•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Élections provinciales : pourquoi la circonscription de Sherbrooke est-elle si convoitée?

La députée de Sherbrooke, Christine Labrie.

Le siège de la députée de Sherbrooke, Christine Labrie, est convoité, particulièrement par la CAQ.

Photo : Radio-Canada / ANDRÉ VUILLEMIN

Mis à part Québec solidaire, les partis se font toujours attendre pour annoncer leurs candidats dans la circonscription de Sherbrooke. Les rumeurs vont bon train : des noms de têtes d’affiche circulent. Même celui de Pierre Fitzgibbon a été pressenti pendant quelque temps pour y représenter la Coalition avenir Québec. Cette circonscription semble être très convoitée et on fomente avec soin des plans d’attaque.

La CAQ aimerait bien ravir la circonscription de Sherbrooke, détenue par la députée de Québec solidaire Christine Labrie : c'est le seul comté qu’elle ne détient pas en Estrie. Un gain viendrait asseoir davantage son emprise sur les régions du Québec. Mais cette ambition est-elle à la portée des caquistes? Pas impossible, croit le politologue Emmanuel Choquette, qui estime que même si la députée solidaire se trouve dans une bonne position, elle ne doit rien tenir pour acquis.

La députée de Sherbrooke, qui complète un premier mandat à l’Assemblée nationale, semble visiblement d’attaque. Elle qui s’est montrée combative au cours des dernières années affirme être prête à en découdre avec la CAQ.

« Je suis un caillou dans leur soulier. Ça, je le sais. Qu’ils convoitent Sherbrooke, ça ne me surprend pas. Je pense que dans leur monde idéal, je ne les dérangerais plus, mais moi, j'ai bien l'intention de continuer ce que j'ai commencé. »

— Une citation de  Christine Labrie, députée de Québec solidaire dans Sherbrooke

Emmanuel Choquette croit que la CAQ est perméable aux critiques et que les attaques portées par la députée de Sherbrooke et par son parti atteignent souvent leur cible. Il y a une impatience qui est souvent exprimée de la part de Québec solidaire et de Christine Labrie à l'égard de la Coalition avenir Québec, qui n’est pas bien accueillie, en particulier par François Legault. Son tempérament, on le connaît. On sait que quand il est piqué au vif et contrarié, ça paraît. C’est le genre de manœuvre qu’on va provoquer d’une certaine façon. L’opposition et Mme Labrie ne se gêneront pas de le faire, sachant que ça laisse un peu mal paraître [le premier ministre].

Christine Labrie accorde une entrevue assise sur un banc au marché de la Gare.

La députée solidaire de Sherbrooke, Christine Labrie, a hâte de débattre du bilan de la Coalition avenir Québec.

Photo : Radio-Canada / ANDRÉ VUILLEMIN

Sans vouloir en faire une question personnelle avec Christine Labrie, François Bonnardel, le ministre responsable de la région de l’Estrie et député de Granby, confirme que son parti aimerait bien ravir la circonscription de Sherbrooke. Tout à fait. C'est notre capitale dans les Cantons-de-l'Est, en Estrie, donc il est certain qu'on souhaite gagner Sherbrooke à la prochaine élection. On va y mettre tous les efforts.

Lors des dernières élections, en 2018, Christine Labrie avait remporté la victoire avec une confortable majorité de près de 3500 voix devant le ministre libéral Luc Fortin, suivi de près par le candidat de la CAQ à l’époque, Bruno Vachon. Cette fois-ci, la lutte se fera visiblement entre Québec solidaire et la CAQ. Et les jeux sont loin d’être faits, selon le politologue Emmanuel Choquette.

« C'est possible, parce que Sherbrooke est un terrain qui fluctue. Ça a été libéral longtemps sous Jean Charest, mais ça a été aussi péquiste. Là, c'est Québec solidaire, alors donc, [y a-t-il] des racines partisanes profondes? Ce n'est pas super clair. »

— Une citation de  Emmanuel Choquette, politologue

Pour faire face à Christine Labrie dans Sherbrooke, les noms de quelques candidatures vedettes circulent, notamment celui de l’ancienne mairesse de Longueuil, Caroline St-Hilaire. Or, c'est une rumeur que François Bonnardel refuse de confirmer. On saura dans les prochaines semaines [le nom de] notre candidat, qui sera annoncé. J'ai bien hâte de le faire, se contente-t-il de dire.

Le ministre des Transports, François Bonnardel, assis durant une conférence de presse.

Le ministre des Transports, François Bonnardel, refuse pour l'instant de confirmer si l'ancienne mairesse de Longueuil, Caroline St-Hilaire, sera candidate dans Sherbrooke.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Que ce soit Caroline St-Hilaire ou quelqu'un d'autre, cette personne devra défendre le bilan de la CAQ, réplique Christine Labrie. J'ai hâte de débattre avec quelques candidats de la CAQ du bilan de ce gouvernement-là. Je n’ai pas senti qu'il répondait vraiment aux problèmes vécus par les citoyens.

Pourtant, la popularité de François Legault et de son parti ne se dément pas après un premier mandat marqué par deux ans de pandémie. Cette situation favorable séduit d'éventuels candidats tentés par l’aventure politique, croit Emmanuel Choquette.

Ça ouvre la porte à des candidatures vedettes. Les gens peuvent être intéressés à se présenter pour la Coalition avenir Québec parce qu’elle a le vent dans les voiles. Elle bénéficie d’une aura positive, du moins quand on regarde les sondages d'opinion. C’est une belle opportunité d’être élu et d’être au pouvoir.

Qu’à cela ne tienne : Christine Labrie a bien l’intention d'affronter les caquistes à propos de dossiers importants qui, estime-t-elle, ont traîné. On est bien équipés en arguments pour démontrer qu’ils ont commis de grandes erreurs en niant pendant longtemps des problématiques d'envergure comme la crise du logement, la crise dans les services de garde éducatifs à l'enfance. Ils ont beaucoup tardé à se pencher sur ces problèmes-là.

Le défi, pour le ministre de la Famille, c'était d’avoir de nouvelles places sur le territoire québécois, rétorque François Bonnardel. Pour ce qui est de notre région, près de Sherbrooke, on parle de 22 CPE. On parle de plus de 1000 nouvelles places qui ont été annoncées l'automne dernier, et on aura besoin aussi de nouvelles places dans les prochaines années pour être capables de répondre aux besoins des familles.

La CAQ peut aussi compter sur des candidats-ministres forts comme François Bonnardel et Isabelle Charest, ce qui peut avoir un effet sur le choix des électeurs dans Sherbrooke, croit Emmanuel Choquette. Ce n'est pas gagné, parce qu’on est entourés de caquistes dans Sherbrooke, et on sait que la CAQ pourrait encore faire des gains dans des régions du Québec.

François Bonnardel, ministre responsable de l'Estrie, et Gilles Bélanger, député caquiste d'Orford.

L'Estrie est caquiste partout, sauf à Sherbrooke. François Bonnardel, ministre responsable de l'Estrie, et Gilles Bélanger, député caquiste d'Orford

Photo : Radio-Canada

Un vent progressiste souffle quand même à Sherbrooke, soutient le politologue, grâce entre autres à la présence de nombreuses institutions postsecondaires, dont deux universités. Ce contexte favorise Christine Labrie, qui croit pour sa part que même dans l’opposition, elle et son parti ont réussi à faire bouger le gouvernement de François Legault sur certaines questions plus à gauche. On parle quand même d’un gouvernement qui s’était présenté devant les électeurs en n’ayant absolument aucun plan au niveau environnemental. Ça ne les intéressait pas. Il y a eu des manifestations historiques. Il y a eu des pressions politiques régulières à l'Assemblée nationale, puis ils viennent quand même de légiférer pour interdire l'exploitation d'hydrocarbures au Québec. Ce n’était pas pantoute dans leur plan de match, insiste la députée.

En même temps, dans une période d'incertitude marquée par l'inflation, par la guerre en Ukraine et par une pandémie qui s’atténue mais qui est toujours présente, les électeurs aiment bien une certaine stabilité, fait remarquer Emmanuel Choquette. À ce chapitre, la CAQ a un bilan favorable, selon lui. Ce sont des éléments qui, souvent, nous portent à nous tourner vers quelque chose de réconfortant, explique-t-il.

« Il y a eu une éclipse médiatique. François Legault et son équipe ont été mis en avant [lors de la gestion de la pandémie]. C’est un élément qui, même [s’il y a eu des critiques], peut être favorable à [la CAQ]. »

— Une citation de  Emmanuel Choquette, politologue

Cependant, il existe une portion de la population qui a rudoyé le gouvernement en raison des mesures sanitaires. Emmanuel Choquette croit que ces citoyens – qui ont fortement claironné leur insatisfaction – risquent de se tourner vers le Parti conservateur du Québec d’Éric Duhaime. Ce parti connaît une croissance exponentielle, selon son chef. De 500 membres, le parti serait passé à 50 000 adhérents. Éric Duhaime a également été invité aux trois débats des chefs, tant en français qu’en anglais. Cependant, il est difficile d'évaluer comment cet impact se concrétisera au moment du scrutin. Maintenant, jusqu'à quel point ce parti pourrait-il s'illustrer au Québec et gagner un ou deux sièges à l’Assemblée nationale? L'avenir politique est toujours difficile à prédire, mais ce serait étonnant, estime Emmanuel Choquette.

De gauche à droite, Michel Kadri, Éric Duhaime et Marc Carrière lors d'une conférence de presse.

Éric Duhaime, le chef du Parti conservateur du Québec, croit que sa formation politique pourrait surprendre lors des prochaines élections provinciales.

Photo : Radio-Canada / Nathalie Tremblay

Moi, je pense qu'on va aller chercher beaucoup plus que ça, affirme le chef Éric Duhaime. Lui qui compte avoir des représentants dans toutes les circonscriptions du Québec croit que son parti pourrait causer la surprise, comme Québec solidaire l’a fait en 2018, en réalisant des percées inattendues. Je pense qu'à la dernière élection, il y a très peu de gens qui avaient prédit que Québec solidaire allait pouvoir arracher la circonscription de Sherbrooke. Pourtant, ils ont réussi, fait remarquer Éric Duhaime, qui compte présenter son candidat dans Sherbrooke d’ici quelques semaines.

« [Un scrutin à] cinq partis, on n'a jamais connu ça de notre vivant. Ce que ça veut dire, c'est que le moindrement que le vote est divisé, un candidat peut se faufiler et être élu député. »

— Une citation de  Éric Duhaime, chef du Parti conservateur du Québec

Pour le Parti québécois (PQ) et le Parti libéral (PLQ) du Québec, la tâche s’annonce ardue : en effet, comme l’indique Emmanuel Choquette, ce sont les seules formations politiques qui n’enregistrent pas de croissance dans les intentions de vote pour le moment. La présidente de l’association libérale dans Sherbrooke, Jacqueline Fortier, se montre quand même optimiste, malgré les difficultés de sa formation politique. Je sais qu'on a de l'ouvrage à faire, mais en le faisant bien, puis en travaillant fort, on va reconquérir le comté. Pourquoi travailler si on n'a pas d'espoir de regagner la circonscription? explique la libérale, qui ne peut pas confirmer pour l’instant le nom du candidat qui représentera le PLQ dans Sherbrooke. On ignore aussi pour le moment qui représentera le PQ dans cette circonscription, le parti n’ayant pas rappelé notre journaliste.

Convaincue que le message de Québec solidaire porte de plus en plus, Christine Labrie croit pour sa part aux chances de son parti non seulement de conserver Sherbrooke mais même d'aller rafler d'autres circonscriptions en Estrie. Tous les candidats sont d’ailleurs choisis; les assemblées d’investitures restantes, y compris la sienne, auront lieu au cours des prochaines semaines. On va mener une campagne très intense. Nos équipes sont déjà au travail. Le recrutement de bénévoles va bien. Pour nous, c'est déjà commencé, conclut-elle.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !