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Il y a 30 ans, une bombe explosait à Toronto à la clinique du docteur Morgentaler

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Le 18 mai 1992, un engin explosif détruisait la clinique du docteur Henry Morgentaler à Toronto.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Le 18 mai 1992, la clinique de Toronto du docteur Henry Morgentaler, où l’on pratique des avortements, est détruite par une bombe. Cet événement constitue un épisode de la longue bataille entre opposants et partisans de l’interruption volontaire de grossesse au Canada.

« Le docteur Henry Morgentaler accuse les adversaires de l’avortement d’être responsables de l’explosion qui a détruit sa clinique de Toronto très tôt ce matin. »

— Une citation de  Charles Tisseyre, animateur du Téléjournal, 18 mai 1992

Une attaque à Toronto

Reportage du journaliste Marc-André Masson sur la destruction de la clinique du docteur Henry Morgentaler

En ce matin du 18 mai 1992, comme le rappelle le reportage du journaliste Marc-André Masson présenté au Téléjournal, la clinique torontoise du docteur Morgentaler est un champ de ruines.

L’endroit est si endommagé que les pompiers refusent de s’y aventurer de peur que l’édifice ne s’écroule sur eux.

On écarte la possibilité d’un accident provoqué par une fuite de gaz.

Les policiers qui enquêtent croient plutôt que c’est sur une piste criminelle qu’ils doivent se concentrer.

C’est toute la controverse entourant l’existence de la clinique du docteur Morgentaler qui pousse les policiers à privilégier l’hypothèse d’un acte criminel.

Le docteur Morgentaler partage l’opinion des policiers

Derrière cette déflagration se cache la volonté de militants pro-vie de faire cesser les activités de la clinique.

Henry Morgentaler décrit dans le reportage ces militants comme étant des éléments réactionnaires, des fanatiques religieux, qui sont opposés aux droits des femmes.

Au cours des dernières années, le mouvement pro-vie a perdu plusieurs batailles juridiques pour tenter d’interdire l’avortement au Canada.

La clinique torontoise du docteur Morgentaler est perçue comme le symbole de ces défaites.

Bataille juridique et constitutionnelle

Revenons 10 ans en arrière.

Reportage de la journaliste Rachel Verdon sur l'évolution du droit à l'avortement en Ontario.

Comme le montre ce reportage de la journaliste Rachel Verdon, présenté à l’émission Première page, le 23 novembre 1982, et qu’anime Louis Martin, le docteur Henry Morgentaler est alors parti en croisade à Toronto.

Militant pro-choix pour le droit à l’avortement depuis la fin des années 1960, le médecin fulmine.

On peut se faire avorter à Toronto et en Ontario, mais l’accès à cette intervention y est restreint.

Les médecins ontariens qui pratiquent cet acte sont notamment susceptibles d’être poursuivis en justice en vertu de l’article 251 du Code criminel canadien.

Ce dernier impose d'obtenir une autorisation de la part des comités thérapeutiques et de pratiquer cet acte dans un hôpital.

Or, à l’époque, en Ontario, les quotas autorisés par les comités thérapeutiques sont bien inférieurs à la demande à cause des pressions exercées par le mouvement pro-vie.

Par ailleurs, si les hôpitaux juifs pratiquent des avortements, ceux de religion catholique les interdisent.

Des médecins qui ignorent les exigences de l'article 251 peuvent se voir intenter un procès.

La situation est plus ou moins similaire dans les autres provinces du Canada anglais.

Le docteur Morgentaler veut donc spécifiquement que l’Ontario – et par la suite les autres provinces du Canada anglais – libéralise leurs lois sur l’accès à l’avortement comme l’a déjà fait la province de Québec.

Après la diffusion du reportage de Rachel Verdon en 1982, le contexte juridique évolue et ouvrira la porte à la décriminalisation de l’avortement au Canada.

En 1988, la Cour suprême du Canada rend inconstitutionnel l’article 251 du Code criminel canadien.

La décision se fonde sur le principe qu’il enfreint la Charte canadienne des droits et des libertés notamment parce qu’il contrevient à la notion de sécurité des femmes.

En 1989, les juges de la Cour suprême du Canada confirment par leur décision dans Tremblay c. Daigle, que le fœtus ne possède aucune identité juridique avant la naissance.

Cette décision enlève un argument légal de poids au mouvement pro-vie.

En 1990, le gouvernement de Brian Mulroney tente de restreindre une fois de plus l’avortement au Canada.

Son projet de loi est cependant rejeté par le Sénat du Canada.

En 1992, la clinique torontoise du docteur Morgentaler est donc parfaitement légale.

Voilà qui rend furieux plusieurs militants pro-vie.

Un affrontement qui va se poursuivre

Reportage du journaliste Marc-André Masson sur les suites de l'explosion de la clinique du docteur Henry Morgentaler à Toronto

Le lendemain de l’anéantissement de la clinique, le 19 mai 1992, comme le souligne ce reportage du journaliste Marc-André Masson présenté au Téléjournal, et qu’anime Bernard Derome, la police confirme la nature criminelle de l’explosion.

La réaction est vive.

En face du site où a eu lieu l’attentat, des centaines de militants pro-choix manifestent leur appui au docteur Morgentaler.

Ce dernier croit que des militants pro-vie ont pu engager un professionnel américain pour détruire la clinique. Le médecin jure qu’il va reconstruire cette dernière.

Il a cependant besoin de 250 000 $ pour y arriver. Le gouvernement de l’Ontario devance une annonce déjà prévue et confirme qu’il va appuyer financièrement la décision d’Henry Morgentaler.

L’attentat de Toronto ne fait rien pour combler le fossé entre partisans pro-choix et militants pro-vie.

Marc-André Masson conclut même que l’événement va galvaniser les partisans du libre-choix pour l’avortement.

Ils vont miser sur leurs récentes victoires juridiques et politiques pour exiger un meilleur accès à ce service au pays, croit le journaliste.

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