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La pénurie de logements contribue aux problèmes d’insalubrité

Au Québec, des propriétaires profiteraient de la pénurie de logements pour ne pas rénover leurs unités insalubres. Ils tirent avantage de la situation puisque de nombreux ménages à faible revenu éprouvent de grandes difficultés à se loger. Pour les victimes, les recours sont complexes et peu efficaces.

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Une locataire a découvert l'état insalubre de son appartement.

Photo : Radio-Canada / Vincent Rességuier

Marie (prénom fictif) a emménagé dans un appartement de Longueuil il y a trois semaines. Elle pensait avoir trouvé la perle rare, un soulagement pour cette professionnelle de la restauration dont le budget est limité. Depuis le mois d'octobre, elle cherchait à s'échapper d'un logement infesté de souris.

En apparence, son nouveau logement est plutôt en bon état, sauf que les mauvaises surprises n'ont pas tardé à se manifester.

Quelques heures après son arrivée, le système électrique a montré des défaillances. Un disjoncteur s'est avéré capricieux dès que la laveuse et la sécheuse étaient en marche. Elle a aussi découvert qu'elle allait devoir se passer d'eau chaude, ce qui était toujours le cas au moment de notre visite.

Mais la principale nuisance demeure une colonie de coquerelles. Elle nous montre des pièges dissimulés dans plusieurs pièces avec des bestioles mortes à l'intérieur.

« Je regarde les draps, les matelas, les planchers. On devient malade, obsessif. Je ne mange plus dans l'appartement. Si on se fait à manger, il y en a huit ou neuf qui sortent au-dessus du frigo. J'en vois le jour comme le soir. »

— Une citation de  Marie, locataire d'un appartement à Longueuil
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Les effets personnels d'une locataire sont gardés dans des sacs.

Photo : Radio-Canada / Vincent Rességuier

C'est une situation très inconfortable pour sa fille de 15 ans, qui a de la difficulté à dormir. Celle-ci se dit choquée par l'omniprésence des coquerelles, qui se sont même faufilées jusque dans ses sacs de vêtements. Quand je les ai vues sortir de mon sac, j'étais en panique, dit-elle en se prenant la tête entre les mains pour exprimer son dégoût.

Je fais un repas, il y a une coquerelle qui descend devant ma face. Je me brosse les dents, il y a une coquerelle qui descend devant mon visage, s'indigne l'adolescente.

Marie nous raconte qu'une représentante du propriétaire des lieux lui a affirmé qu'un traitement préventif a été effectué il y a trois mois, information que nous n'avons pas pu confirmer puisque le propriétaire n'a pas répondu à notre demande d'entrevue.

Il s'agit de la société à numéro 9329-9865 Québec inc. Ses administrateurs possèdent plusieurs immeubles d'appartements dans la région, notamment l’immeuble juste à côté de celui de Marie, dont l'évaluation municipale s’élève à 7 395 000 $.

Toutefois, le problème semble être beaucoup plus ancien : c'est ce qui ressort des archives du Comité logement Rive-Sud. L'organisatrice communautaire Caroline Vohl a retrouvé la trace d'un signalement similaire à la même adresse il y a près d'un an.

« Les propriétaires savent qu'une extermination coûte extrêmement cher. Ils veulent essayer des trucs alternatifs. Souvent, ça ne fonctionne pas. Les gens se tannent, partent. Finalement, ce qui était dans un seul logement, ça devient dans un immeuble au complet. »

— Une citation de  Caroline Vohl, organisatrice communautaire, Comité logement Rive-Sud
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Caroline Vohl, organisatrice communautaire au Comité logement Rive-Sud

Photo : Radio-Canada / Vincent Rességuier

Selon Marie, le propriétaire du logement refuse pour le moment de faire appel à un exterminateur ou même de participer aux frais de décontamination. On a plutôt proposé à Marie un arrangement pour rompre son bail.

