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Trois questions pour comprendre la crise au Sri Lanka

Des hommes sont assis sur des bonbonnes de gaz vides.

Des manifestants bloquent une route pour protester contre la pénurie de carburant et de propane à Colombo le 13 mai 2022.

Photo : Getty Images / -

Le Sri Lanka est plongé dans le chaos depuis plusieurs semaines. La population est excédée et le président s’accroche au pouvoir.

1. Pourquoi les Sri-Lankais manifestent-ils?

La situation économique s’est brutalement détériorée au cours des derniers mois. L’inflation a atteint 29,8 % en avril et le prix de certains aliments de base, notamment le riz et le lait en poudre, a quintuplé. Il y a une pénurie de produits alimentaires, de carburant et de médicaments.

L’inflation grignote le pouvoir d’achat des gens, note Olivier Guillard, spécialiste de l'Asie et directeur de l'information chez Crisis24 (groupe GardaWorld). De plus, ils n’ont pas d’essence pour aller travailler et doivent passer la journée à faire la queue pour s’approvisionner. Les gens n’en peuvent plus.

En outre, l’électricité est coupée durant des heures tous les jours à cause d’un manque de combustible destiné aux centrales.

Les Sri-Lankais réclament la démission du gouvernement du président Gotabaya Rajapaksa et de son clan familial, qu’ils tiennent responsables de cette crise.

La population en veut beaucoup à sa classe dirigeante pour son incompétence, son incurie et son incapacité à trouver une sortie de crise et à pallier les conséquences économiques, souligne M. Guillard, également chercheur au Centre d’études et de recherche sur l’Inde, l’Asie du Sud et sa diaspora à l'Université du Québec à Montréal (UQAM).

Une manifestation.

La police a durement réprimé les manifestants.

Photo : afp via getty images / ISHARA S. KODIKARA

Le président a d’abord répondu en décrétant l’état d’urgence et en déployant l’armée le 1er avril. Voyant que la colère ne baissait pas, il a effectué des changements au sein du gouvernement, écartant notamment deux de ses frères et un neveu, qui étaient ministres, mais cela n’a pas suffi pour calmer la rue.

Après une semaine d’affrontements qui ont causé neuf morts et 300 blessés, le frère du président, le premier ministre Mahinda Rajapaksa, a fini par remettre sa démission le 9 mai. Mais le président, lui, s’accroche au pouvoir.

2. Comment le pays s’est-il retrouvé dans cette situation?

C’est le résultat d’une mauvaise gouvernance et d’un ensemble de conjonctures défavorables, observe M. Guillard.

La gouvernance économique laisse à désirer depuis un bon moment avec une série de choix douteux qui ont considérablement affaibli les finances publiques.

Les frères Rajapaksa ont fait des investissements colossaux dans des projets faramineux, explique Olivier Guillard. Pour ce faire, ils se sont endettés auprès de la Chine en souscrivant des prêts à des conditions au-dessus du marché. Ainsi, ils ont notamment fait bâtir un port qu’ils ont ensuite dû céder à la Chine afin d’obtenir les fonds nécessaires pour rembourser leur dette.

En outre, le gouvernement Rajapaksa avait pris la décision, en 2019, de réduire les impôts, ce qui a entraîné un manque à gagner considérable pour le trésor public.

Des policiers armés surveillent une église qui a été le théâtre d'une explosion.

Pas moins de 279 personnes ont péri dans les attentats de Pâques 2019, y compris lors de l’explosion survenue à l’église Saint Anthony, à Colombo.

Photo : AFP / Ishara S. Kodikara

Une série d’attentats meurtriers à Colombo, la capitale du pays, dont certains contre des hôtels de luxe, en avril 2019, a freiné le boom touristique dont jouissait le pays depuis la fin de la guerre civile et qui contribuait de façon notable à l’entrée de devises.

Puis, en mars 2020, la COVID-19 a frappé, stoppant net l’arrivée de touristes étrangers en plus de signifier le retour au pays de beaucoup de travailleurs expatriés, dont les transferts de fonds servaient également à soutenir l’économie.

Enfin, en avril 2021, à court de devises étrangères, le gouvernement a décrété que les fermiers devaient dorénavant se convertir à l’agriculture biologique et arrêter d’importer des fertilisants, des pesticides et des herbicides.

Ce changement auquel les agriculteurs n’étaient pas préparés a entraîné une diminution brutale de la production agricole, jusqu'à 40 % selon des experts. Le manque d’engrais a également causé une baisse considérable de la production de thé, de noix de coco et de caoutchouc, des produits d'exportation.

Conséquence : le pays affronte sa pire crise économique avec ses réserves de change qui atteignent un plancher de 2,36 milliards de dollars américains, alors qu’il doit rembourser environ quatre milliards de dollars cette année, dont un milliard en juillet.

Plutôt que de demander l’aide du Fonds monétaire international (FMI) et de se soumettre à ses conditions, le Sri Lanka s’est tourné vers l’Inde et la Chine. Mais l’appui de ses voisins n’a pas été suffisant pour renflouer les caisses et le gouvernement est incapable de faire face à sa dette de 51 milliards de dollars. Le 12 avril, le pays s'est donc déclaré en défaut de paiement.

3. Comment pourra-t-il s’en sortir?

Après la démission de son frère, le président a nommé un nouveau premier ministre, Ranil Wickremesinghe, qui a été investi jeudi de la tâche de former un gouvernement d’union.

Des gens marchent en tenant une bannière qui porte la mention «Rentre à la maison, Gota» en anglais.

Des manifestants réclament le départ du président Gotabaya Rajapaksa à Colombo.

Photo : Getty Images / -

M. Rajapaksa a également promis de réformer la Constitution afin de renforcer le Parlement.

Toutefois, selon Olivier Guillard, ce ne sera pas assez. La population n’en peut plus et ne se contentera pas de mesurettes, croit-il.

« La nomination d’un individu, quel qu'il soit, ce n’est pas ce que réclame la population. Elle exige un changement total de régime et le départ d’une famille qui a une emprise sur le pays depuis deux décennies. »

— Une citation de  Olivier Guillard, spécialiste de l'Asie

Aujourd’hui, trop, c’est trop : les Sri-Lankais ont totalement perdu confiance, souligne le chercheur.

Le Sri Lanka est actuellement en pourparlers avec le Fonds monétaire international (FMI) en vue d'obtenir une aide économique d'urgence.

Avec les informations de Reuters, et AFP

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