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Un premier soldat russe bientôt traduit en justice pour crime de guerre en Ukraine

La BBC diffuse des images montrant deux civils ukrainiens abattus de sang-froid par des soldats russes en banlieue de Kiev.

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Vadim Shishimarin deviendra le premier soldat russe à devoir répondre de ses gestes devant la justice ukrainienne.

Photo : Bureau de la procureure générale de l'Ukraine

Un soldat russe soupçonné d’avoir abattu un civil ukrainien d’une rafale de kalachnikov deviendra d’ici peu le premier membre des forces armées russes à subir un procès en Ukraine pour des gestes commis dans le cadre de la guerre.

Vadim Shishimarin, 21 ans, sera jugé pour crime de guerre et meurtre avec préméditation, a annoncé mercredi le bureau de la procureure générale de l’Ukraine, Iryna Venediktova, dans un communiqué.

On y apprend que le soldat russe sera accusé au terme d’une enquête menée par les services secrets ukrainiens (SBU) après des événements survenus le 28 février à Chupakhivka, dans la région de Soumy, dans le nord-est du pays.

Selon cette enquête, le soldat Shishimarin et quatre autres militaires venaient de voler une voiture près de Chupakhivka pour prendre la fuite, après que leur convoi eut été attaqué par des combattants ukrainiens.

Le groupe a toutefois craint d’être dénoncé lorsqu’il a croisé un homme de 62 ans qui circulait à côté de sa bicyclette en parlant au téléphone le long d’une route. L’homme n’était pas armé, selon l’enquête du SBU.

L'un des soldats a ordonné à l'accusé de tuer un civil afin qu'il ne les dénonce pas, indique le communiqué du bureau de la procureure générale. L'homme est mort sur place, à quelques dizaines de mètres seulement de chez lui.

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La procureure générale de l'Ukraine, Iryna Venediktova, lors d'un passage à Borodianka, en banlieue de Kiev, le 7 avril

Photo : Reuters / ZOHRA BENSEMRA

La procureure générale n’a pas indiqué comment le soldat Shishimarin a été arrêté ni la manière dont les preuves ont été recueillies dans ce dossier. La date du procès n’a pas été révélée non plus. La procureure a toutefois diffusé une photo du suspect, le visage flouté.

« Shishimarin est physiquement en Ukraine. Le procès que nous commençons ne se déroulera pas in absentia, mais en présence de la personne qui a tué un civil. Et c’est un crime de guerre. »

— Une citation de  Iryna Venediktova, procureure générale d’Ukraine, en entrevue à la télévision publique

Depuis le début de l’invasion russe de l’Ukraine, plus de 10 700 crimes de guerre présumés impliquant 622 suspects ont été signalés auprès des services de la procureure.

Il y a quelques semaines, 10 soldats russes ont nommément été accusés d’avoir commis des crimes de guerre à Boutcha, en banlieue de Kiev, où les cadavres de nombreux civils ont été retrouvés après le retrait des troupes russes. Ces soldats ne sont toutefois pas détenus par les autorités ukrainiennes.

Une tuerie captée par des caméras de surveillance

La télévision publique britannique a diffusé jeudi des images captées par des caméras de surveillance qui montrent comment des soldats russes ont abattu deux civils dans une banlieue de Kiev qu'ils occupaient il y a encore quelques semaines.

On y voit un groupe de soldats russes approchant de la grille d'entrée d'une usine de fabrication de vélos. Deux hommes, un gardien de sécurité nommé Leonid Plitas et son patron, s'approchent des soldats. Une discussion, qui n'a pas été captée, a lieu, puis les Ukrainiens rebroussent chemin, tout comme les soldats russes.

Deux soldats reviennent cependant sur leurs pas, se positionnent et tirent dans le dos des deux Ukrainiens à de multiples reprises. Leonid Plitas réussit à se relever malgré ses blessures et se dirige avec difficulté vers son local. Son patron a été tué.

M. Plitas a par la suite appelé des amis pour tenter d'obtenir de l'aide. L'un d'eux, Vasyl Podlevskyi, raconte lui avoir dit de se faire un bandage en attendant des secours. Il m'a répondu : Vasya, j'ai à peine réussi à ramper jusqu'ici. Tout est si douloureux. Je me sens vraiment mal, a-t-il relaté à la BBC.

Deux membres des unités de défense territoriale ukrainiennes – des civils qui se sont enrôlés au début de l'invasion russe – racontent avoir été prévenus par M. Podlevskyi et avoir tenté d'aller sur place, mais n'avoir pu s'y rendre rapidement en raison de l'omniprésence des troupes russes dans le secteur.

Nous lui avons parlé au téléphone. Nous avons tenté de le calmer. Nous lui avons dit : "C'est OK. Tout sera OK. Tu vas survivre", ont-ils raconté à la journaliste Sarah Reinsford. Nous lui avons dit : "Nous sommes en chemin." Peut-être que cela l'a aidé. Peut-être. Malheureusement, le temps que nous arrivions, il était mort.

