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Mai 1972 : Sept-Îles sous le siège des syndicats

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Des militants syndicaux et quelques curieux sont rassemblés devant le palais de justice de Sept-Îles le 10 mai 1972. La photographie a été prise quelques minutes avant que le chauffard Théodore Leblanc fonce dans la foule avec son bolide.

Photo : Bill Robson - BAnQ Québec

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Il y a cinquante ans, la ville de Sept-Îles était prise d'assaut par un front commun de syndicats qui réclamaient de meilleures conditions de travail pour les employés de la fonction publique.

Une personne est décédée et plus d’une trentaine d’autres ont été blessées lorsqu'un automobiliste a foncé dans une foule réunie devant le palais de justice de Sept-Îles dans le cadre de la mobilisation.

L’occupation d’une ville au Québec, ça s’est rarement vu, indique le syndicaliste septilien Réjean Langlois.

ll était, à cette époque, à la tête du Front des travailleurs unis (FTU) de Sept-Îles, une alliance fondée deux ans plus tôt entre les trois centrales syndicales présentes sur le territoire.

« C’est ce nouveau front commun qui nous a permis une mobilisation plus incassable. »

— Une citation de  Réjean Langlois, ancien président du Front des travailleurs

M. Langlois se rappelle d’un contexte social mûr pour une révolte. Les employés de la fonction publique québécoise étaient en pleine négociation de leurs conventions collectives.

La question salariale était au cœur des revendications, se souvient-il. Des grèves d'une à deux journées avaient eu lieu en mars et en avril.

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Réjean Langlois, ancien conseiller syndical au Conseil central de Sept-Îles, était à la tête du Front des travailleurs unis en 1972.

Photo : Radio-Canada / Olivier Roy Martin

Puis sont venues l’injonction restrictive et la loi adoptée par le gouvernement de Robert Bourassa, qui suspendait le droit de grève. C’est l'emprisonnement subséquent des trois chefs syndicaux à Québec qui aura mis la table aux événements de 1972.

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Photo d'archives de travailleurs et de policiers en mai 1972.

Photo : Éditions Marquis / Journal L'Avenir

Alors que les conventions collectives des travailleurs de la fonction publique étaient échues partout au Québec, c'est à Sept-Îles qu'une révolte ouvrière s'est embrasée.

Il y avait un débrayage général partout au Québec et la grève à travers la province était assez mouvementée, mais ce n’était rien comparé à Sept-Îles, se souvient M. Langlois.

Dans le feu de l'action

Le 10 mai 2022, Réjean Langlois fait les cent pas dans le stationnement du palais d'injustice, tel que surnommé à l'époque. Cinquante ans plus tôt, des centaines de travailleurs du secteur public s'étaient massés sur place pour manifester.

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Une foule de travailleurs est rassemblée à Sept-Îles.

Photo : Éditions Marquis / Journal L'Avenir

D’immenses tuyaux de ciment bloquaient les seules voies d'accès à Sept-Îles, aux deux extrémités de la route 138. Les syndiqués avaient même réussi à prendre le contrôle de l'aéroport, ainsi que la station de radio CKCN.

On n’est pas habitué, nous, les syndiqués, à ce que les routes soient fermées avec des bulldozers ou fermées à l’autre bout avec des fourgonnettes dans le travers des chemins. On ne fait pas ça normalement, souligne le syndicaliste.

L’ancien député péquiste de Duplessis de 1997 à 2003, Normand Duguay, était lui aussi impliqué dans le FTU à l’époque. Durant le siège, il occupait les fonctions d'archiviste et était en contact avec la station de radio locale.

Quand [le FTU] voulait diffuser un document [je publiais] un communiqué et je le transférais après à CKCN.

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L'ancien député péquiste de Duplessis, Normand Duguay, se souvient encore des événements bouleversants de mai 1972.

Photo : Radio-Canada / Lambert Gagné-Coulombe

Il se rappelle que les choses bougeaient à une vitesse folle durant cette période trouble.

« On n’était pas préparé à tout ça. »

— Une citation de  Normand Duguay, ancien membre du Front des travailleurs unis

Vu que la ville de Sept-Îles était composée de travailleurs, le monde comprenait ce qu’on disait quand on parlait des enjeux syndicaux, explique Réjean Langlois. Selon lui, une portion non négligeable de la population soutenait la révolte.

Le siège des travailleurs aura finalement duré près d'une semaine.

La mobilisation syndicale s’essouffle rapidement lorsqu'un automobiliste fonce dans une foule rassemblée devant le palais de justice en fin de journée, le 10 mai. L'attentat fait un mort, Herman St-Gelais, et 35 blessés.

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Une photo d'archives des funérailles d'Herman St-Gelais, tirée d'une édition du Journal L'Avenir de Sept-Îles en 1972.

Photo : Éditions Marquis / Journal L'Avenir

À la mémoire de l’histoire

Mardi dernier, une quarantaine de Nord-Côtiers se sont rassemblés pour commémorer le 50e anniversaire de l'occupation syndicale de la ville de Sept-Îles. Ils ont tous répondu à l’invitation des réalisateurs d'un prochain long-métrage qui retracera les événements de mai 1972 et qui paraîtra l’an prochain. 

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Le co-réalisateur du long-métrage Pouvoir oublier, David Simard, s'adresse aux Septiliens rassemblés à l'occasion du 50ème anniversaire de l'occupation syndicale de Sept-Îles. Une banderole affiche le visage de Herman St-Gelais et les 35 autres personnes blessées durant l'attentat du 10 mai 1972.

Photo : Radio-Canada / Lambert Gagné-Coulombe

Certains se questionnent toujours sur l'héritage d'une telle mobilisation. On n’était pas écouté, avance Normand Duguay, présent à la commémoration. Est-ce que ça a réveillé le monde en politique? Je ne pense pas.

Je pense que le monde a pris conscience que les travailleurs avaient des droits et qu’on était capable de les faire respecter quand on prenait la peine de les faire respecter, indique pour sa part Réjean Langlois.

Un demi-siècle plus tard, cette lutte a laissé une trace indélébile dans l'histoire de Sept-Îles.

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