•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Analyse

Tir d’essai à Ottawa

Au moment où de nombreux pays de l’OTAN revoient à la hausse leur engagement en réaction à l’agression russe en Ukraine, le Canada réévalue ses options. Et cela inclut une participation éventuelle au bouclier antimissile.

Lancement d'un missile balistique intercontinental lors d'un essai

Un missile balistique intercontinental est lancé lors d’un essai quelque part en Russie. L'armée russe a déclaré que l'arme hypersonique Avangard est maintenant en service.

Photo : The Associated Press / Ministère de la Défense russe

Personne n’avait vu cela clignoter sur les écrans radar : Ottawa a soudainement fait part de sa volonté de réévaluer sa participation au programme américain de défense contre les missiles balistiques.

Après des années d’apaisement autour de cette question, le signal s'est fait entendre mardi. Ce jour-là, la ministre de la Défense nationale, Anita Anand, prenait la parole devant l'Institut canadien des affaires mondiales. Son allocution portait sur la révision en cours de la politique de défense du Canada.

Ce n’est que plus tard, en réponse à une question de l’auditoire, que le sujet a été amené sur le tapis. Cet échange aurait pu sembler anodin si la question n’avait pas été posée par l’ex-ministre libéral John Manley.

Bien que les États-Unis aient sollicité la coopération du gouvernement canadien à ce programme depuis le début des années 2000, tous les gouvernements successifs, tant libéraux que conservateurs, ont refusé de le faire. Cela comprend celui de Jean Chrétien dont a fait partie le poids lourd John Manley.

Compte tenu du nouvel environnement où nous vivons, le temps n’est-il pas venu de revoir la position du Canada? a demandé John Manley.

La réponse de la ministre Anand était toute prête : Nous examinons certainement cette question de manière complète et approfondie, ainsi que les mesures à prendre pour défendre le continent dans son ensemble [...] Mais je tiens à vous assurer, ainsi qu'à tous ceux qui sont ici, que nous ne négligeons aucune piste dans cette révision majeure de la défense continentale.

Examiner est une chose, mais aller de l’avant en est une autre. Dans le passé, l’opinion publique n’a jamais été particulièrement chaude à l’idée d’une participation canadienne au bouclier antimissile. Le gouvernement Trudeau vient donc de se donner l’occasion de flairer la direction du vent dans un contexte qui a grandement évolué. Le ballon d’essai est lâché.

Vladimir Poutine est assis dans une grande salle et supervise le test d'un nouveau système de missile.

Le président russe Vladimir Poutine supervise le test d'un nouveau système de missile hypersonique russe appelé Avangard, qui peut transporter des ogives nucléaires et conventionnelles.

Photo : Reuters / Sputnik Photo Agency

Guerre en Ukraine, contexte géopolitique, existence confirmée de missiles hypersoniques : les choses ont beaucoup changé depuis le refus du gouvernement minoritaire de Paul Martin, en 2005, d'adhérer au programme américain. Une décision largement considérée, tant à l’époque qu'aujourd’hui, comme étant purement politique et qui avait froissé Washington et l'administration Bush.

Les missiles hypersoniques mis au point notamment par la Russie peuvent se déplacer à plus de cinq fois la vitesse du son et sont conçus pour pénétrer la défense continentale nord-américaine.

Les réticences du Canada pour ce qui est de se joindre au bouclier antimissiles ont fait ressortir une contradiction et mettent le pays en position délicate. L'OTAN a adopté la défense contre les missiles balistiques comme politique officielle, une décision qui prend tout son sens aujourd’hui. Or, si Ottawa soutient théoriquement cette position, il la rejette sur son propre continent.

Formellement, le Canada ne peut tout simplement pas tenir pour acquis que l’entièreté de son territoire serait par défaut protégé par le système américain advenant une attaque. En raison de la non-participation d’Ottawa, les décisions prises pour déterminer si on doit ou non intercepter un missile et pour établir l’endroit et le moment où devraient avoir lieu les interceptions relèveraient non pas de la structure binationale du NORAD mais plutôt des États‑Unis uniquement.

La ministre Anita Anand et le secrétaire à la Défense, Lloyd Austin, marchent côte à côte.

Le secrétaire à la Défense américain, Lloyd Austin, et la ministre de la Défense nationale du Canada, Anita Anand, au Pentagone lors d'une cérémonie le mois dernier à Washington.

Photo : AP / Manuel Balce Ceneta

Toutefois, devant une telle menace, peut-on vraiment séparer la sécurité du Canada de celle des États-Unis?

Au-delà du signal politique d’Ottawa, quelle serait la contribution réelle du Canada? Une participation au programme américain de défense antimissiles balistiques reposerait-elle uniquement sur une aide technique? Se limiterait-elle à la recherche et au développement pour améliorer le système? Pourrait-elle aller aussi loin que le fait de prévoir la présence de détecteurs et d’intercepteurs en territoire canadien?

C’est sans compter que ce changement de cap pourrait venir contredire certaines autres politiques en matière de défense et de politique étrangère du Canada.

Au moment où Washington et Ottawa sont engagés dans la modernisation du NORAD, il est logique de réfléchir à nouveau sur la participation du Canada au bouclier antimissile américain.

Ces jours-ci, le gouvernement libéral semble vouloir mettre le pied sur l'accélérateur pour accoucher d’une nouvelle politique en matière de défense. La guerre en Ukraine accélère les choses.

Le gouvernement Trudeau sait qu’il dispose d’une fenêtre attrayante. Son signal envoyé mardi est peut-être habile d'un point de vue politique. Mais les décisions sur une telle question exigent une évaluation réfléchie et juste des avantages et des inconvénients possibles d'un tel engagement. Ballon d’essai ou pas.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !