•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Le policier qui a abattu Chantel Moore ne sait pas pourquoi les choses ont dégénéré

Chargement de l’image

Le policier d'Edmundston, Jeremy Son, lors de son témoignage devant la coroner Émily Caissy, à Fredericton, au Nouveau-Brunswick.

Photo : Radio-Canada / Michel Corriveau

Chargement de l’image

Le policier Jeremy Son, qui a tué par balle une Autochtone de 26 ans lors d'un « contrôle de bien-être » à Edmundston au Nouveau-Brunswick en 2020, a admis mardi qu'il ne savait pas pourquoi les choses ont dégénéré si vite cette nuit-là.

Les audiences se sont poursuivies pour une deuxième journée, avec les témoignages des policiers impliqués dans les événements qui ont conduit à la mort de Chantel Moore.

Chargement de l’image

Chantel Moore est morte le 4 juin 2020 à Edmundston, au Nouveau-Brunswick.

Photo : Chantel Moore / Facebook

Tout s'est déroulé en quelques secondes

Le soir du 3 juin 2020, le policier Jeremy Son a parlé à l’ex-conjoint de Chantel Moore, Jonathan Brunet, qui s’inquiétait pour la sécurité de son amie. L’ex-conjoint craignait qu’une personne se trouve avec Chantel Moore, et qu'il la menace.

Le policier est arrivé sur les lieux seul dans son autopatrouille. Les gyrophares n’étaient pas allumés. Il est monté sur le balcon de Chantel Moore. Par la fenêtre, il a vu la femme couchée sur le divan, devant le téléviseur. Le policier a frappé à quelques reprises à la fenêtre, mais Chantel Moore n’a pas réagi.

Il a continué à frapper, et a fini par la réveiller. Il a averti ses collègues, par la radio, qu’elle s’était réveillée. Elle s’est tournée vers la fenêtre. Le policier dit qu’il a tourné la lampe de poche vers son uniforme afin de lui montrer qui il était. J’avais la flashlight dans ma main, et la partie qui est allumée vers moi. Il ne se souvient pas avoir averti verbalement qu’il était de la police.

Chargement de l’image

Les témoignages des policiers ont bouleversé Martha Martin, la mère de Chantel Moore.

Photo : Radio-Canada / Michel Corriveau

Tout semblait normal, selon le policier, et Chantel Moore semblait calme.

Elle a ensuite ramassé quelque chose, et son comportement a changé. Le policier a sorti son arme de service. Chantel Moore avait un couteau dans la main, au-dessus de la tête. Il lui a demandé de laisser tomber le couteau, mais elle continuait d’avancer.

C’est à ce moment qu’il a tiré quatre balles sur Chantel Moore.

Du moment où la jeune femme s’est réveillée à celui où elle est sortie, il s’est écoulé seulement quelques secondes.

Tout de suite après avoir tiré, le policier dit qu’il ne comprenait pas pourquoi les choses avaient pris cette tournure.

Le pistolet Taser n'était pas disponible

Le policier Jeremy Son a expliqué qu’il avait suivi une formation en 2018 pour être instructeur sur l’utilisation de la force. Dans cette formation, il y a des scénarios étudiés qui ressemblent, selon lui, à ce qui s’est passé avec Chantel Moore.

Jeremy Son dit qu’un policier doit sortir son arme de service lorsqu’il y a risque de blessure grave ou de mort sur lui-même ou une autre personne.

Chargement de l’image

Le sergent Marc Bouchard et le policier Jeremy Son arrivent à l'enquête de la coroner Émily Caissy.

Photo : Radio-Canada / Michel Corriveau

Le soir de l’intervention, Jeremy Son était formé pour utiliser le pistolet Taser. Mais ce soir-là, c’est un autre policier qui portait l’unique pistolet Taser disponible au sein de la force de police d’Edmundston.

Toutefois, selon Jeremy Son, dans la situation qui s’est présentée, avec une menace au couteau très près de lui, l’utilisation du pistolet Taser n’aurait pas été nécessairement efficace. Il souligne, par exemple, que si le pistolet Taser ne fonctionne pas dans une situation semblable, cela peut constituer un risque pour la sécurité ou la vie du policier. Et il peut être trop tard, à ce moment, pour dégainer l’arme de service.

Le policier Jeremy Son a souligné qu’aujourd’hui, les policiers d’Edmundston disposent de quatre pistolets Taser fonctionnels.

Deux autres policiers témoins des événements

Le sergent Marc Bouchard, policier depuis 1992 et en poste à Edmundston depuis 1996, a été le premier à témoigner au deuxième jour de l'enquête de la coroner. Il a expliqué que, cette journée-là, il est arrivé devant l'immeuble où était l'appartement de Chantel Moore. Son collègue Jeremy Son était déjà sur le balcon.

