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Projet de fusion des coops de Rimouski et de Trois-Pistoles sur fond de controverse

L'enseigne IGA Extra sur la façade d'un immeuble.

La Coopérative des consommateurs de Rimouski a été démantelée et remplacée par une autre coopérative, Alimentation Coop de Rimouski, qui gère les supermarchés IGA de Rimouski.

Photo : Radio-Canada / Maxence Matteau

Après presque 80 ans d'existence, Magasin Co-op de Trois-Pistoles pourrait être avalée très bientôt par sa voisine rimouskoise. Mais le projet ne fait pas l'affaire de tous. Quatre des neuf administrateurs de la coopérative d'alimentation de Rimouski ont claqué la porte, notamment parce que la coopérative pistoloise traîne un déficit accumulé de près de 4 millions de dollars, qui serait transféré à Alimentation Coop de Rimouski après la fusion.

On ne veut pas cautionner cela, nous a mentionné sous le couvert de l'anonymat un des quatre administrateurs démissionnaires.

En bloc, ils ont décidé de quitter leurs fonctions au terme d'une rencontre houleuse du conseil d'administration le 29 mars dernier, a appris Radio-Canada. Le vote en faveur de la fusion a été remporté de justesse à cinq contre quatre.

Les ex-administrateurs craignent que la lourde dette de Magasin Co-op de Trois-Pistoles, c'est son nom officiel, ne plombe les avoirs de la coopérative rimouskoise qui, au contraire de sa voisine, a enregistré un bénéfice de plus d'un million de dollars l'an dernier.

La seule étude qu'on a eue, c'est une étude financière, mais on n'a pas eu les autres, par exemple une étude de marché qui nous aurait permis de prendre une décision éclairée autant pour Rimouski que pour Trois-Pistoles, a ajouté l'ancien membre du C. A. d'Alimentation Coop de Rimouski.

Il faut dire que les affaires vont plutôt mal pour Magasin Co-op de Trois-Pistoles. Et c'est le cas depuis longtemps.

En 2021, la coop a enregistré un déficit d'exercice de près de 500 000 $. L'année précédente, il s'établissait à 653 000 $. La fusion avec Rimouski constitue donc une bouée de sauvetage pour Magasin Co-op de Trois-Pistoles.

Mais le grand gagnant de tout cela, ce sera Sobeys, nous a mentionné une autre source près du dossier. Car, si fusion il y a, le géant canadien de l'alimentation qui exploite l'enseigne IGA obtiendrait un remboursement de sa dette contractée à la coopérative de Trois-Pistoles, un montant qui dépasse les 3,5 millions de dollars.

Sobeys imposait aussi un taux d'intérêt de 9 % à la coop d'environ 3000 membres.

Une épicerie.

Le Magasin Co-op de Trois-Pistoles traîne une lourde dette.

Photo : Radio-Canada / Jean-Luc Blanchet

Un vote des membres, mais seulement à Trois-Pistoles

Seuls les membres de Magasin Co-op de Trois-Pistoles seront appelés à se prononcer sur la fusion, le 19 mai. S'ils acceptent, celle-ci pourrait entrer en vigueur dès le 6 juin.

Par contre, il n'est pas prévu de demander l'avis des membres d'Alimentation Coop de Rimouski. La convention de fusion stipule que l'approbation d'une majorité des administrateurs de la coopérative absorbante est suffisante.

C'est aussi ce que prévoit la Loi sur les coopératives en de telles circonstances, peut-on lire dans la convention de fusion dont Radio-Canada a obtenu copie.

Le fait que les membres de la coop rimouskoise ne soient pas interpellés met cependant les administrateurs démissionnaires mal à l'aise.

Magasin Co-op de Trois-Pistoles pourrait donc être absorbé par Alimentation coop Rimouski grâce à une seule voix de majorité au conseil d'administration.

Les coopératives fusionnantes ont des intérêts économiques, sociaux et culturels communs et desservent une clientèle identique, précise la convention de fusion signée par les présidents des deux coops, Jean-Roch Michaud de Rimouski et Serge Bélanger de Trois-Pistoles.

La coopérative absorbante acquiert tous les droits, biens, intérêts, privilèges, mais, en contrepartie, devient responsable de la lourde dette.

Une première?

Il pourrait s'agir de la toute première fusion de coopératives dans le monde de l'alimentation au Québec, du moins au cours des dernières décennies.

La tendance est bien amorcée du côté des coopératives agricoles, entre autres.

Ce sera un événement déclencheur, croit Michel Ferland, le directeur général de la Fédération des coopératives d'alimentation du Québec (FCAQ) qui regroupe 78 entreprises membres des quatre coins du Québec.

Selon lui, il est de plus en plus difficile de maintenir des services de proximité, en raison, entre autres, de la pénurie de main-d'œuvre et de la hausse du prix des denrées. Il croit que la fusion constitue une solution pour contrer ces difficultés.

« Tout ce qui nous permet de consolider la présence du mouvement coopératif en alimentation, dont la fusion, on voit ça d'un œil favorable. »

— Une citation de  Michel Ferland, directeur général, FCAQ

Michel Ferland concède que, jusqu'à maintenant, le regroupement n'était pas nécessairement envisagé par ses membres, mais avec ce qui se passe dans le monde agricole, il est persuadé que d'autres fusions surviendront dans les prochaines années.

Des organisations qui s'unissent, ça permet de s'engager ensuite dans des projets de croissance, car plus ils sont consolidés dans leur milieu, plus ils auront la force d'élargir leur rayonnement.

Le président d'Alimentation Coop de Rimouski, Jean-Roch Michaud, n'a pas souhaité nous accorder une entrevue pour le moment, tout comme les quatre ex-administrateurs opposés à la fusion.

Alimentation Coop Rimouski exploite deux épiceries ainsi que deux stations-service.

Le président de Magasin Co-op de Trois-Pistoles, Serge Bélanger, n'a pas répondu à nos appels.

La responsable des communications de Sobeys a indiqué qu'un représentant de l'entreprise allait prendre la parole lors de l'assemblée des membres à Trois-Pistoles, mais qu'aucun commentaire n'allait être fait auparavant.

Si les membres de Magasin Co-op de Trois-Pistoles votent en faveur de la fusion, le projet sera envoyé au ministre qui devra l'entériner, ce qui constitue généralement une simple formalité.

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