•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Prix de l’essence : même des détaillants y perdent au change

À plus de deux dollars le litre d’essence, il peut être tentant de jeter le blâme sur les détaillants, mais prenez garde : les prix élevés ne se traduisent pas nécessairement en revenus supplémentaires pour eux. Même au contraire.

Chargement de l’image

Cinq propriétaires de stations-service dans Lanaudière, André Forget, Philippe Paquin, Simon Lagacé, Éric Beauséjour et Carl Payeur, se sont réunis pour dénoncer les frais des cartes de crédit sur l'essence.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Dion

Chargement de l’image

La progression des prix de l'essence dans la dernière année a fortement contribué à la poussée de l'inflation, qui a atteint 6,8 % en avril. Cinq propriétaires de stations-service dans Lanaudière se sont regroupés pour dénoncer une situation qui passe sous l'écran radar à l’heure actuelle lorsque vous payez avec une carte de crédit à la pompe.

Au Québec, près d'une essencerie sur trois est considérée comme concessionnaire affilié à une grande enseigne comme Shell ou Esso. Ces établissements indépendants ne reçoivent généralement qu'entre 2 et 4 ¢ par litre vendu de la part du distributeur-grossiste avec qui ils ont un contrat d’achat et dont le carburant est en consigne. Le prix est dicté par le distributeur.

Or, nombre de clients paient avec leur carte de crédit. Plus elle est prestigieuse, plus elle offre des points et plus elle coûte cher aux commerçants. Les propriétaires de stations-service doivent verser aux MasterCard et Visa de ce monde des frais qui augmentent avec le montant de la transaction.

Le calcul est simple à faire, explique Simon Lagacé, propriétaire du Dépanneur Reli, Harnois à L’Assomption. Si on a un taux de commission qui est à 2 ¢ du litre et qu'on paie 2 % de frais de cartes de crédit, ce plein d'essence nous coûte de l'argent de nos poches. En effet, 2 % sur plus de 2 $ le litre équivalent au moins à 4 ¢.

André Forget, propriétaire de plusieurs dépanneurs avec essence dans la région de Montréal, n'en peut plus. À l’une de mes stations, mes frais de cartes de crédit sont de 150 000 piasses par année. Ça n’a pas d'allure! C'est plus cher que mon compte de taxes et mon loyer ensemble, dit-il.

L'enjeu est moins critique pour les détaillants corporatifs comme Couche-Tard. Ils ont plus de contrôle sur les coûts et la possibilité de refiler la facture aux consommateurs. La multinationale a refusé de commenter ce dossier.

Reste que s'il est frustrant de voir la facture exploser à vue d'œil à la pompe, les quelque 2800 détaillants, tout particulièrement les indépendants, sont loin d'être les premiers à blâmer.

Les raffineurs montrés du doigt

La marge de raffinage est exceptionnellement élevée, remarque la présidente et directrice générale de l'Association des distributeurs d'énergie du Québec, Sonia Marcotte.

Sur un prix à la pompe à 2,17 $ à Montréal mercredi, 48 ¢ revenaient aux raffineries. Il restait aux distributeurs et aux détaillants moins de 10 ¢, mais cette marge est normalement bien inférieure.

« La marge du détaillant varie avec les journées selon le prix à la raffinerie, mais aussi en fonction du marché local. Somme toute, les marges sont assez minces. »

— Une citation de  Sonia Marcotte, présidente et directrice générale de l'Association des distributeurs d'énergie du Québec

Ottawa appelé à intervenir

La principale préoccupation des PME en 2022, c'est l'inflation, résume Francis Bérubé, directeur des affaires provinciales à la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI). Donc, il y a une augmentation des coûts, tant au niveau de la main-d'œuvre que des intrants, puis s'ajoutent les frais de cartes de crédit.

La FCEI demande au gouvernement de contraindre les émetteurs de cartes de crédit à réduire leurs taux d’interchange. Dans son budget déposé en avril, le gouvernement fédéral répétait ses intentions en ce sens, mais pour l'instant, il ne s'agit encore que de consultations.

Avec la collaboration de Gérald Fillion

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !