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Battre le cuivre quand il fait chaud

« Il y a beaucoup de choses que je veux créer, mais je peux seulement travailler l’été. Si je travaille l’hiver, je vais mourir! » - Joséphine Tambwe Feza Kabibi, batteuse de cuivre.

L'artiste Joséphine Tambwe Feza Kabibi tient une de ses oeuvres en cuivre martelé.

L'artiste Joséphine Tambwe Feza Kabibi tient une de ses oeuvres en cuivre martelé.

Photo : Radio-Canada / Francis Marchildon

Francis Marchildon

Dans un minientrepôt pas plus grand qu’une chambre à coucher dans la zone industrielle du village de Watrous en Saskatchewan, Joséphine Tambwe Feza Kabibi, une artiste d’origine africaine, transforme des feuilles de cuivre en tableaux fabuleux qui font revivre des scènes de son enfance.

En ouvrant la grande porte de garage orange de l'entrepôt portant le numéro 29, on ne retrouve qu’une table, une chaise, quelques tablettes et une boîte d’outils pour marteler le cuivre.

Puisque ce local transformé en atelier n’a ni chauffage ni courant, l’artiste Joséphine Tambwe Feza Kabibi doit battre le cuivre quand il fait chaud.

La batteuse de cuivre Joséphine Tambwe Feza Kabibi dans son atelier à Watrous en Saskatchewan.

La batteuse de cuivre Joséphine Tambwe Feza Kabibi dans son atelier à Watrous en Saskatchewan

Photo : Radio-Canada / Francis Marchildon

Un défi de taille pour cette réfugiée de la République démocratique du Congo qui constate que le travail en hiver est impossible, car le cuivre est plus malléable au chaud et ses doigts, plus habiles. « Si je travaille l’hiver, je vais mourir!  », dit-elle en éclatant de rire.

L'atelier de la batteuse de cuivre Joséphine Tambwe Feza vu de loin dans un alignement de minientrepôts.

L'atelier de la batteuse de cuivre Joséphine Tambwe Feza Kabibi à Watrous en Saskatchewan.

Photo : Radio-Canada / Francis Marchildon

La vie rurale en relief

Se retrouver en milieu rural sans électricité, c’est quelque chose que l’artiste a bien connu lors d'un retour, à l'adolescence, dans le village où a grandi son père.

Pendant huit ans, elle s'imprègne de la vie rurale congolaise, source première de son inspiration d’artiste. 

J’ai vu beaucoup de choses. Il n’y a pas de courant, pas de robinets, on dort dans le noir. Aller à la rivière où on lave les habits ou partir aux champs pour aller cultiver. Tout ça, ça m’inspire.

Aujourd'hui, cette riche imagerie rurale alimente l'artiste qui donne libre cours à son imagination et invente des scènes qu’elle communique à un dessinateur de Kinshasa. Ensemble, ils collaborent pour créer les dessins qui seront tracés sur des plaques de cuivre à l’aide de papier carbone.

Sous le travail acharné de Joséphine, ces images jaillissent en relief dans le cuivre sculpté par des burins, à coups de marteaux et de maillets.

L'artiste Joséphine Tambwe Feza Kabibi trace au crayon le dessin qu'elle va sculpter dans son oeuvre en cuivre.

L'artiste Joséphine Tambwe Feza Kabibi trace au crayon le dessin qu'elle va sculpter dans son oeuvre en cuivre.

Photo : Radio-Canada / Francis Marchildon

L'artiste Joséphine Tambwe Feza Kabibi travaille une oeuvre en cuivre martelé intitulée Voyage en pirogue.

L'artiste Joséphine Tambwe Feza Kabibi travaille une oeuvre en cuivre martelé intitulée Voyage en pirogue.

Photo : Radio-Canada / Francis Marchildon

Après plus de trente ans de métier, ces scènes d’oiseaux entourés de végétation tropicale, de guerriers qui traversent la savane ou de chefs coutumiers en réunion sont devenues la signature de cette étoile montante de la scène du cuivre martelé. 

Une oeuvre qui rayonne

Avant de venir au Canada, l’artiste habitait au Burkina Faso où elle a exposé ses oeuvres à deux reprises au Salon international des arts et de l'artisanat de Ouagadougou.

L’hiver dernier, elle remportait le concours de la meilleure œuvre d'art de sa catégorie lors du 5th Annual Black & White Art Exhibition, un concours prestigieux qui se tient à Palm Springs en Californie.

Au Burkina Faso, ses tableaux sont offerts en cadeau à des politiciens en fin de mandat ou à des dignitaires de passage.

L'artiste Joséphine Tambwe Feza Kabibi doit chauffer son oeuvre de cuivre pour qu'il soit plus facile à marteler.

L'artiste Joséphine Tambwe Feza Kabibi doit chauffer le cuivre pour qu'il soit plus facile à marteler.

Photo : Radio-Canada / Francis Marchildon

Si Joséphine fait la majorité du travail, sa fille Nastra Molowayi assure le rayonnement de son art en inscrivant ses oeuvres à de nombreux concours.

En plus de faire la promotion, elle aide sa mère à nettoyer le cuivre, tracer les dessins et appliquer les couleurs.

L'artiste Joséphine Tambwe Feza Kabibi et sa fille Nastra quittent l'atelier à la fin d'une journée de travail.

L'artiste Joséphine Tambwe Feza Kabibi et sa fille Nastra quittent l'atelier à la fin d'une journée de travail.

Photo : Radio-Canada / Francis Marchildon

La batteuse de cuivre Joséphine Tambwe Feza Kabibi, assise à une table dans son atelier,discute avec sa fille Nastra Molowayi.

L'artiste Joséphine Tambwe Feza Kabibi discute avec sa fille Nastra Molowayi.

Photo : Radio-Canada / Francis Marchildon

Apprendre et persévérer

Ce partage artistique intergénérationnel fait aussi partie du passé de Joséphine. À l’âge de 16 ans, elle est initiée à la sculpture sur bois par son grand-père. Quand il décède, elle s'installe à Kinshasa avec encore ce goût de faire de l’art.

C’est là qu’elle rencontre le mentor qui lui fera découvrir ce matériau qu’elle ne connaissait pas, le cuivre. 

Les burins en bois et en acier et le maillet qui servent de principaux outils de travaille pour la batteuse de cuivre Joséphine Tambwe Feza Kabibi.

Les burins en bois et en acier et le maillet qui servent de principaux outils de travaille pour la batteuse de cuivre Joséphine Tambwe Feza Kabibi.

Photo : Radio-Canada / Francis Marchildon

Elle passe alors sept ans à parfaire son art dans l’atelier de celui qu’elle surnomme maître Moutété.

Au début de son mentorat, Joséphine se décourage rapidement devant l'effort physique éprouvant que demande l’art du cuivre martelé. 

C’est dur! Tantôt, je me tape sur la main, le sang commence à sortir. Alors je laisse [tomber].

Quand elle laissait tomber, maître Moutété qui constatait son talent allait chez elle pour l’encourager à revenir à l’atelier. Au-delà de la technique et de l’encouragement, son mentor lui a communiqué l’importance de la discipline chez l’artiste débutant.

Tout le temps, il me disait : "Kabibi, il faut aimer d’abord le travail. Après, tu vas gagner de l’argent!" 

Cette discipline lui permet de réaliser des oeuvres complexes qui peuvent parfois demander deux à trois mois de travail. 

Un tableau en cuivre martelé qui représente des masques de cérémonie congolais.

Un tableau en cuivre martelé qui représente des masques de cérémonie congolais.

Photo : Radio-Canada / Francis Marchildon

Force de caractère

Au-delà de la force physique, Joséphine doit aussi faire preuve de force de caractère. Sur la douzaine d’artistes à l’atelier de son maître, elle est la seule femme et ses collègues masculins lui laissent entendre qu’elle n’est pas à sa place.

Ils viennent à l’atelier et quand je travaille, ils regardent et disent : "Kabibi, ce travail, c’est pour les hommes. Ce n’est pas pour les femmes. Mais j’ai dit : "non, moi j’aime ça".

Joséphine Tambwe Feza Kabibi n’a pas étudié l'art de façon formelle dans une institution comme l’Académie des beaux-arts de Kinshasa, par exemple. Pour elle, créer est un don.

Je n’ai pas étudié. Ça vient seulement comme ça. C’est un talent que Dieu m’a donné.

L'artiste Joséphine Tambwe Feza Kabibi tient le burin en acier qu'elle enfonce avec un marteau pour créer ses oeuvres de cuivre martelé.

L'artiste Joséphine Tambwe Feza Kabibi tient le burin en acier qu'elle enfonce avec un marteau pour créer ses oeuvres de cuivre martelé.

Photo : Radio-Canada / Francis Marchildon

Si ses débuts étaient hésitants, aujourd’hui, elle a le feu sacré et des aspirations bien claires. 

Je veux exposer dans les grands salons du monde. C’est ça que je veux!

Portail de L'atelier culturel.

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