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À Cannes, le réalisateur russe Kirill Serebrennikov dénonce la guerre

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Kirill Serebrennikov, portant une casquette, accompagné des acteurs et de l'actrice principale de son film, Alena Mikhailova, avant la projection de «La femme de Tchaïkovski»

Photo : afp via getty images / PATRICIA DE MELO MOREIRA

Agence France-Presse

« Non à la guerre! » a lancé mercredi au Festival de Cannes le réalisateur russe Kirill Serebrennikov, à la fin de la présentation de son film La femme de Tchaïkovski, en lice pour la Palme d'or.

Je suis absolument convaincu que les gens de la culture sont capables de faire en sorte que cette guerre cesse en Ukraine, a-t-il poursuivi sous des applaudissements nourris, entouré de ses acteurs et actrices à l'issue de la projection qui ouvrait la compétition cannoise.

Elle va arriver, cette fin, elle va arriver à un moment et ce sera la paix, a-t-il ajouté, caché derrière ses lunettes de soleil.

Une montée des marches symbolique

Deux heures et demie plus tôt, le cinéaste et son équipe avaient foulé le tapis rouge, une montée des marches très sobre et extrêmement symbolique dans le contexte de la guerre en Ukraine.

L'an dernier, assigné à résidence à Moscou, Kirill Serebrennikov n'avait pas pu venir à Cannes défendre La fièvre de Petrov, déjà en compétition, ni son film sur le rock soviétique des années 80, Leto, en 2018.

Connu pour ses créations audacieuses et son soutien aux personnes LGBTQ+, Kirill Serebrennikov, également metteur en scène de théâtre, inaugure la compétition cannoise avec une œuvre offrant un aperçu intimiste du mariage désastreux du compositeur Piotr Ilitch Tchaïkovski.

Facture classique

Le film explore pendant 2 h 23 la vie et les souffrances d'Antonina Milioukova (incarnée par une nouvelle venue, Alena Mikhailova).

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Kirill Serebrennikov et Alena Mikhailova sur le tapis rouge du festival, mercredi.

Photo : afp via getty images / PATRICIA DE MELO MOREIRA

D'une facture bien plus classique que La fièvre de Petrov, mais sans retrouver l'entrain de Leto, le film est porté par un véritable souffle romanesque et une réalisation brillante.

Ce n'est pas un film biographique, [Tchaïkovski] n'est pas le personnage principal. C'est un film sur quelques épisodes de sa vie et sur une femme qui était obsédée par lui, expliquait Kirill Serebrennikov lors d'un entretien mené en avril à Berlin, où il est désormais installé.

Ça montre sa version des événements et c'est intéressant, car Antonina Milioukova est un personnage complètement oublié, poursuit le réalisateur pour qui ce film est le début d'un long voyage dans l'univers du compositeur du Lac des cygnes.

Contrer la soviétisation de l’histoire

Il y a quelques années, alors que Kirill Serebrennikov cherchait un financement public pour La femme de Tchaïkovski, l'ex-ministre de la Culture, Vladimir Medinski (actuellement chef de la délégation russe aux négociations avec l'Ukraine), voulait que nous suivions la version soviétique de la vie du compositeur, raconte-t-il. Or, cette version est un terrible mensonge.

Selon l’enseignement soviétique, Tchaïkovski est un monument qui n'a pas souffert, qui n'a pas eu de vie privée, précise-t-il. Pour lui, sa vie intime reste inconnue des Russes tout comme [celle de] Tchekhov, Dostoïevski ou Tolstoï.

Si l'homosexualité du compositeur était connue depuis longtemps, des passages de lettres de Tchaïkovski, publiés sans censure pour la première fois en 2018, dévoilaient ses chagrins d'amour ou ses désirs pour des hommes.

Le rôle d’Antonina Milioukova réévalué

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Alena Mikhailova dans une scène du film «La femme de Tchaïkovski»

Photo :  Capture d’écran - YouTube

Ces passages avaient été censurés après sa mort, d'abord par ses frères, puis à l'époque soviétique.

Jusqu'à présent, beaucoup de gens n'y croient pas et considèrent que c'est une tentative de ternir la réputation du meilleur compositeur russe, affirme Marina Kostalevsky, professeure de russe au Bard College, dans l’État de New York, qui a copublié le recueil de lettres.

D'après elle, Tchaïkovski s'est marié avec Antonina Milioukova, une ancienne élève du Conservatoire de Moscou, car il voulait être normal aux yeux de la société.

Longtemps, les biographes ont imputé à sa femme toute la souffrance de Tchaïkovski, la qualifiant de folle – lui-même l'a qualifiée de vipère –, mais aujourd'hui, les recherches sont plus nuancées.

Malgré la brièveté de leur cohabitation – ils ne divorceront jamais –, c'est à cette période que le compositeur a créé l'un de ses chefs-d'œuvre, l'opéra Eugène Onéguine, influencé par cette relation impossible.

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