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Un tapis rouge bien sanglant au Festival de Cannes

La tête d'un homme dans un coffre qui rappelle un corps humain.

«Crimes du futur», de David Cronenberg, met en scène l'ablation d'organes à vif.

Photo : Capture d'écran de YouTube

Agence France-Presse

Un an après la Palme d'or à Titane, bombe cyberpunk, hyperviolente et sans tabous, le cinéaste canadien David Cronenberg dissèque des êtres humains bien vivants dans son film Crimes du futur. Le Festival de Cannes, qui débute mardi, est-il tombé amoureux des films d'horreur sanglants, souvent appelés « gore »?

Dès le lancement des festivités, le 17 mai au soir, le ton est donné avec le film d'ouverture, Coupez!, signé Michel Hazanavicius, qui sort simultanément en salle.

Le pape du pastiche et de la mise en abyme (de The Artist, qui lui a valu des Oscars, à OSS 117) s'attaque cette fois aux films de zombies avec une vraie-fausse comédie.

Le gore, ça a un côté hyperludique, comme pouvaient l'être les westerns, reconnaît Michel Hazanavicius, interrogé par l'AFP, dont le film est à prendre au 37e degré : dans Coupez!, il s'agit de zombies pour bébé!, dit-il avec un sourire.

Nouvelle version d'un film japonais sur le tournage catastrophe d'un long métrage de zombies, avec au sein de la distribution Bérénice Bejo et Romain Duris, le film promet de faire dégouliner la Croisette d'hémoglobine.

Il est aussi conçu comme une ode aux films de genre, longtemps regardés de haut par les gardiens et gardiennes du 7e art, mais qui ont désormais droit de cité sur les plus prestigieux des tapis rouges.

Un festival pour repousser les frontières

Les festivals de cinéma comme Cannes sont connus pour mettre en lumière un cinéma qui repousse les frontières, des films qui peuvent ne pas être appréciés à leurs débuts, mais qui sont ensuite acclamés, explique à l'AFP Kate Robertson, experte new-yorkaise du cinéma et de l'histoire de l'art, pour qui les films gore font aujourd'hui partie des plus singuliers, inventifs et défricheurs.

Le Festival de Cannes entend le prouver une fois de plus en cette 75e édition, avec le retour en compétition de David Cronenberg, qui avait déjà éprouvé les nerfs des festivaliers en 1996 avec Crash, tout fait de sexe, de violence et d'accidents de voiture.

Ses Crimes du futur, qui mettent en vedette Léa Seydoux et Viggo Mortensen, promettent de retourner les tripes : il y sera question d'ablation d'organes à vif.

Le réalisateur culte de La mouche semble donc en revenir aux fondements du film sanglant : l'exploration sur l'écran de cinéma de l'intérieur du corps humain, un sujet qui l'a toujours fasciné, relève Marc Godin, journaliste à Technikart et expert du genre.

Le film promet de cliver, ce n'est pas pour tout le monde, analyse-t-il, expliquant qu'une telle oeuvre n'est pas juste faite pour te révulser, mais relève du gore cérébral.

Cannes à la recherche de son scandale

Créer l'événement avec un film ou des séquences sanglantes semble être devenu l'un des passages obligés du Festival.

Des réactions à La grande bouffe de Marco Ferreri en 1973 à la projection d'Irréversible de Gaspard Noé en 2002, avec son insoutenable scène de viol, Cannes attend toujours son scandale, poursuit Marc Godin.

Près d'un siècle après le Chien andalou de Luis Buñuel et son oeil découpé plein cadre au rasoir, le film sanglant est aujourd'hui l'un des moyens de susciter ce buzz cannois qui portera les films, pour le plus grand plaisir des journalistes qui font monter la mayonnaise. Voire, peut-être, d'exorciser nos angoisses pandémiques ou environnementales.

Après la fin sanglante de Parasite, Palme d'or 2019, l'an dernier a semblé marquer une consécration, avec sa Palme d'or décernée au film le plus violent de la sélection, Titane, signé Julia Ducournau, une réalisatrice trentenaire sacrée en deux longs métrages nouvelle reine du gore.

L'héroïne, campée par Agathe Rousselle, y a le corps hanté par une masse de métal qui grandit dans son ventre, tandis qu'elle sue et saigne de l'huile à moteur.

Mais pour des amateurs et amatrices du genre, comme Kate Robertson, cette consécration reste l'exception qui confirme la règle.

Le manque de considération pour ce genre de films se reflète dans les prix [malgré tout], analyse-t-elle. Le couronnement de Julia Ducournau l'an dernier était une surprise excitante pour beaucoup, qui promet peut-être que le milieu du cinéma évolue encore davantage.

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