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La Sûreté du Québec veut former plus de policiers en recherche terrestre

Des policiers effectuent des recherches en forêt.

Les policiers entrent par petits groupes dans un secteur densément boisé de Saint-Apollinaire afin d'y retrouver Martin Carpentier.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

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La Sûreté du Québec (SQ) revoit ses façons de faire pour être plus rapide et plus efficace lors des opérations de recherche de personnes disparues. Un peu plus de deux mois après les révélations de l’émission Enquête sur le drame de Saint-Apollinaire, la haute direction veut rassurer la population.

Un long reportage, diffusé à Enquête le 10 mars, a mis en lumière des lacunes dans l’opération de juillet 2020, à Saint-Apollinaire, pour retrouver Norah, Romy et leur père, Martin Carpentier, à la suite d'un mystérieux accident. Parmi ces lacunes qui n’avaient pas été identifiées dans le rapport de la coroner, on compte l’absence d’un coordonnateur en recherche terrestre.

Des policiers et d’ex-policiers de la SQ ont notamment dénoncé le manque d’effectifs ainsi que la désorganisation des équipes de recherche, ce qui a peut-être eu un effet décisif, selon eux, entre la vie et la mort des deux sœurs qui ont été tuées par leur père.

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Martin Carpentier disparaît avec ses filles le soir du 8 juillet 2020 après un accident sur l'autoroute 20, à Saint-Apollinaire. Il est passé par une roulotte avec elles avant de les tuer et de s'enlever la vie.

Photo : Radio-Canada

Des policiers ont aussi confié leur frustration et leur impuissance quant à des ratés qu’ils ont observés lors d’autres opérations de recherche, montrant du doigt l’abolition puis la restructuration des unités spécialisées en recherche qui a eu lieu en 2019.

Former plus de policiers

En entrevue à Radio-Canada pour la première fois depuis la diffusion du reportage, le directeur général adjoint à la Sûreté du Québec, Patrick Bélanger, dit vouloir bonifier ses effectifs en recherche terrestre.

Il prévoit doubler son équipe de coordonnateurs, passant de deux à quatre, et ajouter trois maîtres-chiens, pour un total de 19. La SQ entend aussi former une soixantaine de patrouilleurs supplémentaires provenant des postes de différentes MRC.

Au fil des semaines à venir, [les policiers] vont être formés et équipés en conséquence pour pouvoir intervenir, précise Patrick Bélanger.

Dans une note interne envoyée le 9 mai dernier et dont Radio-Canada a obtenu copie, on peut lire que les formations et l’équipement seront donnés en fonction des capacités de la Sûreté du Québec à les fournir et les membres seront assignés sur des missions seulement lorsqu’ils seront formés.

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Patrick Bélanger, directeur général adjoint à la Sûreté du Québec

Photo : Radio-Canada / André Grégoire

« Nous, on veut mettre ça en branle le plus rapidement possible. C'est quelque chose qui va s'orchestrer facilement en milieu d'été, fin de l'été, début de l'automne. »

— Une citation de  Patrick Bélanger, directeur général adjoint à la Sûreté du Québec

Le nombre de policiers ayant reçu la formation de recherche terrestre devrait ainsi passer de 125 à 192 d’ici la fin de l’automne, y compris les 51 des équipes destinées à la recherche qui sont basées dans trois points de service : Mascouche, Saint-Hubert et Québec.

L'objectif de la SQ est d'assurer le renouvellement de leur formation chaque année ou tous les deux ans. À l'intérieur des requalifications il y a toujours des simulations, des pratiques pour faire en sorte que ces gens-là ne perdent pas leur expertise, assure M. Bélanger.

Une nouvelle formule

Une fois formés, les quelque 60 policiers de MRC seront les premiers appelés pour venir en renfort aux 51 policiers spécialisés et destinés à la recherche au besoin.

La SQ admet ainsi, dans cette note interne, que la formule adoptée en 2019 – soit de faire appel à des policiers d’autoroute ayant reçu une courte formation pour combler les équipes de recherche en cas de disparition – ne fonctionne pas comme prévu.

Ce groupe [de policiers d’autoroute] n’était pas souvent impliqué, car pratiquement toujours assigné à d’autres fonctions, ce qui faisait en sorte que la demande retournait aux postes MRC, qui eux, n’ont pas la formation et l’équipement pour ce genre de mission, peut-on lire.

Dans cette missive, les opérations de Saint-Apollinaire et de Sainte-Paule sont citées comme exemples d’événements où les policiers de MRC qui recevront leur formation prochainement pourraient être appelés à intervenir.

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La Sûreté du Québec a déployé beaucoup d'équipement en août 2021 pour retrouver l'enfant disparu à Sainte-Paule.

Photo : Radio-Canada / Claude Côté

La SQ prévoit par ailleurs étendre à d’autres régions un projet pilote mené sur la Côte-Nord au cours des derniers mois, où huit policiers ont été formés pour être affectés aux missions de recherche. Leur rôle est d’entamer les démarches initiales de l’opération en attendant que les chercheurs spécialisés arrivent en renfort.

Lorsque nos équipes qui arrivent soit de Saint-Hubert, de Mascouche ou de Québec, le gros du travail de base a été fait. [...] Donc c'est beaucoup plus efficace. Évidemment, chaque minute, chaque heure compte dans une disparition, donc ça vient vraiment optimiser nos capacités de recherche, explique Patrick Bélanger.

Statu quo

D’ici à ce que la Sûreté du Québec atteigne ses objectifs, la capacité d’intervention demeure sensiblement la même que depuis la restructuration de 2019, soit 125 policiers formés pour la recherche en forêt.

Par contre, depuis les événements de Saint-Apollinaire, en 2020, les mandats des 51 policiers destinés aux opérations de recherche ont été revus afin de permettre une meilleure disponibilité des équipes.

Pour notamment la protection des personnalités, on a trouvé d'autres bassins à l'intérieur de l'organisation qui vont faire ça de façon prioritaire, note M. Bélanger.

En juillet 2020, lorsque Martin Carpentier a disparu avec ses filles à Saint-Apollinaire, une dizaine de policiers spécialisés en recherche étaient au Lac-Saint-Jean pour assurer la sécurité du premier ministre François Legault.

Poste de commandement unifié

Autre changement en cas d’opération d’envergure impliquant les équipes de recherche terrestre et les enquêtes criminelles : la SQ veut dorénavant déployer un seul poste de commandement plutôt qu’un poste pour les recherches et un autre pour les enquêtes.

Nos principaux décideurs vont être assis ensemble pour être en mesure d'échanger les différentes informations, l'expertise des chercheurs [...] et toutes les informations détenues par les enquêtes, mettre tout ça dans un même pot pour en arriver aux meilleures décisions opérationnelles possibles, indique M. Bélanger.

Ce dernier mentionne aussi que la SQ a réalisé, lors d’opérations d’envergure comme Saint-Apollinaire en 2020 ou Sainte-Paule en 2021, qu’un poste de commandement unifié permet une meilleure efficacité sur le terrain.

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De nombreux policiers de la SQ ont été déployés à Saint-Apollinaire en juillet 2020 dans le but de localiser Martin Carpentier.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Patrick Bélanger refuse par contre de faire un lien direct entre l’affaire Carpentier et les changements en cours.

Est-ce que l'affaire Carpentier est l'élément déclencheur de tout ça? Je vous dirais non. On s'en est servi inévitablement pour apprendre. Cependant, vu l'augmentation considérable du nombre de missions de recherche, la Sûreté n'avait nul autre choix que de s'ajuster et de bonifier son offre de service en matière de recherche.

La SQ fait valoir que le nombre de missions de recherche pour retrouver une personne disparue est passé de 180 en 2018 à 428 en 2021.

Nombre de missions pour retrouver une personne disparue

  • 2017 : 271
  • 2018 : 180
  • 2019 : 123
  • 2020 : 373
  • 2021 : 428

Source : Sûreté du Québec

Même s’il admet que la disponibilité des ressources en période estivale représente toujours un défi, Patrick Bélanger tient à rassurer la population : La Sûreté va être présente et va répondre à ses missions de recherche. On veut vraiment démontrer que la Sûreté est en mouvement. La Sûreté est une organisation qui est apprenante.

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