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La Russie ferme le bureau de CBC/Radio-Canada à Moscou

L'expulsion des médias canadiens de Moscou est « inacceptable », affirme le premier ministre Justin Trudeau, tandis que la direction de Radio-Canada déplore un « jour noir » pour le journalisme.

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Cette photo prise le 2 mai 2022 montre le clocher d'Ivan le Grand (à gauche) et les tours du Kremlin au centre de Moscou.

Photo : Getty Images / YURI KADOBNOV/AFP

Le bureau de CBC/Radio-Canada à Moscou, ouvert depuis près d'un demi-siècle, sera fermé, tandis que les visas et les accréditations de ses journalistes seront révoqués, a annoncé mercredi le ministère russe des Affaires étrangères.

Il s'agit de mesures de représailles prises en riposte aux actions du Canada depuis le début de la guerre en Ukraine, a expliqué sa porte-parole, Maria Zakharova, lors d'un breffage hebdomadaire avec les journalistes.

Le gouvernement Trudeau a adopté une orientation ouvertement russophobe, a-t-elle ajouté, affirmant que CBC était devenue un mégaphone de propagande antirusse.

Mme Zakharova a également dénoncé le soutien du Canada à l'Ukraine avant l'offensive russe et depuis le début de celle-ci, le 24 février.

Sur Twitter, Mme Zakharova a aussi évoqué la décision d'Ottawa de bannir les chaînes d'information russes RT en anglais et en français sur son territoire.

Dans un courriel envoyé à CBC, l'ambassade russe au Canada a également lié la fermeture du bureau de Radio-Canada au sort réservé à ces deux chaînes.

Depuis plus de 40 ans, le bureau de Radio-Canada à Moscou nous a permis de vivre et de comprendre de grands moments de l'histoire : l'explosion de Tchernobyl, la guerre en Tchétchénie, les Jeux de Sotchi, etc. Mais c'est terminé. La Russie a fermé notre bureau mercredi en représailles au retrait de la chaîne Russia Today du Canada. Un reportage de Louis Blouin.

C’est un jour noir, on est extrêmement déçus, on est même sous le choc, a réagi la directrice générale de l’Information à Radio-Canada, Luce Julien, au cours d'un point de presse virtuel auquel participait celle qui était correspondante de Radio-Canada à Moscou, Tamara Alteresco.

De mémoire, c’est la première fois qu’un gouvernement étranger ferme un bureau de Radio-Canada à l'étranger, a souligné Mme Julien, qui a précisé avoir appris la nouvelle par une dépêche de l'AFP, une agence de presse toujours présente en Russie.

Citant une longue tradition journalistique assurée par des correspondants comme Céline Galipeau, Raymond Saint-Pierre, Michel Cormier et Jean-François Bélanger, Mme Julien a souligné que Radio-Canada/CBC était la seule entreprise de presse canadienne à avoir une présence permanente en Russie, où elle avait des bureaux depuis 44 ans.

« Le gouvernement russe semble confondre les décisions du gouvernement canadien et l’entreprise de presse indépendante qu’est Radio-Canada. »

— Une citation de  Luce Julien, directrice générale de l’Information à Radio-Canada

CBC/Radio-Canada subit les représailles : la Russie ferme le bureau de Moscou. Qu'est-ce que cela veut dire pour la vérité et la liberté de la presse? J'en discute avec notre correspondante Tamara Alteresco et la directrice générale de l'information de Radio-Canada Luce Julien.

Le régime de Vladimir Poutine agit ainsi pour nous punir pour ce qu’il reproche au gouvernement canadien, a renchéri Tamara Alteresco, qui était en poste en Russie depuis quatre ans.

Pourquoi nous? Il y a une guerre diplomatique avec le Canada en ce moment, c'est évident, a analysé la reporter, alors que de grands médias étrangers, notamment des États-Unis, du Royaume-Uni et de la France, n'ont pas subi le même sort.

La Russie voit le Canada comme une petite Ukraine. La Russie a des tensions diplomatiques avec le Canada depuis plusieurs années, a-t-elle ajouté, précisant que cela n'avait pas entravé son travail en Russie par le passé, avant le déclenchement de la guerre, le 24 février dernier.

J'ai pleuré. Nous, on le voyait à long terme, ce périple-là, a admis la journaliste, actuellement à Montréal après des séjours récents en Géorgie, en Transnistrie et en Roumanie dans la foulée de son rapatriement de Russie, il y a quelques semaines.

La directrice générale de l'Information à Radio-Canada s'est dite d'autant plus surprise par la décision de Moscou que Radio-Canada pensait être en mesure de retourner en Russie dans quelques semaines.

Insistant lui aussi sur l'indépendance journalistique du diffuseur public canadien, le rédacteur en chef de CBC News, Brodie Fenlon, a déploré une décision très décevante.

De toute évidence, nous savons que la liberté des médias et de la presse en Russie est sérieusement restreinte. Je suppose que nous en sommes la preuve la plus récente, a-t-il déclaré en entrevue au réseau CBC.

Nous perdons nos yeux et nos oreilles en Russie

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Tamara Alteresco lors d'un reportage récent en Géorgie, près de l'Ossétie du Sud.

Photo : Radio-Canada / Alexey Sergeyev

Sous le choc, peinée, déçue, Mme Alteresco a admis qu'elle n'avait pas vu venir l'annonce de mercredi. Je vais m'en remettre, a-t-elle ajouté. Elle a cependant exprimé sa déception pour les sept employés russes du diffuseur public canadien, dont six travaillaient dans les bureaux de Radio-Canada ou de CBC.

Malgré le rapatriement de Mme Alteresco, il y a deux mois et demi, ainsi que ceux de la journaliste Briar Stewart et de la réalisatrice Corinne Seminoff, de CBC, le diffuseur public canadien pouvait toujours compter sur son personnel encore sur place, ce qui permettait de continuer à produire du contenu original, a précisé Mme Alteresco.

« On perd nos yeux, nos caméras, nos oreilles, on perd tout en Russie. »

— Une citation de  Tamara Alteresco, correspondante de Radio-Canada

Insistant sur la fenêtre incroyable qu'était en mesure d'offrir Radio-Canada, qui montrait autant la perspective d'une Ukraine en guerre que celle de la Russie, elle a déploré les récents développements. Il y a une Russie qui est en train de s’isoler, avec des conséquences importantes, a-t-elle souligné.

Le diffuseur public ouvrira un bureau ailleurs dans la région, a indiqué Luce Julien, disant toutefois estimer qu'il est trop tôt pour dire comment l'entreprise continuera de couvrir l'actualité russe sans une présence sur place.

Il y a une feuille blanche, il y a le deuil, a-t-elle reconnu. On va regarder toutes les options.

Tamara Alteresco a loué les Russes courageux qui vont à contre-courant en acceptant encore de parler aux médias. C'est d'eux que la couverture va dépendre, a-t-elle souligné.

Une décision « inacceptable », dit Trudeau

À Ottawa, le premier ministre canadien Justin Trudeau a réagi à la nouvelle en critiquant la conception du travail des journalistes du président russe.

Ce n’est pas une grande surprise que c’est une menace pour Poutine, qui dépend de la désinformation, de la mésinformation, pour induire ses citoyens en erreur, pour essayer de justifier cette guerre illégale, a-t-il dit.

« Poutine tente de les empêcher de rapporter des faits et c’est inacceptable. Les journalistes doivent pouvoir travailler en toute sécurité, sans censure, intimidation ou ingérence. Le Canada défendra toujours ce principe. »

— Une citation de  Justin Trudeau, premier ministre du Canada, dans un tweet

Nous sommes en contact avec Radio-Canada sur ces développements, a aussi tweeté la cheffe de la diplomatie canadienne, Mélanie Joly. Nos représentants et le personnel de notre ambassade à Moscou sont prêts à aider au besoin.

Le ministre du Patrimoine canadien, Pablo Rodriguez, a refusé de voir une équivalence entre le bannissement des chaînes de RT et l'expulsion de CBC/Radio-Canada du territoire russe.

Au Canada, la décision visant RT a été prise par le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC), a-t-il souligné tout en reconnaissant que l'organisme public s'est penché sur ce dossier à sa demande.

En Russie, c’est simplement le ministre qui dit : ''On met tous les journalistes dehors.'' [Il y a] une différence fondamentale entre les deux, a-t-il ajouté. Qui plus est, RT Télévision est un outil de propagande; ce n’est pas une télévision publique, c’est une télévision d’État, donc liée au régime. C’est très différent.

La décision de Poutine d'expulser les médias canadiens de Russie ne fera qu'isoler davantage la Russie sur la scène internationale, a pour sa part soutenu, dans une déclaration fournie à CBC, le porte-parole conservateur en matière d'affaires étrangères, Michael Chong, sans toutefois nommer expressément Radio-Canada et CBC.

C'est le geste d'un autocrate qui a peur de la démocratie et de la presse libre. Les conservateurs s'opposeront toujours aux autocrates qui oppriment leur propre peuple et qui censurent et intimident les journalistes, a-t-il ajouté.

Le chef néo-démocrate Jagmeet Singh a de son côté parlé d'une décision qui n'est pas surprenante compte tenu du fait que Vladimir Poutine n’est pas quelqu’un qui reconnaît l’importance du journalisme en général, [de] la vérité aussi.

Une première depuis le début de la guerre

CBC/Radio-Canada a suspendu ses activités journalistiques en Russie le 4 mars, après l'adoption d'une loi prévoyant de lourdes peines de prison et des amendes élevées pour toute personne qui publierait des informations jugées mensongères sur l’armée russe.

La société d'État disait alors vouloir clarifier la portée de cette nouvelle loi afin d’assurer la sécurité de [ses] journalistes et de [ses] employés en poste à Moscou.

Plusieurs autres médias ont suivi ce mouvement, mais certains, dont la chaîne britannique BBC et le réseau américain CNN, ont depuis lors repris leurs activités en Russie.

C'est la première fois que Moscou bannit un média occidental depuis le début de la guerre en Ukraine.

Au début de février, la Russie avait cependant fermé les bureaux de la chaîne allemande Deutsche Welle, une décision aussi présentée comme des représailles pour l'interdiction de diffusion des chaînes RT en Allemagne.

Depuis le début de la guerre, le premier ministre canadien Justin Trudeau et ses ministres dénoncent sans relâche l'invasion illégale de l'Ukraine par la Russie et préconisent l'adoption de sanctions sévères contre Moscou.

Le gouvernement canadien a notamment adopté des sanctions contre plus de 1000 personnes ou organisations liées au Kremlin et propose maintenant de vendre des avoirs russes gelés au profit de l'Ukraine.

Avec les informations de Agence France-Presse

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