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La juge au procès de Jacob Hoggard s’excuse pour la diffusion d’une vidéo par erreur

Fait inusité : un mauvais extrait vidéo concernant une autre femme a été soumis à la plaignante et au jury.

Silhouette de la femme devant une étagère.

La plaignante numéro 2 en entrevue anonyme à CBC à l'hiver 2018.

Photo : CBC News

La juge qui préside le procès de Jacob Hoggard a présenté des excuses vendredi à la plaignante numéro deux, qui accuse le chanteur de viol. La magistrate a dû instruire les jurés sur la diffusion d'un mauvais extrait vidéo lors de l'audience de mercredi.

AVERTISSEMENT : Ce texte contient des informations explicites qui pourraient contrarier les personnes qui ont subi des violences sexuelles ou qui connaissent quelqu'un qui en est victime.

L'artiste de 37 ans du groupe Hedley est accusé de contacts sexuels inappropriés à l'égard d'une mineure et d'agressions sexuelles ayant causé des blessures contre la même adolescente et une adulte.

L'erreur s'est produite mercredi lors du contre-interrogatoire de la seconde plaignante dans cette cause.

La défense avait présenté un extrait vidéo d'une entrevue en noir et blanc d'une femme, qui affirme qu'elle a pris du temps à se remettre d'une opération chirurgicale après avoir rencontré l'accusé (on présume que c'est lui à ce moment-là, NDLR) .

Une illustration judiciaire.

L'avocate de la défense, Megan Savard, contre-interroge à la barre la plaignante numéro 2 mercredi.

Photo : La Presse canadienne / Alexandra Newbould

La plaignante avait affirmé que ce n'était pas elle dans cet extrait, même s'il était question à ce moment des plaidoiries sur des lacérations vaginales qu'elle avait dit avoir endurées après le viol présumé du 22 novembre 2016.

Les voix des deux extraits vidéo ont été altérées, mais celle de l'extrait en noir et blanc ressemble davantage à une voix d'homme.

La déclaration de la plaignante avait semé la confusion en cour, si bien que le bon extrait de l'entrevue que la plaignante avait accordée à CBC, en couleur cette fois, a été projeté à la cour.

Nouvelles instructions au jury

Dans son discours d'ouverture au jury, la juge Gillian Roberts, de la Cour supérieure de l'Ontario, explique que l'extrait en noir et blanc n'aurait jamais dû être soumis comme pièce à conviction dans ce procès.

Elle ajoute que ce qui y est dit n'a absolument rien à voir avec les allégations auxquelles l'accusé fait face.

Cet extrait vidéo vous a été présenté par erreur. Ni la Couronne ni la défense n'étaient au courant, parce qu'elles pensaient qu'il s'agissait de la même personne et que ce n'est que par la suite qu'elles se sont aperçues de l'erreur, dit-elle.

La magistrate ajoute que l'erreur est humaine et que les procès ne sont pas à l'abri de telles méprises.

Une illustration judiciaire du procès.

Le chanteur Jacob Hoggard plaide non coupable à trois accusations de nature sexuelle à l'ouverture du procès le 4 mai 2022.

Photo : La Presse canadienne / Alexandra Newbould

La juge s'est abstenue de dire si l'homme dont il est question dans le mauvais extrait est l'accusé Jacob Hoggard et elle a prié les jurés de ne jamais tenir compte de ce qu'ils ont entendu lors de leurs délibérations à venir.

Elle assure au jury qu'elle a formulé des excuses à la plaignante numéro 2 juste avant le début de l'audience de ce matin. Après ces nouvelles instructions, la défense de l'accusé a repris son contre-interrogatoire de la témoin à charge.

Fin du contre-interrogatoire

L'appel téléphonique entre la femme et l'accusé est au cœur des plaidoiries. À l'époque, elle avait communiqué avec l'accusé à son retour de Toronto, où elle dit qu'elle a été violée dans un hôtel du centre-ville.

La plaignante avoue qu'elle n'a jamais eu recours à des points de suture à son retour à Ottawa lorsqu'elle est allée voir le médecin, contrairement à ce qu'elle avait dit au chanteur au téléphone.

Elle affirme aussi qu'elle a bien menacé le chanteur de recourir aux services d'un avocat, même si elle lui a menti en disant qu'elle travaillait à l'époque dans un cabinet juridique.

Je pensais que j'obtiendrais des excuses de sa part et que nous pourrions alors tourner la page, poursuit-elle.

Une illustration judiciaire.

La procureure de la Couronne, Jill Witkin, interroge à nouveau à la barre vendredi la plaignante numéro 2 à la fin du contre-interrogatoire.

Photo : La Presse canadienne / Alexandra Newbould

Elle admet aussi que le langage qu'elle utilise lors de cet appel n'a rien de romantique et qu'elle y parle de façon explicite et vulgaire.

Oui, nous nous étions entendus pour coucher ensemble et il ne s'agissait que d'une histoire d'un soir et non pas le début d'une liaison amoureuse, explique-t-elle.

La femme reconnaît enfin qu'elle était souvent en communication avec l'accusé sur différents réseaux sociaux avant de se rendre à Toronto.

Une illustration judiciaire.

La défense a clos le contre-interrogatoire de la plaignante vendredi après de nouvelles instructions données au jury au sujet d'une erreur technique. L'épouse de l'accusé, Rebekah Asselstine, est assise derrière lui.

Photo : La Presse canadienne / Alexandra Newbould

La défense lui soumet ensuite le message texte qu'ils se sont échangé juste avant l'appel téléphonique de Jacob Hoggard.

La plaignante reconnaît qu'elle ne l'a pas accusé de l'avoir violée, mais qu'il a plutôt dépassé les bornes dans la chambre de l'hôtel.

Devant les incompréhensions de l'accusé au sujet de ce qu'elle avance, elle lui répond alors qu'[elle] exagère peut-être et qu'il ne devrait pas s'inquiéter.

Durant le droit de réplique de la Couronne, la plaignante affirme d'abord qu'elle ne savait pas que la conversation était enregistrée et reconnaît qu'elle n'a jamais utilisé le mot viol dans cet échange.

Elle ajoute que le fait d'entendre la conversation téléphonique près de six ans plus tard a été traumatisant : Je n'aime pas le ton calme de sa voix après l'expérience horrible qu'il m'a fait vivre, conclut-elle.

La juge lui a demandé de prendre soin d'elle en la remerciant pour son témoignage.

Trois autres témoignages

La Couronne a par la suite fait venir à la barre des témoins la meilleure amie de la plaignante numéro 2 et ses deux colocataires de l'époque.

Les deux femmes et l'homme (qu'on ne peut nommer sous peine d'identifier la plaignante) ont tous raconté à la barre qu'ils avaient vu leur amie revenir en détresse de Toronto, complètement sous le choc.

Elle titubait, elle avait de la difficulté à s'asseoir et elle était visiblement en douleur, affirme sa meilleure amie, qui ne l'a vue que le lendemain à l'appartement à Ottawa.

L'un de ses colocataires, qui était dans sa chambre le soir du 22 novembre 2016, ajoute qu'il l'a entendue pleurer toute la nuit à son retour. Elle n'était plus du tout la même personne, déclare à son tour la seconde colocataire.

Une vue de l'hôtel Thompson.

L'Hôtel Thompson, où la plaignante numéro 2 allègue qu'elle a été violée à répétition par Jacob Hoggard le 22 novembre 2016 à Toronto.

Photo : Radio-Canada / CBC

La colocataire explique en outre que la plaignante lui avait montré son corps dénudé dans la chambre de bain et qu'elle avait pu constater qu'elle avait des ecchymoses sur le bassin, les jambes et les cuisses.

Les trois témoins de la Couronne reconnaissent qu'ils savaient tous que leur amie s'était rendue à Toronto pour avoir des relations sexuelles avec l'accusé, qu'elle trouvait attrayant.

L'amie précise par ailleurs que la plaignante n'a jamais utilisé devant elle le mot viol, mais qu'elle lui avait confié qu'elle n'avait pas été à l'aise lors de la rencontre à l'hôtel avec l'accusé.

Quand une femme vous dit toutefois qu'elle a dû faire un acte sexuel auquel elle n'a pas consenti, cela s'appelle un viol, conclut-elle.

Le procès a été ajourné à lundi.

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