner des conseils pour prescrire des médicaments afin d'éviter des sevrages pendant l'isolement lié à la COVID-19.

Les auteurs de l’étude concluent que les drogues sécuritaires ont l’avantage de réduire la consommation de drogues illicites, d’améliorer la qualité de vie et de réduire les recours des personnes à des démarches criminelles.

Ils soulignent un besoin urgent d'optimiser et d'intensifier ces approches à mesure que la crise des surdoses évolue. L'impératif, écrivent-ils, est d’ordre éthique en agissant sur la base des meilleures preuves disponibles.

D'autres optimisations sont néanmoins nécessaires. Ryan McNeil, professeur en santé publique à l'Université de Yale et scientifique affilié au Centre de consommation des substances de la Colombie-Britannique, est co-auteur de l’étude. Il explique que celle-ci démontre le besoin d'une accessibilité aux drogues plus sécuritaires plus facile et qui réponde vraiment aux besoins des gens.

Pour lui, il faut écouter ce dont les personnes qui consomment des drogues nous disent avoir besoin. Il précise également qu’il existe des disparités d’accès pour les communautés rurales.

Cette étude, explique Ryan McNeil, est cohérente avec ce que nous avons entendu dans toutes nos études. Certes, les drogues sécuritaires sont utiles et aident à atténuer les risques de surdose, mais cela ne remplace pas complètement les utilisations complexes que les gens ont des drogues criminalisées.

Reprendre le contrôle de sa consommation

Dans cette étude, les conséquences de la pandémie sur ces consommateurs de drogues sont détaillées. Certains ont connu des perturbations dans le travail, y compris des stratégies génératrices de revenus stigmatisées et criminalisées. Comme presque tous n'étaient pas éligibles aux allocations chômage liées à la pandémie, ils ont eu du mal à gérer leur dépendance à la drogue dans un contexte d'aggravation de la pauvreté et ont éprouvé une détresse grave.

Avec des drogues de plus en plus toxiques, de nombreux participants ont déclaré avoir subi des surdoses à cause de drogues très puissantes et frelatées, y compris des pertes de conscience et de mémoire. Beaucoup assurent que les drogues sécuritaires gratuites sur ordonnance leur ont permis de reprendre le contrôle de leur consommation, avec pour certains la possibilité de se projeter dans des schémas de consommation stable.

Andrea, une femme blanche âgée de 29 ans, explique que l'hydromorphone l’a beaucoup aidé à moins consommer et que cela l’a aussi conduite à commettre moins de crimes. D'autres participants ont souligné qu'un meilleur contrôle signifiait une réduction du besoin de s'engager dans des opportunités génératrices de revenus criminalisées et stigmatisées.

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Dave, à gauche, est ambassadeur de rue pour SAFER, une initiative pilote qui offre des drogues sécuritaires à une centaine de personnes, à Victoria.

Photo : Radio-Canada / Mélinda Trochu

Les participants ont décrit que l'accès aux drogues sécuritaires a réduit leur vulnérabilité aux surdoses. Bien que 20 des 40 participants avait fait au moins une surdose au cours de l'année précédant l'étude, aucun n'a subi de surdose attribuable à des opioïdes ou à des stimulants sur ordonnance pendant la période où ils ont été suivis.

Pour eux, la raison se trouve dans la puissance constante des opioïdes sur ordonnance. Aisha, une femme âgée de 34 ans originaire du Moyen-Orient, explique que l’hydromorphone l’a gardé en vie, car le dosage restait constant.

Robert, un homme blanc de 30 ans, aime lui aussi compter sur des drogues sécuritaires. J'aime ça parce que c'est plus propre et je sais que je ne vais pas simplement aller dans la ruelle, sniffer et mourir, parce que ça aurait pu être du p**ain de fentanyl, donc je sais qu'elles sont plus propres, donc ça me donne moins de soucis.

Des drogues sécuritaires qui ne résolvent pas tout

Malgré la prescription de drogues sécuritaires, 33 des 40 participants ont continué de s’approvisionner également sur le marché illicite, en raison des limites des lignes directrices, notamment car les opioïdes et les stimulants sur ordonnance n'entraînent pas le même effet euphorisant.

D'autres participants ont signalé que les doses qui leur étaient prescrites ne répondaient pas à leurs besoins. Pour Mark, un homme blanc de 28 ans, les drogues sécuritaires sont ennuyeuses.

« Je ne ressens pas vraiment l’effet, c'est comme avoir des [...] céréales sans lait. »

— Une citation de  Mark, participant à l'étude

Les raisons pour lesquelles les gens consomment des drogues sont complexes, mais le plaisir en fait partie, explique Ryan McNeil.

Le ministère de la Santé mentale et des Dépendances assure que depuis les directives de mars 2020, des ordonnances ont été faites pour plus de 12 000 personnes par plus de 3000 cliniciens.

Le ministère dit avoir pris connaissance de cette étude et l'avoir examinée dans son intégralité. Il précise que les autorités sanitaires mettent actuellement en œuvre la deuxième phase d'approvisionnement sécuritaire dans leurs régions et les programmes SAFER financés par le gouvernement fédéral.

Cette deuxième phase d'approvisionnement sécuritaire comprendra un cadre de surveillance et d'évaluation robuste, car il s'agit d'une approche unique en son genre au Canada.

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Une manifestation de Moms Stop the harm, un regroupement de mères qui demandent plus d'accès à des drogues sécuritaires partout au Canada. (Archives)

Photo : CBC/Ben Nelms

Une méthode qui sauve des vies, reconnaît la province

Parmi les professionnels de santé réticents à prescrire des drogues sécuritaires, la question du manque de données est constamment soulevée. Mais pour Ryan McNeil, s’il est toujours nécessaire d'étudier ces questions, cela ne doit pas empêcher l’action et le bon sens. Il rappelle le contexte : six morts par jour en Colombie-Britannique. Il faut une intervention radicale pour accompagner les gens selon leurs conditions et limiter les risques.

Depuis la mise en place des directives en 2020, Ryan McNeil fait remarquer que nous n'avons pas vu la distribution de [drogues sécuritaires] contribuer de manière significative à une augmentation des surdoses parmi les personnes qui ont pu y avoir accès.

Il juge que ceux qui demandent plus de preuves veulent souvent dire une vision très particulière et étroite de ce qui constitue une preuve dans une hiérarchie de preuves comme établie en biomédecine.

Ryan McNeil fait la comparaison avec la réponse de santé publique face à la COVID-19, où des mesures n’ont pas été testées avant d'être mises en place pour sauver des vies.

« Nous avons un impératif éthique d'agir sur la base des meilleures preuves disponibles et sur les demandes très réelles et urgentes des communautés de personnes qui consomment des drogues pour leur fournir quelque chose de plus sécuritaire. [...] Pour être franc, c'est absolument contraire à l'éthique que nous ne le fassions pas de manière significative. »

— Une citation de  Ryan McNeil, co-auteur de l'étude

Le ministère précise que l'approvisionnement sécuritaire n'est qu'un des outils dans la lutte contre la crise des drogues toxiques, mais que les résultats préliminaires indiquent que les drogues sécuritaires sauvent des vies.

Décriminalisation et ouverture de lits

Ryan McNeil pense que dans une ou deux décennies, l’histoire jugera cette période, lorsque nous avions des outils à notre disposition et que nous ne les avons tout simplement pas utilisés, comme celle d’un échec complet du leadership politique.

Jeudi, en conférence de presse, le premier ministre John Horgan a déclaré que la province est en train de finaliser les discussions sur la décriminalisation avec le gouvernement fédéral afin de retirer la simple possession d'opioïdes du Code criminel en Colombie-Britannique, et que plus de lits de récupération sont en train d’être créés dans la province qu'il n'y en a eu d'ajoutés en une quinzaine d'années.

En décembre 2021, il y avait 3203 lits pour des adultes et de jeunes consommateurs de substances en Colombie-Britannique, alors que le ministère estime qu'il y a 90 000 personnes dépendantes aux opioïdes.

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