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Gestes à caractère sexuels : « il y a une culture du silence dans le monde minier »

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Des femmes qui travaillent de près ou de loin avec l'industrie minière rapportent que les violences à caractère sexuel demeurent un enjeu.

Photo : getty images/istockphoto / Juan Jose Napuri

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Les agressions à caractère sexuel demeurent un enjeu bien présent dans l'industrie minière. Des femmes qui travaillent dans le milieu ou qui y sont liées rapportent que de tels actes continuent de se produire, et qu’ils restent parfois impunis.

La semaine dernière, nous apprenions que deux employées de l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue ont dit avoir été victimes de gestes à caractères sexuels par Bryan Coates, l'un des dirigeants les plus connus de l'industrie minière au Québec.

Ces événements ne sont pas un cas d’exception.

Gabrielle Boissonneault, intervenante communautaire au Point d’appui à Rouyn-Noranda, indique que, même si les femmes dans le domaine minier n'approchent pas nécessairement l’organisme pour des violences subies, elles en discutent entre elles.

Au travers des coulisses, entre femmes, on les entend quand même, ces murmures-là, et on voit quand même une réalité au niveau régional par rapport aux industries minières et aux micro-agressions que subissent les femmes, dit Gabrielle Boissonneault.

Au Canada, l'organisme Mine shift, anciennement nommé Me too mining, milite pour faire entendre les voix des victimes et changer les mentalités dans le secteur minier.

Il y a une culture du silence dans le monde minier. Très souvent, ce sont des secrets ouverts. Les gens savent que ces événements ont lieu, particulièrement les gens autour de cette personne, mais elles ne font rien et ne disent rien, déplore Susan Lomas, qui a fondé l’organisme en 2018.

La géologue, qui oeuvre dans l’industrie minière depuis plus de 30 ans, affirme que dans le secteur minier, on qualifie ce secteur comme étant masculin.

Il y a d’autres industries, d’autres endroits où ça [les agressions à caractère sexuel] arrive, mais dans le monde minier, nous sommes une industrie dominée par les hommes. Je pense que cela contribue à cette culture du silence, estime Susan Lomas.

« C’est difficile d’avoir des faits et gestes concrets pour être capable de le dénoncer. Les micro-agressions ou le harcèlement sexuel qu’on a en tête, c’est souvent des regards, des commentaires sur le corps des femmes, sur la qualité du travail que ces femmes font. »

— Une citation de  Gabrielle Boissonneault, intervenante communautaire au Point d’appui

Valérie Fillion, membre de la filière Women in mining en Abitibi-Témiscamingue et directrice générale de l’Association de l’exploration minière du Québec, pense que cet enjeu ne concerne pas seulement l'industrie minière.

Ne fait-on pas le même commentaire dans le milieu de la culture, dans le milieu des affaires? demande-t-elle.

On l’a beaucoup entendu dans les médias au cours des dernières années : "Je n’ose pas parler, je vais perdre ma place". Il y a une problématique de responsabilité. J’en reviens à la bienveillance. Si on se tient en tant qu’équipe, c’est de valeur, mais la personne qui prend des libertés va se faire remettre à sa place, souligne Valérie Fillion.

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Valérie Fillion, directrice générale de l’Association de l’exploration minière du Québec (AEMQ)

Photo : Radio-Canada / Alexia Martel-Desjardins

Gabrielle Boissonneault aussi affirme qu’il est important de dénoncer, mais elle reconnaît que dans un environnement de travail majoritairement masculin, il est plus difficile de se sentir à l’aise.

Elles n’auront pas le goût d’aller se confier à un autre homme, surtout un homme qui a du pouvoir étant donné que c’est une personne qui tient les rênes de son travail. Est-ce que je vais perdre ma job? Est-ce que je vais être crue?, fait valoir Gabrielle Boissonneault.

Une femme qui oeuvre de près dans le secteur minier nous a partagé une opinion similaire après que la nouvelle concernant Bryan Coates et la Fondation de l’UQAT ait paru dans les médias.

Si ces deux employées de l’université ont pu dénoncer, c’est probablement parce qu’elles ne sont pas dans le secteur minier et n’ont pas à craindre des conséquences sur leur carrière. Souvent, on n’ose pas soulever ce genre de situations, même si elles se produisent à l’extérieur des heures et du site de travail… c’est un petit monde quand même ce secteur! Souvent nos conjoints travaillent aussi dans l’industrie et par ricochet, peuvent être affectés au niveau professionnel s’il y a dénonciation, raconte-t-elle.

Comment changer les mentalités

Susan Lomas croit que les entreprises sont de plus en plus sensibilisées. Elle considère que les formations sur les façons d’agir quand on subit ou qu’on est victime de violence à caractère sexuel représentent une façon concrète de changer les mentalités.

La plupart des employés veulent que tout le monde soit en sécurité. Ils sont très frustrés de se sentir impuissants quand quelque chose leur arrive ou arrive en leur présence parce qu’ils ne savent pas quoi faire. Nous encourageons les compagnies à introduire ces formations sur l’intervention des témoins, souligne-t-elle.

Prendre en note les événements et les rapporter à la personne appropriée, que ce soit un supérieur ou un ordre professionnel, constituent les actions clés dans ce genre de situation, selon Susan Lomas.

Gabrielle Boissonneault souhaite aussi encourager les personnes témoin de telles agressions à ne pas rester inactives ou à fermer les yeux sur ces agissements, pour qu’un jour on arrive à ce qu’elle qualifie de culture du consentement.

C’est de les croire [les victimes], de les écouter, de les laisser parler, les diriger vers les ressources adéquates pour elles. De leur demander c'est quoi leur besoin. Est-ce qu’elles veulent qu’on les accompagne? La personne va être capable de nommer ce dont elle a besoin après la conversation, conclut-elle.

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