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Surdoses et opioïdes : un service d’analyse des drogues projeté à Québec

La hausse des surdoses et la piètre qualité de certaines drogues vendues sur le marché noir militent pour une meilleure capacité de détection des substances à Québec.

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L'analyse des substances permet de détecter la présence de produits de coupe ou de drogues plus susceptibles de provoquer des surdoses, comme le fentanyl, un opioïde beaucoup plus puissant que la morphine et que l'héroïne.

Photo : Radio-Canada

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Devant une hausse marquée des surdoses sur son territoire, la santé publique du CIUSSS de la Capitale-Nationale fait de la création d'un service d'analyse des drogues sa « priorité numéro un » en matière de prévention. Des travaux préparatoires sont en cours et un appel de projets devrait être lancé cet été auprès des organismes communautaires.

Le CIUSSS poursuit ainsi le développement de ses outils de réduction des méfaits sur le terrain.

Selon la santé publique, cette approche consiste essentiellement en la diminution de la stigmatisation des consommateurs de drogues et des effets négatifs de leur consommation sur leur santé, tout en faisant la promotion de pratiques sécuritaires.

Suivant la même logique, la ville de Québec accueillait l'an dernier un premier service de consommation supervisée pour les utilisateurs de drogues par injection ou inhalation.

L'analyse des substances est maintenant la prochaine étape.

On est vraiment rendu là, affirme la Dre Anne-Frédérique Lambert-Slythe, médecin spécialiste en santé publique et en médecine préventive au CIUSSS de la Capitale-Nationale. Le projet était dans les cartons depuis un an et demi, précise-t-elle, mais a été ralenti par la pandémie. On remet ça sur les rails.

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Le spectromètre permet notamment de détecter la présence de fentanyl dans une substance en quelques minutes seulement et devrait faire partie des outils utilisés à Québec.

Photo : Radio-Canada / Christian Milette

Hiver 2023

Selon l'échéancier actuel, un appel de projets serait lancé en août prochain par le CIUSSS de la Capitale-Nationale. La mise en opération du service d'analyse de substances est espérée quelque part à l'hiver 2023.

Comme pour la consommation supervisée, dont la gestion du site a été confiée à la Coopérative de solidarité SABSA, l'objectif est de créer un partenariat avec le milieu communautaire. C'est vraiment eux qui connaissent les besoins de la clientèle, insiste la Dre Lambert-Slythe.

Une fois le partenaire trouvé, une demande d'exemption devra être acheminée à Santé Canada puisque des drogues vont nécessairement passer dans le futur site d'analyse, dont l'emplacement reste lui aussi à déterminer.

Ces exemptions à la Loi réglementant certaines drogues et autres substances sont notamment accordées lorsqu'il y a des risques ou des préjudices potentiels pour la santé et la sécurité des Canadiens. Les outils de lutte contre la crise des opioïdes se qualifient dans cette catégorie.

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La gestion de L'Interzone, premier centre de consommation supervisée à Québec, a été confiée à la Coopérative de solidarité SABSA.

Photo : Radio-Canada

Améliorer la sécurité

Le futur site d'analyse permettra, espère-t-on au CIUSSS, de collecter rapidement de précieuses informations sur le contenu d'une substance qu'une personne souhaite consommer. Cette détection peut se faire en quelques minutes avec différents appareils.

Les intervenants pourront ensuite lui prodiguer des conseils dans le but d'améliorer [sa] sécurité lors de la consommation, explique la Dre Lambert-Slythe.

Selon les substances détectées, il pourrait par exemple être suggéré à une personne de consommer de plus petites quantités de la drogue qu'elle a entre les mains, ou encore d'éviter certains mélanges plus susceptibles de provoquer des réactions indésirables. On va pouvoir dire que prendre trois dépresseurs au même moment, ce n'est peut-être pas une bonne idée, affirme la spécialiste.

« L'objectif d'un tel service est de détecter les drogues de mauvaise qualité, coupées avec des produits dangereux comme le fentanyl, par exemple. »

— Une citation de  Dre Anne-Frédérique Lambert-Slythe, médecin spécialiste en santé publique

Une personne pourrait recevoir plus simplement des conseils de base comme de ne pas consommer seule, être envoyée vers d'autres ressources psychosociales, tel le service de consommation supervisée, ou recevoir une trousse de naloxone, un antidote aux opioïdes. Le centre peut aussi s'avérer comme une porte d'entrée pour des personnes désaffiliées du système de santé.

La détection des produits de moins bonne qualité pourrait enfin aider la santé publique, selon la Dre Lambert-Slythe, à lancer des avertissements à la population lorsque des drogues contaminées se retrouvent en circulation sur le marché noir, ou encore à aviser les consommateurs des effets inhabituels de certaines substances.

Le CIUSSS de la Capitale-Nationale est actuellement à évaluer les technologies disponibles pour le futur site d'analyse de substances. C'est un programme qui est complexe à implanter, souligne Anne-Frédérique Lambert-Slythe, ajoutant qu'il faut des connaissances scientifiques et des gens qualifiés pour opérer certains de ces outils.

Une combinaison de moyens sera déterminée d'ici le lancement de l'appel de projets. Un appareil appelé le spectromètre fera probablement partie de l'arsenal, selon Dre Lambert-Slythe.

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Il existe sur le marché des tests de dépistage sur bandelettes permettant de détecter la présence de fentanyl.

Photo : Tweeter Sarah Blyth

Hausse des surdoses

Cette volonté de créer un pôle d'analyse des substances survient au moment où la région de la Capitale-Nationale vit une hausse importante des surdoses sur son territoire. L'augmentation concerne surtout les cas de surdoses non mortelles signalées à la Direction régionale de santé publique.

De 153 surdoses non mortelles en 2020, leur nombre est passé à 409 en 2021.

Les deux années sont difficiles à comparer, selon le CIUSSS, puisque des efforts soutenus ont été déployés pour mousser les signalements par les différents partenaires que sont les policiers, les ambulanciers, les hôpitaux et le milieu communautaire.

Mais malgré ces chiffres gonflés par une plus grande assiduité des signalements, le constat sur le terrain est que les surdoses sont plus nombreuses, selon Anne-Frédérique Lambert-Slythe. Elle croit même que les surdoses non mortelles signalées ne sont que la pointe de l'iceberg.

De plus, la tendance, dit-elle, se maintient en 2022 avec déjà plus d'une centaine de signalements. On voit qu'on a de plus en plus de substances qui sont contaminées et on le voit notamment dans nos chiffres de surdoses.

La substance la plus souvent impliquée dans les cas de surdoses non mortelles dans la Capitale-Nationale est le GHB, qui vit une période de forte popularité actuellement dans la région, en particulier auprès des jeunes. En 2021, on note une hausse du nombre de signalements impliquant du GHB et une sévérité augmentée de ces cas de surdoses, rapporte le CIUSSS.

Du côté des surdoses mortelles, leur nombre est passé de 37 en 2020 à 30 en 2021. Du nombre, le quart des décès liés à la consommation de drogue était attribuable aux opioïdes en 2021-2022.

Il y aurait eu polyconsommation [de plusieurs substances simultanément] dans une grande proportion des signalements de surdoses mortelles, précise le rapport de la santé publique de la Capitale-Nationale.

Pour l'année 2022, déjà 17 décès attribuables à la consommation excessive de drogue ont été répertoriés en date du 13 mai.

Malgré la plus faible représentation des opioïdes dans les surdoses non mortelles, le CIUSSS précise par ailleurs que cette place est de plus en plus importante.

Le nombre de surdoses non mortelles impliquant des opioïdes est en croissance chaque année depuis 2017. Il existerait également une diversité accrue des opioïdes sur le marché.

Sondage auprès des consommateurs

Avant de lancer l'appel de projets pour l'analyse de substances, la santé publique veut d'abord savoir quels sont les besoins spécifiques dans la région. Le CIUSSS de la Capitale-Nationale sonde actuellement les consommateurs sur son territoire afin, entre autres, de déterminer les technologies appropriées pour Québec.

Les habitudes de consommation et de fréquentation des organismes communautaires, la nature des drogues consommées, le type d'intervenant favorisé, le lieu privilégié pour sa mise en place sont autant d'éléments considérés dans le sondage.

Les répondants ont jusqu'au 3 juin pour se manifester. Les réponses permettront à la santé publique d'orienter les caractéristiques du projet qu'elle souhaite mettre en place.

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