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Équipement de protection contre la COVID-19 : Québec a perdu près de 1 milliard

Masque N95.

Le plan d’urgence sanitaire n’avait pas été mis à jour depuis trop longtemps, selon la vérificatrice générale.

Photo : Radio-Canada

Anaïs Brasier

Dans l’urgence de se protéger contre la pandémie de COVID-19, le ministère de la Santé du Québec (MSSS) a non seulement acheté des équipements de protection individuelle (EPI) alors qu’il était mal informé et mal préparé pour en favoriser l’usage et la distribution appropriés, mais il a aussi subi une perte financière évaluée à 938 millions de dollars en mars 2021, selon le dernier rapport de la vérificatrice générale (VG) Guylaine Leclerc.

Le premier constat de la VG quant à l’achat d’EPI est que le plan d’urgence sanitaire du Québec n’avait pas été mis à jour depuis trop longtemps. En fait, le dernier, le Plan québécois de lutte à une pandémie d’influenza du MSSS, et les plans régionaux dataient de plus de dix ans.

Et même si le plan d’urgence du MSSS le prévoyait, aucune réserve ou autres mesures pour faciliter l’approvisionnement en EPI n’étaient en place.

Ce faisant, Québec était mal préparé pour l’achat, l’usage et la distribution des EPI lorsque la pandémie de COVID-19 a frappé en mars 2020.

Malgré tout, du 1er janvier 2020 au 30 juin 2021, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) a acquis pour plus de 3 milliards de dollars de ces équipements.

Près d’un milliard de dollars en perte financière

L'achat précipité, en raison du manque de préparation, des EPI aurait coûté près d'un milliard de dollars aux contribuables du Québec.

Afin de faire face à l’urgence sanitaire, le MSSS a dû acheter des EPI à prix très élevé lors de la pénurie mondiale de 2020, peut-on lire dans le rapport. La baisse de la valeur des EPI par la suite a entraîné une perte financière évaluée à 938 millions de dollars au 31 mars 2021.

En fait, devant la pénurie mondiale d’EPI, la consigne du MSSS était d’en acheter par tous les moyens possibles, est-il écrit. En plus des pertes financières, cela a engendré des lacunes de contrôle – surtout lors de la première vague – et une absence de preuve de la validation de l’intégrité des fournisseurs ou de la conformité des produits.

« Un achat a été payé d’avance même si les spécifications du produit transmises par le fournisseur montraient des incohérences. »

— Une citation de  Extrait du rapport de la vérificatrice générale
La vérificatrice générale du Québec, Guylaine Leclerc, au micro lors d'une conférence de presse.

La vérificatrice générale du Québec, Guylaine Leclerc, a publié son plus récent rapport mercredi.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Le gouvernement du Québec a dormi au gaz pendant que les autres s’organisaient, a lancé le député péquiste Joël Arseneau en Chambre mercredi matin.

Depuis ce temps-là on s’est ajustés comme à peu près partout, a répondu le premier ministre François Legault. On a commencé à passer des commandes. On est maintenant beaucoup moins dépendants de l’étranger et on a des équipements de protection qui se fabriquent ici.

François Legault debout en Chambre.

Le premier ministre François Legault dans le Salon bleu.

Photo : The Canadian Press / Jacques Boissinot

Mais une veille adéquate ainsi qu’un plan d’urgence sanitaire à jour et bien maîtrisé par l’ensemble des acteurs auraient sans doute permis au MSSS de réagir plus rapidement et efficacement dès que les risques de pandémie augmentaient au Québec. Il aurait pu, par exemple, prévoir l’augmentation des stocks d’EPI et faire des achats avant la pénurie et l’augmentation des prix.

Des employés mal formés

Le manque de préparation s'est aussi répercuté auprès des employés qui devaient utiliser des EPI.

La formation du personnel du réseau de la santé et des services sociaux en prévention et contrôle des infections était insuffisante pour faire face à une pandémie, constate la VG.

Cette lacune était particulièrement présente dans les CHSLD et les résidences privées pour aînés (RPA). En effet, en situation normale les EPI utilisés et les règles de prévention et de contrôle des infections y diffèrent beaucoup de ce qui a cours dans les centres hospitaliers.

« Cette protection est particulièrement importante pour les travailleurs de la santé, qui sont davantage exposés au virus, et pour les personnes âgées, qui sont plus gravement atteintes par la maladie.  »

— Une citation de  Extrait du rapport de la vérificatrice générale du Québec

Par ailleurs, l’absence d’une information complète, fiable et à jour sur les stocks et la consommation d’EPI a nui à une prise de décision éclairée du MSSS quant à l’approvisionnement et à la distribution des EPI.

Résultat : il n'a pas toujours bien pu prioriser la distribution des EPI en fonction des points de service présentant une clientèle plus à risque ou sur le point d’en manquer.

Les 3 recommandations de la vérificatrice générale

À la lumière de ces constats, la vérificatrice générale émet trois recommandations au MSSS en matière d'équipements de protection individuelle :

  • établir et maintenir à jour un plan d’urgence pour faire face à d'éventuelles pandémies qui tient compte des leçons tirées de la COVID-19;
  • déterminer les produits essentiels en situation de pandémie et mettre en place des mécanismes d'approvisionnement adéquat;
  • disposer d’une information complète pour évaluer les besoins en EPI actuels et futurs en cas de pandémie.

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