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Mort de Chelsea Poorman : des négligences dans l’enquête, selon le père de la victime

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Mike Kiernan devant une fresque murale représentant sa fille, Chelsea Poorman, réalisée par l'artiste Smokey D.

Photo : Radio-Canada / Mike Kiernan

Radio-Canada

Le père de Chelsea Poorman affirme que la police de Vancouver a menti et fait preuve de négligence durant l'enquête sur la disparition de sa fille, dont les restes ont été découverts le 22 avril dans une demeure inoccupée. Il soutient que le service de police n’a pas pris l’affaire au sérieux, car la jeune femme était Autochtone.

Je crois à 100 % que la police a un problème avec les femmes autochtones, déplore Mike Kiernan, le père de Chelsea Poorman. Je crois que, parce qu'elle était Autochtone, elle n'a pas reçu le service approprié qu'elle méritait.

Chelsea Poorman a grandi à Regina, sa famille étant de la Première Nation Kawacatoose, en Saskatchewan.

Elle a été vue pour la dernière fois le 6 septembre 2020 lorsqu'elle a rencontré sa sœur pour dîner et boire un verre rue Granville, dans le centre-ville de Vancouver, avant d'être officiellement portée disparue deux jours plus tard.

Les restes de la jeune femme crie de 24 ans ont été retrouvés sur le terrain d'une maison inoccupée, située dans le quartier huppé de Shaughnessy, à Vancouver, le 22 avril dernier.

L’enquête de la police a déterminé que Chelsea Poorman est probablement morte à cet endroit le jour de sa disparition ou quelque temps après, mais que son corps est resté inaperçu pendant plus d’un an parce que la maison était inoccupée depuis plusieurs années. Toujours selon l'enquête, il ne s'agit pas d'une mort suspecte. Cette conclusion est contestée par la mère de victime, Sheila Poorman, et des organisations autochtones.

Le père de la jeune femme, Mike Kiernan, affirme qu'il s'est introduit dans cette maison les 11 et 12 mai, après le départ des enquêteurs, et qu'il avait été choqué de trouver un certain nombre d'objets personnels de Chelsea, dont une partie de l'étui de son téléphone portable, des chaussettes, une carte d'autobus, des élastiques pour les cheveux et ce qu'il a qualifié d'un nombre dégoûtant de gants utilisés et abandonnés là par la police.

Il y a vraiment des tas d'objets, a-t-il dit. Beaucoup d'éléments d'identification qu'elle avait dans son sac et qui auraient dû, à mon avis, être au moins collectés pour l'enquête. Rien n'a été collecté.

Mike Kiernan affirme avoir déménagé à Vancouver et vécu dans sa camionnette pendant 17 mois pour rechercher sa fille. Il dit que, pendant sa disparition, il s'est abstenu de critiquer publiquement la police de Vancouver parce qu'il ne voulait pas énerver les enquêteurs qui travaillaient sur l’affaire.

Mais il y a encore trop de questions sans réponse, à son avis, à commencer par la façon dont sa fille, qui avait un handicap physique, s'est rendue du 1278, rue Granville, où elle a été vue pour la dernière fois, jusqu'à la maison du quartier Shaughnessy.

Il y a 5,8 kilomètres entre les deux, et elle aurait eu du mal à parcourir à pied ne serait0ce que 0,8 kilomètre, sans parler de se rendre sur place et de franchir ces énormes portes. Cela aurait été pratiquement impossible pour elle de le faire, soutient Mike Kiernan.

Selon lui, le manque d'application de la part du service de police de Vancouver a entraîné la perte d'informations précieuses.

Il ajoute que, non seulement il y a eu un retard de 10 jours dans la publication d'un avis de disparition, mais la police n'a pas été honnête quant à ses efforts pour collecter les bandes des vidéos de surveillance des magasins de la rue Granville, enregistrées la nuit de la disparition de sa fille.

J'ai parlé à tous les propriétaires de commerces [...] et ils n'ont jamais été contactés, on ne leur a jamais demandé, dit-il. [La police] n'a pas vérifié les caméras. Elle prétend qu'elle a fait une recherche vidéo approfondie. Ce ne sont que des mensonges. Rien que des mensonges, et je peux le prouver.

M. Kiernan a par ailleurs appris que la police ne disposait pas de la vidéo de sa propre caméra de surveillance du centre de police communautaire de Granville, qui pointe vers le bâtiment où Chelsea Poorman a été vue vivante pour la dernière fois.

C'est la partie qui me brise le cœur… Quand j'ai posé des questions à la police sur la caméra qui fait face au 1278 de la rue Granville, on m'a répondu qu'elle ne fonctionnait pas, dit-il.

Le fait que la caméra était cassée n'est pas sa seule critique à l'encontre du centre de police communautaire de Granville.

« Mon message à la police, c'est : "Faites votre travail!" »

— Une citation de  Mike Kiernan, père de Chelsea Poorman

Mike Kiernan affirme qu'à plusieurs reprises il a été consterné de constater que l'affiche signalant la disparition de sa fille avait été enlevée et remplacée par une affiche annonçant des lunettes de soleil du département de police de Vancouver à acheter pour 20 $.

Selon le témoignage de M. Kierman, un employé lui a dit que cela avait été fait sur l'ordre de hauts responsables.

Mike Kiernan déplore également la communication confuse de la part des enquêteurs après la découverte des restes de Chelsea.

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Un mémorial pour Chelsea Poorman à l'extérieur d'une maison à Vancouver, en Colombie-Britannique, le mardi 10 mai 2022.

Photo : Radio-Canada / CBC/Justine Boulin

La police lui a d'abord dit qu'elle avait été découverte dans un tas d'ordures, puis qu'elle avait été trouvée allongée sur un coussin, une couverture sur elle.

Il ajoute que ce n'est qu'après avoir parlé directement avec l'entrepreneur qui a découvert le corps qu'il a appris que ni l'un ni l'autre n'était vrai, qu'elle avait été trouvée couchée sur la terrasse, à l’arrière de la maison.

Dans un courriel, le porte-parole de la police de Vancouver, le sergent Steve Addison, a déclaré que la police municipale avait conduit une enquête détaillée et complexe sur la disparition de Chelsea Poorman, qui a débuté le jour où elle a été portée disparue.

Sa disparition a fait l'objet d'une enquête par l'Unité des personnes disparues de la police de Vancouver et notre Section des crimes majeurs, où elle a été dirigée par une équipe d'enquêteurs principaux en matière d'homicide, a précisé le sergent Addison.

Les normes policières provinciales, qui régissent le service de police de Vancouver, stipulent qu'en ce qui concerne les personnes disparues, les femmes et les filles autochtones courent un risque accru de subir un préjudice et sont représentées de façon disproportionnée parmi les femmes disparues et assassinées au Canada.

Ces lignes directrices ont été élaborées à la suite de la Commission d'enquête sur les femmes et les filles disparues et assassinées, qui a constaté des manquements flagrants de la police dans l'enquête sur les meurtres en série de femmes, dont beaucoup étaient Autochtones, commis par Robert Pickton.

L'ancien policier Dave Dickson, qui a joué un rôle déterminant dans l'établissement d'un lien entre Robert Pickton et des femmes de Vancouver portées disparues dans les années 1990, estime que la police fait toujours preuve de partialité lorsqu'il s'agit d'enquêter sur des femmes autochtones disparues.

Je suis désolé de le dire, mais 20 ans plus tard, rien ne s'est amélioré, affirme Dave Dickson, qui travaille maintenant comme travailleur social pour une organisation caritative de New Westminster.

Avec les informations de Michelle Ghoussoub et de Karin Larsen

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