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La banane, un fruit abordable, mais à quel prix?

Fruit le plus consommé au pays, la banane se démarque par sa praticité et son faible coût. D’ailleurs, la banane coûte aujourd’hui 30 % de moins qu’en 1997. L’épicerie s’est demandé si cette baisse de valeur est vraiment une bonne nouvelle.

Des bananes dans une épicerie.

La banane est très économique, mais devrait-on s'en réjouir?

Photo : Radio-Canada / L'épicerie

Dans un contexte de forte inflation, la banane se distingue : depuis 25 ans, son prix ne cesse de baisser. À tel point que certains pays producteurs tirent la sonnette d’alarme. Pour eux, ce prix toujours faible ne tient plus compte de l’augmentation des coûts de production, ce qui a pour conséquence que certains producteurs perdent de l’argent.

Selon les données de Statistique Canada, depuis 1995, la banane s'est vendue entre 1,07 $ et 1,73 $ le kilo, en moyenne à 1,43 $/kg.

Il est à noter que le prix de la banane est stable depuis une décennie. Pour le vice-président international et développement des affaires du distributeur Courchesne Larose, Guy Milette, cette stabilité s’explique notamment par des gains de productivité. Les méthodes de production de bananes ont amené des volumes de production de 4500 caisses par hectare par semaine. Il y a vingt ans, on avait à peine 1200, 1500 caisses. L'augmentation de la production a beaucoup aidé à contrôler les coûts, même à les voir diminuer.

Guy Milette souligne que les entreprises spécialisées dans la banane (Dole, Del Monte, Chiquita…) contrôlent la logistique et le transport. Les grandes sociétés majeures de bananes possèdent leurs propres navires, ce qui leur permet d'avoir une stabilité au niveau des coûts de transport.

Autre aspect pour ce spécialiste de la distribution alimentaire : la banane est utilisée par les détaillants comme un « cheval de Troie ». Le consommateur moyen ne va pas se rappeler du prix qu'il a payé son céleri la semaine dernière. Mais la banane est un des produits au prix très stable dont les consommateurs se souviennent. Les grandes chaînes vont utiliser la banane pour attirer les consommateurs en magasin.

Enfin, les chaînes d’alimentation signent des contrats sur le long terme, explique Guy Milette. Elles ont des prix garantis et restent à l’abri des aléas de l’offre et de la demande.

Des bananes identifiées « fairtrade ».

Des bananes équitables

Photo : Radio-Canada / L'épicerie

Le vrai coût de la banane

À l’instar du café et du cacao, il existe depuis plusieurs années un marché de la banane équitable et biologique. Jennie Coleman est à la tête de l’entreprise Equifruit qui distribue cette banane partout au pays. La demande est forte, malgré une maigre part de marché de 2 %.

Elle plaide pour que le consommateur ainsi que toute la chaîne d’approvisionnement paient le juste prix.

Si on payait en dollar de 2022 le même prix qu'on payait en 1995, la banane conventionnelle serait à 1,05 $ la livre (2,30 $/kg). La banane a été gardée très peu chère à l'épicerie pendant trop longtemps et la différence de prix entre ce qu'on devrait payer et ce qu'on paie, c'est un gouffre énorme qui est payé par quelqu'un d'autre, explique Jennie Coleman.

« On n’a rien de gratuit. C'est comme si on demandait aux petits producteurs de nous subventionner un produit à travers leurs salaires minables et leurs conditions de travail épouvantables. »

— Une citation de  Jennie Coleman, présidente, Equifruit

Dans l’univers des fruits et légumes tropicaux, peu sont produits et vendus de manière équitable, remarque la directrice générale de Fairtrade Canada, Julie Francoeur.

Avec le commerce équitable, on tente de remettre de façon beaucoup plus droite la justice envers les travailleurs et de reconnaître un prix juste du produit, explique Mme Francoeur.

J'ai été vraiment bouleversée par un rapport qui est sorti l'année dernière, qui décrit les conditions de travail sur les plantations au Guatemala, renchérit Jennie Coleman. Les gens travaillent en moyenne 68 heures semaine pour un peu plus de 1 $ US de l'heure, avec du harcèlement verbal ou sexuel. Et pourtant, rappelons-nous que 40 % des bananes qui entrent au Canada proviennent du Guatemala.

La production de bananes, c’est plus de 120 millions de tonnes chaque année, soit plus de 3000 tonnes par seconde. Au Canada, nous en consommons 15 kg par an, soit 5 kg de plus que les pommes.

Pour Guy Milette, les faibles salaires s’expliquent notamment par le fait que les distributeurs n’ont pas le contrôle sur les conditions de travail dans les pays producteurs.

Une femme emballe des bananes.

Au Canada, les bananes arrivent d’Amérique centrale et d'Amérique du Sud : de l'Équateur, du Pérou, du Honduras, du Guatemala, du Costa Rica et, dans une moindre mesure, du Mexique.

Photo : Radio-Canada

Flambée des coûts de production

L’inflation a des conséquences importantes sur les producteurs de bananes : explosion des frais de transport locaux, du prix des intrants (engrais, pesticides), du prix des emballages… Et c’est sans compter la guerre en Ukraine et les sanctions contre la Russie. La demande baisse, les prix aussi. À tel point qu’en janvier dernier, sept ministres de l’Agriculture de pays producteurs (dont l’Équateur en tête) se sont réunis pour faire front commun et exiger un prix plus juste pour ne pas mettre en péril l’industrie de la banane.

Pourtant, même les géants de la banane comme Dole proposent aussi des bananes équitables. Elles sont surtout vendues en Europe. Au Canada, la demande est encore très faible.

Une différence minime pour le consommateur

Pour Jennie Coleman, la différence de prix reste modique entre la banane conventionnelle et la banane équitable.

Fairtrade Canada a d’ailleurs étudié la différence de prix partout au pays.

Le prix de la banane conventionnelle tourne autour de 1,50 le kilo, celui de la banane biologique, autour de 2,20 $ et celui des bananes biologiques et équitables, de 2,20 $ à 2,80 $ le kilo.

Le Canadien moyen consomme 33 livres (15 kg) de bananes par année, calcule Julie Francoeur, cela représente donc une différence de prix annuelle de 10 $ à 20 $ selon les régions, soit de 20 à 40 cents par semaine.

Les ventes de bananes chez Equifruit ont bondi de 40 % en 2021, rapporte Jennie Coleman. Il faut qu'on pense plus large que juste l'emballage de nos fruits et légumes. Il faut qu'on pense à qui les a produits, dans quelles conditions et combien les producteurs ont été payés.

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