•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

L’envahissant crabe vert déferle sur les côtes de l’île de Vancouver

La femelle du crabe vert peut pondre jusqu'à 185 000 œufs par an.

Chargement de l’image

Le crabe vert européen, une espèce invasive, se propage de manière fulgurante sur les côtés sud de l'île de Vancouver, détruisant les écosystèmes marins.

Photo : Parcs Canada

Dans le sud de l'île de Vancouver, un crustacé invasif menace les écosystèmes et met en péril les ressources halieutiques. Sa prolifération fulgurante inquiète les Premières Nations côtières, qui appellent les gouvernements à agir rapidement.

Carcinus maenas, de son nom latin, crabe vert européen, de son nom commun, il mesure jusqu'à dix centimètres, et selon l’Union internationale pour la conservation de la nature, il fait partie des 100 espèces les plus envahissantes au monde.

C'est au Nouveau-Brunswick, en 1951, que ce petit crabe côtier, décrit comme agressif et vigoureux et qui peut survivre hors de l'eau plusieurs jours, a été observé pour la première fois au Canada.

Il a depuis conquis la côte atlantique et s’est introduit sur la côte ouest à la fin des années 1990, au gré des courants marins et des déversements des ballasts des navires.

En Colombie-Britannique, le crustacé prolifère à un rythme alarmant, principalement sur les côtes ouest et sud de l'île de Vancouver, et sa présence a été récemment signalée dans la mer de Salish.

Thomas Therriault, scientifique et chercheur, étudie les espèces aquatiques envahissantes depuis plus de 15 ans.

Basé à la station biologique du Pacifique de Pêches et Océans Canada, à Nanaimo, il explique que d’un point de vue écologique, le crabe vert européen rentre en compétition avec les espèces locales.

Ils peuvent détruire les habitats de tout un écosystème. Ils se nourrissent d’autres crustacés, dévorent les petits crabes dormeurs, les populations de palourdes et détruisent les zostères, essentielles aux jeunes saumons, poursuit Thomas Therriault.

Par son comportement prédateur, le crabe vert menace également les ressources alimentaires halieutiques traditionnelles des Premières Nations côtières.

Si vous combinez tous ces aspects, leur impact peut être très sévère, ponctue Thomas Therriault.

Pour l’heure, de l'observation

Nous n’avons pas d’estimation de leur population en Colombie-Britannique, mais je sais que le niveau des prises réalisées par la Coastal Restoration Society et des Premières Nations à Tofino est très élevé, indique le scientifique.

Selon le Thomas Therriault, un récent programme d’observation et de capture a prélevé environ 10 000 crabes verts par semaine. Un chiffre qui peut même être atteint quotidiennement dans les baies de Clayoquot et de Sooke.

« Nous devons réagir de toute urgence, car cela pourrait devenir très vite hors de contrôle. »

— Une citation de  Gordon Planes, chef de la Première Nation T’Sou-ke.

Le problème, c’est qu’ils peuvent avoir beaucoup de bébés. La femelle peut pondre jusqu'à 185 000 œufs par an. Si vous vous promenez sur la plage, vous pouvez voir des petits crabes verts courir partout. Ils sont très invasifs, déplore Gordon Planes, chef de la Première Nation T’Sou-ke.

Si Thomas Therriault précise que tous n’atteignent pas l'âge adulte, il confirme que ce chiffre est exact.

Jusqu'à présent, les membres de la Première Nation, en partenariat avec la province et Pêches et Océans Canada, ont capturé 75 000 crabes verts européens, en utilisant des pièges à crabes modifiés.

Mais nous devons surveiller constamment, car la population grandit très vite, poursuit Gordon Planes.

Chargement de l’image

Malgré son nom, le crabe vert n'est pas toujours de cette couleur et peut aussi être brun ou rouge. Ses cinq épines distinctes de chaque côté des yeux le distinguent des autres espèces de crabes.

Photo : Emily Grason/WSG Crab Team

Je ne pense pas que nous réalisons vraiment l'ampleur de ce problème, indique encore Gordon Planes, qui milite auprès des gouvernements provincial et fédéral pour la mise en place d’un programme de contrôle.

Si nous ne faisons rien, tout cela aura un effet négatif sur l'environnement pour les décennies à venir, conclut-il.

L’état de Washington réagit

Dans les eaux mitoyennes de l'État américain frontalier de Washington, les populations de crabes verts le long de la côte et de Puget Sound ont augmenté de près de 5500 % entre 2019 et 2021, selon l'Institut d'études géologiques des États-Unis.

L'institut a montré qu'un seul crabe pouvait dévorer jusqu'à 22 palourdes en une journée, menaçant l'industrie des coquillages qui génère 270 millions de dollars pour les caisses de l'État.

Aussi, le gouverneur de l'État de Washington a émis une proclamation d'urgence cette année, car plus de 70 000 crabes verts européens ont été capturés l'année dernière près de Bellingham.

Selon le gouvernement de la Colombie-Britannique, l'industrie de la pêche et de l'aquaculture a généré 667,4 millions de dollars en 2011, soit 0,4 % du produit intérieur brut (PIB) de la province et pourrait aussi être menacée.

Carapace, biopolymères et valorisation

Si le crabe vert est comestible, il n'y a pas pour l'heure de filière ou même d'intérêt commercial pour sa pêche, et le personnel sur le terrain a pour instruction de les tuer après leur capture. Mais d'autres options sont envisagées.

Audrey Moores est professeure agrégée au département de chimie de l'Université McGill à Montréal. Elle travaille à la transformation des carapaces de crustacés en matériaux innovants.

Elle a notamment développé des bioplastiques à partir des crabes verts capturés dans les eaux du parc national Kejimkujik en Nouvelle-Écosse.

Audrey Moores explique que dans la carapace du crabe, qui constitue entre 10 et 30 % de son poids, se trouve un biopolymère, la chitine.

Chargement de l’image

Le crabe vert se nourrit d’autres crustacés et de palourdes. Il détruit aussi les zostères, ces herbiers marins qui constituent un habitat essentiel pour la nourriture des jeunes saumons.

Photo : Gracieuseté/Arnault Lebris

La chitine est un polymère très intéressant, car on peut le transformer en chitosan, qui a des applications dans de nombreux domaines, comme le nutraceutique ou le biomédical, mais aussi dans le traitement des eaux usées ou la formulation d’engrais, détaille Audrey Moores

Il existe donc des marchés pour valoriser cette espèce envahissante, mais le problème réside dans la conversation du crustacé en poudre de chitosan.

Il y a des entreprises, notamment en Asie, qui font de la grande transformation industrielle de masse, avec des procédés chimiques que je qualifierai d’assez sales, avec des liquides très visqueux et très corrosifs, et qui génèrent des eaux usées toxiques , poursuit Audrey Moores.

Ces procédés de transformation sont difficilement transposables au Canada, qui possède une législation environnementale plus contraignante.

Aussi, Audrey Moores travaille à l'élaboration d’un procédé d'extraction de la chitine sans solvant. C’est une méthode qui serait compatible avec le droit du travail et le droit environnemental canadien, s'enthousiasme Mme Moore.

Parcs Canada a d'ailleurs récemment offert une subvention pour soutenir la recherche et les travaux en ce sens.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !