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Trop friandes d’électricité, les cryptomonnaies?

Au Manitoba, ces fermes ont consommé en un an l'équivalent de l'énergie de 10 000 maisons.

Une multitude de processeurs alignés sur une immense étagère.

Les fermes de cryptomonnaies au Manitoba ont requis l'équivalent de l'énergie consommée par 10 000 maisons en un an (archives).

Photo : Radio-Canada / Bahador Zabihiyan

L’électricité vendue dans les fermes de cryptomonnaies a rapporté plus de 6 millions de dollars à Hydro-Manitoba en 2021-2022, selon des données obtenues par Radio-Canada. Elles ont consommé plus de 107 mégawattheures, soit l’équivalent de l’énergie consommée en un an par 10 000 maisons.

Or, pour des experts comme l’ingénieur et directeur des projets de Climate Change Connection, à Winnipeg, Curt Hull, la présence des fermes de cryptomonnaies dans la province pourrait faire monter la facture d'électricité des Manitobains à l'avenir.

Selon les informations obtenues par une demande d’accès à l’information de Radio-Canada, il y avait 28 entreprises de minage de cryptomonnaies branchées au réseau électrique de la province en mars 2022.

Depuis 2018, le nombre d'entreprises de cryptomonnaies déclarées et clientes d’Hydro-Manitoba a plus que doublé.

Toutefois, les entreprises de monnaies virtuelles dans la province consomment peu en comparaison avec d’autres industries, puisqu'elles achètent moins de 0,5 % de l’électricité produite par Hydro-Manitoba.

Définition de la cryptomonnaie

La cryptomonnaie est une monnaie virtuelle créée à l’aide d’algorithmes, sa plus connue étant le bitcoin. Il n’y a pas d’organisation ou de banque centrale qui crée les monnaies numériques. Elles fonctionnent selon un réseau décentralisé à travers lequel des utilisateurs font des transactions, explique l’Agence de la consommation en matière financière du Canada (Nouvelle fenêtre).

Ce réseau est formé par des ordinateurs.

La société d’État a indiqué à Radio-Canada qu’il arrive toutefois que des entreprises de cryptomonnaies soient connectées à son réseau électrique sans qu’elle le sache.

C’est notamment le cas lorsqu’une entreprise de minage s’installe dans un immeuble commercial déjà desservi par la société d’État, indique Hydro-Manitoba dans sa réponse à la demande d’accès à l’information de Radio-Canada.

Il est probable qu’il y ait plus d’entreprises que ce qu’indiquent les données, selon une source ayant des connaissances approfondies en matière de tarifs d’électricité au Manitoba.

Radio-Canada a accordé l’anonymat à cette source, car elle craint des représailles de la part de son employeur.

Boom de demandes de connexion

En 2018, il y a eu un boom dans les provinces où il y avait de l’énergie renouvelable, explique Sylvain Audette, professeur en marketing à HEC Montréal et membre associé de la Chaire de recherche en gestion du secteur de l’énergie.

De nombreuses entreprises de cryptomonnaies ont voulu s'installer au Manitoba, au Québec et en Colombie-Britannique.

Hydro-Québec avait fait de la publicité pour attirer ces investissements, souligne M. Audette.

Les monnaies virtuelles, extrêmement énergivores

En 2018, les six monnaies virtuelles les plus importantes au monde, dont le bitcoin, ont consommé à elles seules 82 millions de mégawattheures. C'est l'équivalent de l’énergie consommée par la Belgique en 2016, selon le Centre de finances alternatives de l’Université Cambridge.

Selon un rapport (Nouvelle fenêtre) (en anglais) de ce centre, plusieurs entreprises se tournent actuellement vers l’hydroélectricité en raison de ses tarifs bas et de son aspect renouvelable.

Les chercheurs jugent que les fermes de cryptomonnaies peuvent aider à prévenir le gaspillage des surplus d’électricité. Ils notent toutefois que ces entreprises pourraient avoir une demande plus importante que les surplus disponibles, ce qui entraînerait l’augmentation des coûts d’énergie.

L’exemple du Québec

En 2018, le Québec a freiné l’engouement de l’industrie parce qu'il craignait de ne pas pouvoir répondre à la demande en électricité, indique M. Audette.

Le logo d'Hydro-Québec au sommet du bâtiment abritant son siège social, à Montréal.

La Régie de l'énergie du Québec a adopté un mode de tarification spécifique pour les « chaînes de bloc ». (archives)

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

La Régie de l'énergie du Québec a déterminé que les chaînes de bloc ne pourraient acheter que de l’électricité de type interruptible.

Un tarif interruptible signifie que cette industrie doit s’interrompre, explique M. Audette.

Par exemple, lorsque les maisons consomment plus d’électricité en hiver pour se chauffer, les fermes de cryptomonnaies pourraient être déconnectées.

Le Québec a aussi mis en place un plafond de puissance disponible pour les fermes de cryptomonnaies. Elles ne peuvent acheter qu’un maximum de 300 mégawatts de puissance, au total, ce qui représente environ 0,8 % de la capacité de production d’électricité d’Hydro-Québec.

« [Le Manitoba et le Québec] se ressemblent beaucoup. Le modèle québécois pourrait très bien inspirer les autorités réglementaires du Manitoba. »

— Une citation de  Sylvain Audette, professeur en marketing à HEC Montréal et membre associé de la Chaire de recherche en gestion du secteur de l’énergie

Aucune stratégie au Manitoba

Contrairement au Québec, Hydro-Manitoba ne pose pas de limite à la vente d’électricité aux mines de cryptomonnaies.

Une entreprise de monnaie virtuelle qui achète de l’électricité dans la province paie un tarif dit général. Elle conclut une entente avec Hydro-Manitoba pour indiquer la quantité d’électricité dont elle aura besoin pour ses activités et paie un tarif fixe.

Une ferme de minage pourrait également adhérer au programme d’énergie excédentaire de la société d’État. Ce programme permet d’acheter l’électricité au même prix, ou presque, que celle exportée aux États-Unis.

Selon une source experte en matière de tarifs d’électricité au Manitoba, c’est à ce tarif qu’a été vendue la majorité de l’électricité aux entreprises de cryptomonnaie depuis 2018.

Elle explique que l’électricité achetée par le biais de ce programme est interruptible, comme c’est le cas au Québec, et que le prix varie selon la demande énergétique. Il s’agit donc d’un tarif non ferme , qui varie selon l’offre et la demande.

Une bonne affaire pour les Manitobains?

Sylvain Audette croit que la vente d’électricité à ces entreprises pourrait faire diminuer la facture d’électricité des Manitobains.

« Pendant l’été, au Manitoba comme au Québec, on n’utilise pas toute notre puissance. On a des capacités [des surplus]. Ces clients paient quand nous n’en avons pas besoin et ils contribuent à faire baisser les tarifs pour tout le monde. »

— Une citation de  Sylvain Audette, professeur en marketing à HEC Montréal et membre associé de la Chaire de recherche en gestion du secteur de l’énergie

La source à laquelle Radio-Canada a accordé l’anonymat croit pour sa part que cela dépendra de l'évolution du marché de l'énergie.

Selon elle, si la province continue de vendre à l'industrie son électricité majoritairement à des tarifs non fermes et interruptibles, la facture des Manitobains ne subira ni augmentation ni diminution.

D'un autre côté, si les entreprises déjà clientes d'Hydro-Manitoba réclament un tarif ferme, cela pourrait représenter de nombreux coûts pour la société d’État pour améliorer ses infrastructures. Les clients résidentiels pourraient alors devoir assumer ces coûts.

Un ouvrier grimpe sur un cylindre dans une station de compression de gaz du gazoduc Yamal-Europe près de Nesvizh, au sud-ouest de Minsk.

La hausse de la demande sur le marché de l'énergie, notamment pour le gaz naturel, pourrait influencer les choix de tarification des fermes de cryptomonnaies, selon une source anonyme. (archives)

Photo : Reuters / Vasily Fedosenko

Notre source croit que ce scénario est très probable en raison de la guerre en Ukraine qui a entraîné une augmentation des coûts de l'énergie, comme le gaz naturel.

Dans un courriel, Hydro-Manitoba dit ne pas croire que la hausse du prix du gaz naturel fera en sorte que les entreprises de cryptomonnaies changeront de mode de tarification.

Hydro-Manitoba ne prévoit pas pour l’instant d’instaurer un mode de tarification similaire à celui du Québec.

Aucun bénéfice pour la société ou l’environnement

L’ingénieur et directeur de projets de Climate Change Connection, à Winnipeg, Curt Hull, croit pour sa part que, même si la facture d’électricité des Manitobains pouvait être réduite grâce à cette industrie, ce ne serait que temporaire.

La borne de recharge d'une voiture électrique.

Il faudrait presque deux fois plus de puissance et d'énergie disponible pour réaliser la transition énergétique, selon Climate Action.

Photo : iStock

Il existe un mythe au Manitoba, selon lequel nous avons plus d’électricité que ce dont nous avons besoin. C’est peut-être vrai maintenant, mais si nous voulons nous attaquer aux changements climatiques, nous aurons besoin d’utiliser cette électricité pour chauffer nos bâtiments et alimenter nos véhicules, dit-il.

Nous avons besoin de chaque portion d’électricité que nous pouvons conserver , conclut-il.

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