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La défense du chanteur Jacob Hoggard contredit la 2e plaignante qui l’accuse de viol

Elle utilise contre la plaignante une conversation téléphonique et l'entrevue qu'elle a accordée à CBC.

Silhouette de femme devant une étagère.

La deuxième plaignante accuse le chanteur Jacob Hoggard de l'avoir violée dans un hôtel de Toronto le 22 novembre 2016.

Photo : CBC News

La défense de Jacob Hoggard a soutenu mercredi au procès de son client que la femme qui l'accuse de viol tentait en fait de le faire chanter pour obtenir des excuses de sa part après des relations sexuelles brutales en 2016 à Toronto.

Le musicien de 37 ans est accusé de contacts sexuels inappropriés à l'égard d'une mineure et d'agressions sexuelles ayant causé des blessures contre la même adolescente et l'adulte en question qui témoigne depuis deux jours à son procès.

L'avocate de l'artiste, Megan Savard, a été impitoyable et plus agressive que la veille contre la femme de 29 ans dont l'identité est protégée par un interdit de publication.

Jacob Hoggard au tribunal.

Jacob Hoggard à l'entrée du palais de justice de Toronto le 9 mai 2022.

Photo : Radio-Canada / Allie Elwell

Me Savard l'accuse d'avoir concocté toute une histoire pour gagner la sympathie du jury au sujet d'un bref appel téléphonique de 30 secondes qu'elle avait eu avec l'accusé deux jours après la rencontre du 22 novembre 2016, parce qu'elle voulait des excuses et lui rappeler qu'il l'avait violée.

Attention : la suite de ce texte pourrait choquer certains lecteurs.

La plaignante avait admis à la barre des témoins, mardi, qu'ils s'étaient entendus pour coucher ensemble avant d'arriver par train dans la métropole, mais sans savoir que l'artiste affectionnait les relations sexuelles brutales. Elle avait dit qu'il ne s'était jamais soucié d'elle par la suite dans leurs communications.

La défense du chanteur, qui assure pourtant que leurs relations sexuelles étaient consentantes, a sérieusement disputé la teneur des propos de la femme au téléphone.

Un appel compromettant

Elle fait donc entendre à la cour l'appel qui dure en fait 15 minutes et dans lequel on entend la plaignante exiger des excuses du musicien pour avoir été agressif au lit avec elle dans la chambre d'hôtel de Toronto.

Jamais elle ne prononcera par ailleurs au téléphone le mot viol comme elle l'avait fait dans un message texte juste avant l'appel.

On y entend aussi le chanteur lui parler calmement en expliquant qu'il avait été surpris par le texto en question et dans lequel elle le confrontait au sujet de leur rencontre à l'hôtel.

Une illustration judiciaire.

L'avocate de la défense, Megan Savard, a attaqué mercredi sans ménagement la seconde plaignante lors du contre-interrogatoire.

Photo : La Presse canadienne / Alexandra Newbould

Il affirme que [s]on message sortait de nulle part et qu'il pensait qu'ils avaient plutôt eu du bon temps ensemble.

Pas exactement, lui répond-elle en précisant qu'elle ressent des douleurs depuis leur rencontre.

La femme qui est contrariée est en train de lui expliquer qu'elle se sent humiliée, parce qu'elle devra consulter un médecin pour une lacération vaginale.

La défense lui fait dire qu'elle n'a finalement jamais eu besoin de points de suture, parce qu'elle n'avait aucune lacération.

Une illustration judiciaire du procès.

Le chanteur Jacob Hoggard plaide non coupable de trois accusations de nature sexuelle à l'ouverture du procès le 4 mai 2022.

Photo : La Presse canadienne / Alexandra Newbould

Elle reconnaît à la barre qu'elle a menti à Jacob Hoggard durant l'appel au sujet des points de suture et qu'elle contemplait l'idée d'appeler un avocat pour le forcer à lui présenter des excuses.

Je tentais de lui faire admettre ce qu'il m'avait fait et de reconnaître la gravité du mal qu'il m'avait causé, dit-elle.

Elle avoue aussi qu'elle lui a fait croire qu'elle travaillait à l'époque dans un cabinet d'avocats dans le seul but de l'effrayer, mais que ce n'était pas le cas.

Accusation de vengeance

À entendre à nouveau sa voix au téléphone, la plaignante s'est interrompue à deux reprises, submergée par l'émotion. La juge lui a suggéré d'ajourner l'audience pour qu'elle se reprenne, en vain.

Entre deux interruptions de la bande audio, la plaignante explique qu'elle ne se souvient en fait plus très bien du contenu de cet appel, parce qu'elle s'était mise en mode survie pour oublier ce qui lui était arrivé.

Une illustration judiciaire.

La procureure de la Couronne, Jill Witkin, interroge le 10 mai 2022 la plaignante numéro 2 à la barre des témoins.

Photo : La Presse canadienne / Alexandra Newbould

La femme rejette par ailleurs les allégations de Me Savard selon lesquelles elle cherchait à se venger de son client, qu'elle le menaçait de recourir aux services d'un avocat et qu'elle allait le dénoncer sur la place publique pour ce qu'il lui avait fait subir, notamment pour le viol anal.

