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Pourquoi la campagne électorale en Ontario est-elle si « ennuyante »?

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Doug Ford (à l'avant-plan), Andrea Horwath et Steven Del Duca lors du débat des chefs, le 16 mai 2022.

Photo : La Presse canadienne / Frank Gunn

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« Il n'y a pas beaucoup de drame » dans la campagne, lance le politologue Peter Graefe. « Pour la majorité des gens, c'est comme s'il n'y avait pas de campagne », renchérit le professeur de droit constitutionnel Gilles LeVasseur.

Pourquoi? En partie parce que le chef progressiste-conservateur Doug Ford, qui espère remporter une autre majorité le 2 juin, a su éviter les écueils à mi-chemin dans la campagne.

Il est très prudent, note la politologue Emmanuelle Richez, de l'Université de Windsor.

« [Doug Ford] ne veut pas se mettre les pieds dans les plats. C'est justement pour ça qu'il limite ses interventions médiatiques et qu'il ne participe pas à plus d'une activité publique par jour en général. »

— Une citation de  Emmanuelle Richez, politologue

Par ailleurs, le chef libéral Steven Del Duca manque un peu de charisme, selon elle.

Quant à la chef néo-démocrate Andrea Horwath, elle a de la difficulté à s’imposer, ajoute la professeure Richez en citant l’exemple du débat des chefs de lundi dernier. Elle continuait à répéter des histoires personnelles d'électeurs qu'elle avait rencontrés au cours de la campagne, dit-elle. Et je ne pense pas que cette technique ait été très efficace.

C'est sans parler du fait que les électeurs ont la tête ailleurs avec le retour du beau temps et après plus de deux ans de pandémie, dit-elle.

« Les gens veulent retourner à la normale et ne veulent pas nécessairement parler de politique, surtout que les derniers mois ont été très politisés avec toutes les histoires de mesures sanitaires qui étaient controversées. »

— Une citation de  Emmanuelle Richez, professeure à l'Université de Windsor
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La lutte est serrée dans certaines circonscriptions en banlieue de Toronto et dans la région d'Ottawa, note la politologue Emmanuelle Richez, de l'Université de Windsor. Mais elle s'attend à ce que les progressistes-conservateurs remportent un deuxième mandat.

Photo : Radio-Canada

Des sujets importants

Le politologue Peter Graefe, de l’Université McMaster de Hamilton, pense lui aussi que les partis d’opposition n'ont pas été très habiles dans leurs attaques contre M. Ford.

Il fait également remarquer que M. Del Duca n’a pas vraiment allumé les électeurs, alors que Mme Horwath essaie de ne pas être perçue comme étant trop négative.

Cela dit, la campagne est riche en sujets importants, selon lui, contrairement à celle de 2014, par exemple, qui avait été dominée par le thème de l’équilibre budgétaire.

« Au chapitre des programmes électoraux, il y a quand même de grandes idées, qu'il s'agisse du domaine de la santé mentale, de la nécessité d'augmenter fortement le barème de l'aide sociale, voire des nouveaux programmes en soins dentaires ou en assurance médicaments. Même pour les conservateurs, il y a des investissements massifs dans les transports en commun. »

— Une citation de  Peter Graefe, politologue
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Selon le politologue Peter Graefe, de l'Université McMaster, Doug Ford a appris qu'il recueillerait plus d'appuis en déliant les cordons de la bourse.

Photo : Radio-Canada

Donc c'est peut-être un peu ennuyant pour ce qui est de la relation entre les partis ou du fait que les sondages changent à peine. Mais au chapitre du débat lui-même, c'est plein de grandes idées, affirme le politologue Peter Graefe.

Pas assez de « grogne »

Pour Gilles LeVasseur, professeur de droit constitutionnel à l'Université d'Ottawa, la campagne ne semble pas soulever l'intérêt des électeurs parce que beaucoup d'entre eux ne voient pas le besoin de changer de parti au pouvoir.

Selon lui, le gouvernement Ford ne fait pas l'unanimité, mais il ne souffre pas de l'usure du pouvoir. En d'autres mots, les problèmes et les scandales ne s'accumulent pas encore suffisamment pour susciter la grogne populaire.

La pandémie, autant elle a été difficile à gérer, autant elle a limité les actions et les initiatives gouvernementales, explique-t-il.

« La grogne n'est pas assez forte contre le Parti conservateur pour l'empêcher d'avoir [une autre majorité]. »

— Une citation de  Gilles LeVasseur, professeur de droit constitutionnel
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Une majorité d'Ontariens sont prêts à réélire Doug Ford, selon le professeur en droit constitutionnel Gilles LeVasseur, de l'Université d'Ottawa.

Photo : Radio-Canada

Même son de cloche de la part de la professeure Richez. Traditionnellement, en politique canadienne, les gouvernements se maintiennent au pouvoir pendant deux mandats, souligne-t-elle.

Les libéraux et les néo-démocrates se distinguent des progressistes-conservateurs en s'opposant au projet d'autoroute 413 au nord de Toronto, mais cette question ne touche pas beaucoup d'électeurs, affirme la politologue.

Autrement, les partis se rejoignent sur le sujet de l'heure. Il n'y a pas beaucoup de différences entre les différents partis. Tout le monde s'entend sur le fait que la priorité absolue, c'est de s'attaquer au coût de la vie, à l'inflation grandissante, dit-elle.

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La Fédération canadienne des contribuables aimerait que l'Ontario sorte du rouge plus rapidement, dit son porte-parole, Renaud Brossard.

Photo : Radio-Canada

À ce chapitre, la Fédération canadienne des contribuables (FCC) se réjouit des promesses des partis quant à la réduction du prix de l'essence, notamment, et de la fin des frais pour les vignettes d'immatriculation, mais elle aimerait voir un retour à l'équilibre budgétaire plus rapide.

Malheureusement, [les conservateurs] ont plutôt décidé de dépenser, de mettre davantage d'argent sur la carte de crédit, de dépenser davantage qu'à n'importe quel moment durant la pandémie. Et le résultat, c'est que les jeunes Ontariens et Ontariennes vont avoir à payer pendant les prochaines décennies, dénonce Renaud Brossard, de la FCC.

Et l'environnement?

Camellia Wong, du groupe Future Majority (Majorité future), une organisation sans but lucratif qui incite les jeunes à voter, assure que ces derniers sont très mobilisés en vue de ce scrutin.

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Camellia Wong, du groupe Future Majority, pense qu'il faut utiliser de multiples approches pour atteindre les jeunes électeurs, y compris les médias sociaux, parce que ce qui attire l'attention de certains n'intéressera pas nécessairement les autres, dit-elle.

Photo : Radio-Canada

Selon des consultations menées par Future Majority, l'abordabilité, la santé mentale et le réchauffement de la planète sont les trois thèmes principaux qui préoccupent les jeunes en ce moment.

Or, les partis ne parlent pas beaucoup d'environnement depuis le début de la campagne, souligne-t-elle. Ce qui manque, c'est une discussion au sujet des changements climatiques, dit-elle.

Elle espère que cela va changer d'ici le scrutin du 2 juin. Les jeunes veulent s'intéresser à la politique, mais il revient aux chefs de parti de faire leur bout de chemin, affirme-t-elle.

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