« Mon père n'était pas un militaire. C'était un retraité. Ils ont tué un homme de 65 ans. Dans quel but? [...] Je ne suis pas tant en colère que remplie de tristesse. Et de peur. Ces foutus Russes sont tellement ingérables. J'ai peur de ce qu'ils pourraient encore faire. »

— Une citation de  Yulia Androshchuk, fille de Leonid Plitas

Les images des caméras de surveillance montrent aussi les soldats russes dans des locaux de l'usine, après la tuerie. L'un des hommes qui aurait ouvert le feu y est clairement visible, à visage découvert.

Selon la BBC, le chef de la police de Kiev, à qui les images ont été montrées, a affirmé que les corps de 37 civils tués par balle ont été trouvés dans le secteur. Le bureau de la procureure générale a pour sa part confirmé que cet événement fait l'objet d'une enquête pour crime de guerre.

Le Conseil des droits de l'homme ordonne une enquête

À Genève, le Conseil des droits de l'homme des Nations unies a approuvé par une écrasante majorité la création d'une enquête sur les atrocités reprochées aux troupes d'occupation russes.

La résolution a été adoptée lors d'une session extraordinaire par 33 votes pour, 2 contre (Chine et Érythrée) et 12 absentions (dont l'Inde, le Sénégal et le Cameroun).

Elle demande à la commission internationale de mener une enquête sur les graves violations des droits humains commises par les forces russes dans les régions de Kiev, Tchernihiv, Kharkiv et Soumy à la fin de février et en mars 2022 en vue de demander des comptes aux responsables.

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À Boutcha, un homme prend des notes devant les 58 corps de civils retrouvés après le départ des troupes russes.

Photo : Getty Images / Chris McGrath

La résolution demande en outre à Moscou de laisser les organisations internationales, dont celles de l'ONU, accéder immédiatement et sans entrave aux personnes qui ont été transférées de régions ukrainiennes touchées par le conflit et sont détenues en Russie ou dans des territoires contrôlés par ses forces.

Le texte appelle par ailleurs la haute-commissaire aux droits de l'homme Michelle Bachelet à faire le point sur la situation qui prévaut à Marioupol, désormais presque entièrement sous contrôle russe, lors de la 50e session du Conseil, qui aura lieu du 13 juin au 8 juillet.

Avant le vote, l'Ukraine et ses alliés ont dénoncé pendant de longues heures des exactions imputées à la Russie. Torture et disparitions forcées, violences sexuelles et de genre, la liste des crimes russes est interminable, a déclaré la première vice-ministre des Affaires étrangères de l'Ukraine, Emine Dzhaparova, dans une allocution vidéo.

L'agression russe s'accompagne, chaque jour, de découvertes toujours plus macabres et insoutenables, a affirmé pour sa part l'ambassadeur français Jérôme Bonnafont. Cette résolution a pour but d'amener tous les responsables de ces atrocités à rendre des comptes, a-t-il expliqué, assurant que la communauté internationale ne peut pas rester silencieuse.

Mme Bachelet a déclaré que son bureau continuait de vérifier les allégations d'exactions, dont beaucoup peuvent relever de crimes de guerre et a dénoncé les horreurs inimaginables subies par les habitants de Marioupol. Il dispose pour l'instant d'informations sur 300 cas, a-t-elle précisé.

« L'ampleur des exécutions illégales, y compris les indices d'exécutions sommaires dans les zones situées au nord de Kiev, est choquante. »

— Une citation de  Michelle Bachelet, haute-commissaire de l'ONU aux droits de l'homme

Une première depuis la suspension de Moscou

Il s'agissait de la première réunion consacrée à la détérioration de la situation des droits de l'homme en Ukraine depuis que l'Assemblée générale de l'ONU a suspendu Moscou début avril de la plus haute instance de l'organisation internationale en matière de droits de l'homme.

La Russie peut participer aux travaux du Conseil en tant qu'observateur, mais a choisi la politique de la chaise vide, jeudi, et renoncé à son droit de réponse.

Pour ne pas laisser complètement le terrain à ses adversaires, l'ambassadeur russe auprès de l'ONU à Genève, Guennadi Gatilov, a publié un communiqué dénonçant la diabolisation de la Russie par "l'Occident collectif", parlant d'une enquête à charge et dénonçant les dérives du Conseil devenu un forum pour faire des coups politiques.

À l'issue d'une première réunion, le 4 mars, Kiev était parvenu à faire adopter à une écrasante majorité par le Conseil des droits de l'homme une résolution décidant de créer d'urgence une commission d'enquête internationale indépendante.

Son président, Erik Mose, ancien juge à la Cour suprême de Norvège et à la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH), qui a également présidé le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), a indiqué que la commission avait entamé ses travaux même si elle n’a pas encore de budget.

Il a également souligné que le grand nombre d'entités qui enquêtent actuellement sur la situation en Ukraine n'est pas sans soulever des questions en matière de coordination.

Notre         dossier Guerre en Ukraine
Avec les informations de Agence France-Presse, New York Times, et Washington Post

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