Le sergent Marc Bouchard a vu le policier Jeremy Son tenter de réveiller Chantel Moore. Quelques secondes plus tard, il l'a entendu dire à la femme de laisser tomber son couteau, et tout de suite après, il a entendu quatre coups de feu rapides. Il est alors sorti de sa voiture, a appelé l'ambulance, et est monté en courant sur le balcon.

Chargement de l’image

Le balcon de l'appartement de Chantel Moore après les tragiques événements. La photo a été prise par un voisin.

Photo : Radio-Canada

Selon son témoignage, le policier Jeremy Son a tenté d'arrêter l'hémorragie. Le sergent Marc Bouchard a voulu trouver un pouls, mais en vain.

Marc Bouchard a expliqué que l'appel que la police avait reçu concernait une vérification de bien-être. Dans un cas comme celui-là, selon lui, les policiers vont sur les lieux pour vérifier l'état de santé physique et mentale de la personne concernée. Mais dans le cas de Chantel Moore, l'inquiétude, d'après l'appel de son ex-conjoint, était qu'il pouvait y avoir dans l'appartement une personne qui menaçait la jeune femme.

Le sergent Marc Bouchard a aussi dit que la police d'Edmundston ne disposait que d'un seul pistolet Taser fonctionnel ce soir-là. Selon lui, seuls deux policiers avaient été formés pour utiliser le pistolet Taser, dont le policier Jeremy Son.

Chargement de l’image

La procureure Johanne Thériault a questionné les témoins qui ont comparu devant la coroner Emily Caissy.

Photo : Radio-Canada / Michel Corriveau

Le sergent Marc Bouchard a aussi expliqué que les policiers ne portaient pas de caméra d'intervention en juin 2020. Un système de caméra est actuellement à l'essai au sein du corps de police d'Edmundston.

En plus de Marc Bouchard, un autre policier est arrivé chez Chantel Moore ce soir-là. Le policier Cédrick Volpé, qui a rejoint la force de police d’Edmundston en 2016, était chargé de la scène de crime après la mort de la femme.

Lorsque Cédrick Volpé est arrivé, le policier Jeremy Son tentait de sauver Chantel Moore. Il est alors allé chercher une trousse de premiers soins.

Chargement de l’image

La salle où se tient l'enquête de la coroner Emily Caissie, à l'hôtel Delta à Fredericton.

Photo : Radio-Canada / Michel Corriveau

Il est ensuite entré dans l’appartement, afin de vérifier si d’autres personnes se trouvaient sur place, puis il a sécurisé la scène, et a cherché le couteau de Chantel Moore, mais sans le trouver. Ce couteau a été retrouvé plus tard.

Les policiers d'Edmundston n’ont pris aucune photo de la scène, selon le policier Cédrick Volpé. Ce sont les policiers de la GRC qui ont photographié les différents éléments de la scène de crime.

Un ambulancier constate le décès

Ken Michaud, travailleur paramédical avec 23 ans d'expérience, a constaté le décès de Chantel Moore.

Dès son arrivée sur les lieux, à 2 h 44 du matin, le 4 juin 2020, il a constaté l'absence de pouls et de respiration. Il a ensuite vérifié le cœur, à l'aide d'un moniteur défibrillateur, et a constaté qu'il n'y avait aucun battement cardiaque.

L'ambulancier a aussi constaté que la victime avait été atteinte par des balles, et qu'il y avait eu beaucoup de saignements.

La mère de Chantel Moore demande des changements

À l’issue de la deuxième journée des audiences, la mère de Chantel Moore, Martha Martin, a demandé des changements rapides à la façon dont les policiers agissent envers les Autochtones au Canada.

Entourée des personnes qui lui apportent leur appui, elle a présenté une liste de personnes qui auraient été tuées par des policiers, dans différentes provinces canadiennes.

Nous avons 1813 personnes qui ont perdu leur vie. Pourquoi ne sommes-nous pas en colère? Pourquoi ne demandons-nous pas des changements? Plus de recommandations, on en a eu assez, nous voulons voir du changement, a-t-elle insisté.

Chargement de l’image

Martha Martin, la mère de Chantel Moore, entourée des personnes qui lui apportent leur soutien.

Photo : Radio-Canada / Michel Corriveau

Les personnes qui entouraient Martha Martin ont lu, à tour de rôle, les noms des personnes qui auraient été tuées par des policiers au Canada.

Assez c’est assez, il est temps que les gouvernements et les politiciens commencent à agir, et cessent de s’en tenir à des recommandations, parce que clairement, les recommandations ne fonctionnent clairement pas, s’insurge-t-elle.

Émue après une journée de témoignage des policiers, Martha Martin a préféré ne pas répondre aux questions. Elle compte le faire, toutefois, à la fin des audiences, plus tard cette semaine.

Avec les informations de La Presse canadienne

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !