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Une « prise de sang » pour mieux évaluer l’état de santé du homard madelinot

Une scientifique insère une aiguille dans un homard.

L'hémolymphe du homard, soit l'équivalent du sang chez les humains, sera prélevée afin de mesurer les concentrations de lactate et d'histamine, deux indicateurs de la santé du homard.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

L'équipe de Merinov, en collaboration avec l'UQAR et Fruits de mer Madeleine, mène actuellement un projet de recherche aux Îles-de-la-Madeleine pour mettre au point de nouveaux biotests. Le but? Dresser un bilan de santé plus précis du homard avant sa mise en marché pour permettre aux industriels de mieux gérer les crustacés.

On va faire des ponctions, comme si on faisait une ponction sanguine sur l’humain, mais sur le homard, explique Camille Berthod, auxiliaire de recherche et candidate au doctorat en océanographie à l’UQAR.

À l'heure actuelle, il n'existe aucun paramètre quantitatif pour connaître l'état des homards à la suite de stress environnementaux comme le réchauffement, la sous-oxygénation, l’acidification ou l’exposition aux contaminants.

Présentement, les usines utilisent des valeurs plutôt subjectives, explique la professionnelle de recherche chez Merinov, Noémie Pelletier. Si un lot de homards a l’air en moins bonne forme ou de moindre qualité, on va tout de suite le transformer, mais l’objectif, c’est d’avoir des données quantifiables sur la qualité du homard.

Noémie Pelletier prend une mesure sur un appareil devant un vivier.

« L’objectif du projet est de tester et développer des outils peu dispendieux et faciles à utiliser pour l’industrie afin de déterminer la qualité du homard », explique la professionnelle de recherche de Merinov Noémie Pelletier.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

On développe deux biotests qui permettent de mesurer le lactate, qui est un indicateur de stress, et l’histamine, un autre indicateur de stress, et de qualité, détaille Noémie Pelletier.

Ces deux molécules sont produites naturellement par le homard, mais peuvent devenir mortelles pour le crustacé si elles se retrouvent en trop grande concentration.

Le lactate, par exemple, va être en surproduction dans le cas de manque d’oxygène, explique l’auxiliaire de recherche Camille Berthod.

L’histamine et le lactate sont suspectés d’avoir engendré des épisodes de mortalité de homards en vivier, un phénomène parfois observé dans l’industrie, mais dont les causes restent à déterminer.

Des dizaines de homards dans un bac.

Jusqu'ici, l'évaluation de la santé des homards se fait surtout de façon visuelle et ne repose pas sur des données quantitatives, hormis un seul indice mesurant le taux de protéines sanguines.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Grâce au projet de recherche, l’hémolymphe du homard, soit l’équivalent du sang chez les humains, sera prélevée à différents moments avant la commercialisation du homard, directement sur les bateaux de pêche jusqu’au tri en usine.

Des pêcheurs devant un bac rempli de homard, à bord de leur bateau au quai de Pointe-Basse, à Havre-aux-Maisons.

Des scientifiques se rendront sur les homardiers pour mesurer la concentration de lactate et d'histamine des homards juste après leur capture.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

La ponction d'hémolymphe est déjà bien implantée dans l’industrie, mais elle servait jusqu'ici seulement à évaluer le taux de protéines sanguines du crustacé, soit l’indice de Brix.

Cet indice permet de mieux connaître les réserves énergétiques du homard, mais ça ne donne pas nécessairement d’indicatif sur la qualité de ce homard-là, c’est pour ça qu’on doit développer d’autres tests, explique Noémie Pelletier. On espère donner un outil aux usines pour éclairer leur décision sur ce qu’ils vont faire avec les homards.

Camille Berthod regarde un bassin de homard.

L'auxiliaire de recherche Camille Berthod mène un volet du projet de recherche dans la salle des bassins de Merinov située à Havre-aux-Maisons.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Exporter le homard ou le transformer sur place?

Les biotests seront mis à l’essai dès la semaine prochaine chez Fruits de mer Madeleine, une entreprise de transformation des produits marins des Îles-de-la-Madeleine.

Pascale Chevarie insère une aiguille dans un homard devant la trieuse automatique.

La directrice de la qualité et de la certification de Fruits de mer Madeleine, Pascale Chevarie, procède à une ponction d'hémolymphe dans l'usine de tri du homard.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

En ayant plus d’information, on va pouvoir mieux décider si un lot est plus propice à envoyer à la transformation ou à l’exportation sur les marchés vivants, explique la directrice de la qualité et de la certification pour Fruits de mer Madeleine, Pascale Chevarie

« Un projet de recherche comme ça nous donne des outils concrets pour faire une meilleure gestion de nos lots. »

— Une citation de  Pascale Chevarie, directrice de la qualité et de la certification pour Fruits de mer Madeleine

Comme les homards pêchés aux Îles-de-la-Madeleine parcourent souvent de longues distances avant leur mise en marché, seuls les plus vigoureux seront sélectionnés pour être exportés vivants.

Un homard qui peut être un peu plus stressé pourrait avoir de la difficulté à surmonter un long voyage, mentionne Mme Chevarie. Par exemple, des homards qui vont avoir des hauts taux de lactate ou des hauts taux d’histamine sont tout de même très bons, mais seraient plus appropriés pour le marché de la transformation.

Deux hommes de dos placent des homards sur une trieuse automatique dans l'usine de Fruits de mer Madeleine à Havre-aux-Maisons.

Les biotests pourraient permettre de décider de façon plus éclairée quels homards sont plus aptes à être exportés.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Si les résultats scientifiques sont concluants et que le procédé est bien adapté à l'industrie, Fruits de mer Madeleine pourrait intégrer l'utilisation systématique de ces nouveaux biotests dans sa production quotidienne dès la prochaine saison de pêche.

Le coût du projet de recherche HOMADIAG s’élève à 100 000 $. Il est financé par le Fonds de recherche du Québec–Nature et technologie (FRQNT). Le Centre d'expertise en gestion des risques d'incidents maritimes (CEGRIM) collabore également à l'étude.

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