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Les habitants d’Anticosti sont exaspérés par les ratés d’Air Liaison

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En théorie, Air Liaison doit assurer la desserte aérienne de l'île à raison de six vols par semaine (archives).

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Mageau

Perrine Bullant

Reports, retards, annulations... Les habitants de L'Île-d'Anticosti commencent à être exaspérés par le manque de fiabilité de la desserte aérienne opérée par Air Liaison.

France Cloutier, résidente de l'île depuis 45 ans, explique bien ce qui agace un peu tout le monde. Depuis lundi, on n’a pas eu de poste et nos médicaments ne sont pas rentrés. Normalement, l'avion de Havre-Saint-Pierre devrait être ici à 10 h, le matin, explique l'Anticostienne.

Mme Cloutier ne comprend pas pourquoi les vols n'ont pas été assurés. C’est sûr que, des fois, ça peut dépendre de la météo, mais des fois, il y a trois vols qui entrent, de compagnies différentes, alors qu’Air Liaison a cancellé (sic)… Probablement qu’ils avaient d’autres vols ailleurs et ils nous font passer encore en dernier, dit France Cloutier, ennuyée.

« Un service d’avion, c’est supposé être régulier. Notre compagnie d’avion est subventionnée pour nous donner un service. »

— Une citation de  France Cloutier, résidente de L'Île-d'Anticosti depuis 45 ans
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Le comptoir d'Air Liaison dans l'aérogare de Port-Menier sur l'île d'Anticosti.

Photo : Radio-Canada / Marie-Christine Gagnon

En février 2020, le gouvernement du Québec a conclu une entente avec Air Liaison pour améliorer la desserte aérienne à raison de six vols par semaine, entre l'île d'Anticosti et Sept-Îles ou Havre-Saint-Pierre.

Le préfet de la MRC de Minganie, Luc Noël, estime que la compagnie ne respecte pas ses engagements. Selon lui, Air Liaison prive la population locale de services essentiels.

C’est cette compagnie-là qui amène la poste sur l'île d’Anticosti, les produits pharmaceutiques pour les gens, puis qui amène les échantillons [médicaux] vers la Côte-Nord. [Les gens sont] tannés de voir qu’ils sont traités comme des citoyens de seconde zone, soutient l’élu.

France Cloutier confirme les affirmations de Luc Noël. Depuis quelques années, on ne peut pas se fier à nos avions. Si l’on a des examens médicaux, on est obligés de sortir de l’île deux ou trois jours avant pour être sûrs d’être à l’heure à notre rendez-vous.

L'Île se trouve à seulement 15 minutes de vol de l’hôpital de Havre-Saint-Pierre, mais aucune liaison ne permet aux résidents de faire l'aller-retour dans la même journée.

Lorsque les résidents de l'île doivent se déplacer pour des rendez-vous médicaux et qu’ils sont confrontés à des retards ou des annulations de vols, la mairesse de L’Île-d’Anticosti, Hélène Boulanger, affirme qu'il s'agit d'un enjeu de sécurité publique.

Ça met à risque, des fois, la vie d’une personne, lance Mme Boulanger.

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La mairesse de l'Île-d'Anticosti, Hélène Boulanger (archives).

Photo : Gracieuseté d'Hélène Boulanger

La mairesse souhaite documenter le manque de fiabilité et de prévisibilité du service de la compagnie Air Liaison.

La desserte à stabiliser avant l’été

Le préfet ajoute que cette offre de transport précaire risque également de dissuader l’arrivée des touristes, ou pire encore, l’installation de nouveaux arrivants. On parle d’occupation et de vitalité du territoire, rappelle-t-il.

« Est-ce que vous pensez qu’on va beaucoup vitaliser notre territoire et favoriser l'occupation sur ce territoire en donnant des services pourris comme [ceux qu'on] a actuellement? La réponse, c’est non! »

— Une citation de  Luc Noël, préfet de la MRC de la Minganie
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Le préfet de la MRC de la Minganie, Luc Noël, demande au gouvernement d'intervenir (archives).

Photo : Radio-Canada / Nicolas Lachapelle Plamondon

France Cloutier, qui travaille à la Pourvoirie du lac Geneviève d’Anticosti à titre d'adjointe administrative, est du même avis. S’ils perdent [les touristes NDLR] deux, trois jours de villégiature qu’ils ont payés, nous autres, on ne peut pas rallonger parce que nos chalets sont réservés et on ne peut pas les rembourser parce qu’on n’est pas responsables du service d’avion, détaille-t-elle.

Selon elle, la compagnie aérienne doit s’ajuster avant le début de la période estivale sinon, il risque d'y avoir des problèmes sur l’île. Cet été, ce que j’entends dire, c'est que les chalets sont complets. Donc si quelqu’un reste pris là, il faut quand même qu’il sorte la journée où il est prévu sortir, avertit l'aubergiste.

D'ailleurs, le préfet de Minganie réclame que le ministère des Transports du Québec trouve rapidement des solutions.

« Si ce n’est pas la bonne compagnie, qu’on s’en débarrasse et qu’on en prenne une autre! »

— Une citation de  Luc Noël, préfet de la MRC de Minganie

Luc Noël lance une autre solution. Si on avait un avion basé à Sept-Îles, de n’importe quelle compagnie pour donner le service sur la côte nord, y compris à l'île Anticosti, on n’aurait pas ce problème-là, assure-t-il.

Jeudi, le préfet était attendu sur l’île d'Anticosti à l’occasion des audiences du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE), mais n'a pas pu se rendre à temps à cause de l'annulation de son vol.

Le BAPE évaluait l'octroi d'un statut permanent de protection à l'île, en vue d’obtenir son inscription à la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO.

Le gouvernement a déposé la candidature de l'île d’Anticosti en février 2022.

On s’en va vers un développement de niveau international avec l'UNESCO et on n’est pas capable d’avoir accès à l’île d’Anticosti, c’est un non-sens!, renchérit Luc Noël. Il va falloir que le gouvernement se penche sur cette problématique pour les gens d’Anticosti et tous les Québécois qui vont vouloir avoir accès à cette île-là, conclut le préfet.

Au moment d'écrire ces lignes, la direction d'Air Liaison n'avait pas donné suite à nos multiples sollicitations. Une réponse du ministère des Transports du Québec était aussi toujours attendue.

La mairesse Hélène Boulanger ajoute que des discussions ont lieu avec la compagnie Air Liaison et le gouvernement du Québec.

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