Caroline Vohl a d'ailleurs observé plusieurs cas où des propriétaires zélés n'hésitent pas à louer un logement sans faire de travaux tout en sachant qu'il comporte de nombreux défauts. Il y a d'excellents propriétaires, mais il y en a d'autres qui sont capables de relouer plus cher des logements insalubres parce qu'ils savent que les gens n'ont nulle part où aller, se désole-t-elle.

Le cas de Marie n'est pas unique. Le Comité logement Rive-Sud a reçu plusieurs signalements au cours des dernières semaines.

Les plaintes s'accumulent mais demeurent sans suite

Les plaintes de locataires auprès de la Municipalité de Longueuil sont de plus en plus nombreuses. Elles sont passées de 400 en 2015 à près de 1000 en 2019. Après un creux en 2020 en raison de la pandémie, il y en a eu 692 en 2021.

Ces démarches s'avèrent souvent inutiles, selon Caroline Vohl, puisque le délai pour obtenir une inspection peut prendre jusqu'à un an. En général, les locataires se découragent avant d'être pris en charge et quittent leur logement en mauvais état.

Pendant la campagne électorale, l'an dernier, la mairesse Catherine Fournier a promis de mettre en place des cellules d'inspecteurs spécialisés à temps complet afin d'assurer une meilleure application du code municipal de Longueuil en matière de salubrité des logements, ainsi qu'un meilleur suivi pour les locataires.

Cette promesse n'a pas encore été mise en application. Une annonce doit être faite au cours des prochaines semaines, soutient l'attachée de presse de la Ville, Camille Desrosiers-Laferrière.

En attendant, le code du logement n'est pas suffisamment appliqué, s'impatiente Caroline Vohl. Multiplier la présence d'inspecteurs ne suffira pas, dit-elle : il faudra aussi serrer la vis aux propriétaires récidivistes, qui bénéficient d'une trop grande clémence à son goût.

Un rapport d'inspection remis par la Ville s'avère pourtant être un élément fondamental pour les locataires. Il constitue par exemple un pilier lors des démarches entreprises auprès du Tribunal administratif du logement (TAL).

À cette étape également, les délais sont longs et l'attente du rapport de la Ville retarde le début du processus. Caroline Vohl constate que plusieurs choisissent de faire une croix sur un éventuel dédommagement et quittent leur logement.

Cercle vicieux pour les locataires

C'est permis par la loi d'abandonner un logement insalubre, mais il faut être très prudent, parce que ça peut se retourner contre les locataires, prévient Caroline Vohl. Sans un accord en bonne et due forme avec le propriétaire, le locataire peut être accusé d'être parti sans payer le loyer.

C'est ce qui est arrivé à Marie il y a quelques années quand elle a quitté précipitamment un logement où il y avait de graves problèmes d'humidité. Cela représente encore une tache noire dans son dossier à la Régie du logement, où il est écrit qu'elle n'a pas honoré son loyer. Elle concède que son dossier est loin d'être exemplaire après plusieurs litiges avec des propriétaires.

« Les gens me disent : ''Tu as toujours des problèmes.'' Mais non : on cherche à ne plus vivre ces problèmes. »

— Une citation de  Marie, locataire d'un appartement à Longueuil

Cette mère monoparentale voudrait sortir de la spirale qui l'entraîne d'un logement insalubre à un autre. Cependant, avec des revenus limités et la pénurie de logements, elle se sent prise au piège.

J'aurais le goût de foutre le camp, dit-elle en ravalant un sanglot, mais elle pense que trouver un logement décent à prix abordable est de plus en plus difficile.

Selon un récent rapport de la Communauté métropolitaine de Montréal, 8 % des logements locatifs sont insalubres sur son territoire. Plus de 58 000 ménages locataires demeurent dans des logements de mauvaise qualité et 200 000 ménages locataires à faible revenu éprouvent des problèmes d’abordabilité du logement.

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