Vous le menaciez, parce qu'une vedette de rock ne s'intéressait plus à vous, s'interroge l'avocate. La plaignante rétorque par la négative et rejette l'idée que Jacob Hoggard l'avait abandonnée pour une autre femme.

Répartie du chanteur

On n'entendra jamais Jacob Hoggard s'excuser au téléphone. Au contraire, en entendant la femme irritée, il s'inquiète pour sa santé, parce qu'il dit l'apprécier.

Il veut toutefois mettre fin à la conversation, parce que les batteries de son téléphone sont à plat et qu'il est en compagnie d'un ami qui traverse une situation familiale urgente.

La femme lui répond au téléphone qu'elle n'en croit rien et qu'il prend soin de bien choisir ses mots pour décrire ce qui s'est passé entre eux dans le but de se protéger contre une éventuelle poursuite.

Accompagné de sa femme, le chanteur Jacob Hoggard entre au palais de justice de Toronto, il porte un complet gris clair et une chemise blanche.

Jacob Hoggard entre avec sa conjointe au tribunal de Toronto par une porte dérobée pour éviter les médias à l'ouverture de son enquête préliminaire en 2019.

Photo : Radio-Canada

Elle avoue par ailleurs à la cour qu'elle a bien contacté l'épouse de Jacob Hoggard à l'époque sur Instagram (ils n'étaient alors pas encore mariés, NDLR), pour lui demander si le chanteur lui avait fait subir la même chose.

Elle m'a confié qu'il avait été violent avec d'autres femmes, mais pas avec elle, et m'a suggéré d'aller à la police et de voir un médecin au cas où il m'aurait transmis l'herpès, dit-elle.

La défense cite alors la déposition de la plaignante au poste de police en mars 2018, dans laquelle elle affirme que la femme du chanteur lui avait seulement dit qu'il n'avait pas été gentil avec certaines femmes.

Me Savard l'accuse d'avoir cherché à contrôler son client, parce qu'il était riche et célèbre et que c'est la véritable raison pour laquelle elle lui réclamait des excuses. C'est faux, répond-elle.

Entrevue télévisée à CBC

L'avocate s'en prend ensuite à la plaignante au sujet d'une entrevue à CBC qu'elle a accordée sous le couvert de l'anonymat. Vous vous êtes servie de cette tribune pour dénoncer mon client à la télévision, dit-elle.

La femme réplique qu'elle voulait que Jacob Hoggard réponde de ses actions et qu'elle souhaitait seulement pour protéger d'autres femmes contre un homme qu'elle qualifie de prédateur sexuel.

Elle avait par ailleurs dit la veille au jury qu'elle l'avait suppliée d'arrêter lorsqu'il était en train de la violer sur le lit.

Or, dans l'extrait de l'entrevue de CBC que Me Savard présente à la cour, on entend la plaignante plutôt dire à la journaliste qu'elle n'a rien dit au chanteur, parce qu'elle ne savait pas quoi lui dire.

La plaignante numéro 2 en entrevue avec une journaliste.

La journaliste de CBC Judy Trinh en entrevue avec la plaignante numéro 2 à l'hiver 2018.

Photo : Radio-Canada / CBC

La femme assure à la barre qu'on l'entendra plus tard dans le courant de l'entrevue dire qu'elle lui avait bien dit de cesser de lui faire mal.

Elle admet par ailleurs qu'elle a appelé de façon anonyme les organisateurs de l'événement We Day à Ottawa pour les avertir qu'elle avait été agressée par l'un des participants au spectacle sans toutefois le nommer.

Elle rejette en outre catégoriquement l'idée selon laquelle elle cherchait, grâce à cette entrevue, à devenir la cheffe de file du mouvement #MeToo comme le lui avait promis la journaliste de CBC.

Elle déclare en outre qu'elle ne se souvient pas d'avoir célébré dans un restaurant d'Ottawa l'opprobre public de l'artiste à la suite de la diffusion du reportage le 25 février 2018.

Si je l'ai dit, ce n'était certainement pas une célébration, dit-elle en riant.

Une vue de l'hôtel Thompson.

L'Hôtel Thompson, où la plaignante numéro 2 allègue qu'elle a été violée à répétition par Jacob Hoggard le 22 novembre 2016.

Photo : Radio-Canada / CBC

La plaignante affirme qu'elle n'a par ailleurs jamais dit à son amie B. qu'elle avait trouvé le chanteur génial après qu'il l'eut embrassée sans avertissement au début de leur rencontre à l'hôtel alors qu'elle avait dit plus tôt dans son témoignage qu'elle l'avait trouvé grossier.

Me Savard se questionne par ailleurs sur le fait que la plaignante est restée à l'hôtel après ce baiser non sollicité pour avoir malgré tout des relations sexuelles au lieu de quitter l'hôtel alors que son client lui avait même dit que rien ne l'obligeait à rester dans sa chambre.

La façon dont il vous a embrassée avant que vous ne le repoussiez constitue à elle seule une agression, ne le saviez-vous pas? lui demande l'avocate. Non, je l'ignorais à l'époque, répond-elle.

Le contre-interrogatoire se terminera vendredi. La journée de jeudi est réservée à des questions litigieuses qui ont été soulevées au cours des deux derniers jours de plaidoiries.

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