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Journaliste tuée en Cisjordanie : des appels pour une enquête transparente

Al-Jazira affirme que sa journaliste vedette a été tuée « de sang-froid » d'une balle au visage. Elle portait un gilet pare-balles sur lequel était inscrit le mot « presse ».

Shireen Abu Akleh, photographiée près de la vieille ville de Jérusalem.

Shireen Abu Akleh, photographiée ici à Jérusalem, s'est fait connaître à travers le Moyen-Orient pour ses reportages sur le conflit israélo-palestinien.

Photo : La Presse canadienne / AP

Agence France-Presse

Les appels à une enquête transparente se multipliaient après la mort de la journaliste américano-palestinienne Shireen Abu Akleh, une des plus connues de la chaîne Al-Jazira, tuée par balle mercredi matin alors qu'elle couvrait une opération de l'armée israélienne en Cisjordanie occupée.

Al-Jazira a accusé les forces israéliennes d'avoir tué de façon délibérée et de sang froid sa journaliste vedette, atteinte d'une balle dans la tête.

Les autorités israéliennes ont martelé ignorer qui avait tué la journaliste, après avoir suggéré plus tôt qu'elle avait probablement été atteinte par des tirs de combattants palestiniens en marge d'affrontements à Jénine.

Un photographe de l'AFP à Jénine a fait état de tirs de l'armée israélienne et a vu le corps de la reporter qui portait un casque et un gilet pare-balles sur lequel était inscrit le mot presse. Ce photographe a indiqué ne pas avoir vu de combattants palestiniens à proximité du lieu où la journaliste a été tuée.

Un autre journaliste, Ali al-Samoudi, blessé lors de ces affrontements, a accusé l'armée israélienne d'avoir ouvert le feu sur les journalistes.

« Nous étions en route pour couvrir l'opération de l'armée lorsqu'ils ont ouvert le feu sur nous [...] Une balle m'a atteint. La seconde balle a touché Shireen. »

— Une citation de  Ali al-Samoudi, journaliste

Shireen Abu Akleh s'est retournée en panique lorsque son collègue Ali al-Samoudi a été touché par balle, et puis elle a été elle-même atteinte d'une balle derrière la tête, a indiqué à l'AFP Majid Awais, témoin de la scène.

L'armée israélienne a indiqué avoir mené des opérations dans le camp de réfugiés de Jénine, afin d'appréhender un combattant. Durant cette opération, des dizaines d'hommes armés palestiniens ont ouvert le feu et lancé des objets explosifs en direction des forces israéliennes [...] Les soldats ont répliqué. Des personnes ont été atteintes, selon l'armée.

Des hommes portant des vestes sur lesquelles on peut lire le mot « presse » et des membres du personnel médical sont rassemblés autour d'une civière.

Le caméraman palestinien Mujahed Al-Saadi (à gauche, avec un casque) pleurait en escortant le corps de la journaliste tuée avec d'autres collègues dans un hôpital de Jénine.

Photo : Getty Images / AFP/JAAFAR ASHTIYEH

Il semble probable que des Palestiniens armés soient responsables de la mort malheureuse de la journaliste, avait déclaré dans la matinée le premier ministre Naftali Bennett, le ministère de la Défense indiquant qu'il n'y avait eu aucun tir [de l'armée] en direction de la journaliste.

Et les autorités israéliennes avaient distribué une vidéo montrant des combattants palestiniens ouvrant le feu dans le camp de Jénine, mais ces images ont été tournées à plus de 300 mètres du lieu du décès de la journaliste, à la sortie du camp.

Une foule transporte un brancard sur lequel repose un corps recouvert d'un drapeau palestinien et d'un gilet pare-balles.

Le corps de la journaliste a été transporté par des Palestiniens dans les rues de Jénine. Sa dépouille a été recouverte d'un drapeau palestinien sur lequel a été déposé son gilet pare-balles.

Photo : La Presse canadienne / AP/Majdi Mohammed

En soirée, le ministre de la Défense Benny Gantz a cependant indiqué à la presse étrangère que l'armée n'était pas certaine de la manière dont elle a été tuée.

« C'est peut-être un Palestinien qui a tiré sur elle [...] le tir est peut-être aussi venu de notre côté, nous enquêtons. »

— Une citation de  Benny Gantz, ministre israélien de la Défense

Selon le médecin légiste palestinien Rayyan Ali, qui a pu examiner la dépouille, la journaliste a été tuée d'une balle l'ayant atteinte à grande vitesse à la tête.

Nous avons besoin de la preuve médico-légale des Palestiniens, y compris la balle ou les fragments de balle ayant tué la reporter d'Al-Jazira, afin de mener une enquête complète, a ajouté M. Gantz.

Palestinienne chrétienne, âgée d'une cinquantaine d'années et ayant aussi la nationalité américaine, Shireen Abu Akleh avait travaillé à La Voix de la Palestine, Radio Monte-Carlo, avant de rejoindre Al-Jazira, où elle s'est fait connaître à travers le Moyen-Orient pour ses reportages sur le conflit israélo-palestinien.

Mercredi, des Palestiniens ont déposé des fleurs aux abords de la route au passage de la voiture transportant en Cisjordanie la dépouille de la journaliste, septième reporter tué dans les Territoires palestiniens depuis 2018 selon Reporters sans frontières.

Shireen Abu Akleh doit recevoir jeudi en fin de matinée un hommage posthume au siège de l'Autorité palestinienne à Ramallah (Cisjordanie).

Tuée de sang-froid par l'armée israélienne, selon Al-Jazira

Al-Jazira a affirmé que Shireen Abu Akleh a été tuée de sang froid et de façon délibérée par les forces israéliennes, et condamné ce crime odieux, qui a pour objectif d'empêcher les médias de faire leur travail. Le chef de bureau de la chaîne qatarie dans les Territoires palestiniens Waleed Omari a accusé Israël de protéger ses soldats.

Des femmes pleurent.

Des collègues et des proches de Shireen Abu Akleh ont laissé éclater leur douleur quand son corps a été amené dans les bureaux d'Al-Jazira, à Ramallah, en Cisjordanie occupée.

Photo : Reuters / Abbas Momani

Le groupe des pays arabes à l'ONU a réclamé une enquête internationale indépendante sur l'assassinat de la journaliste, a annoncé l'ambassadeur palestinien aux Nations unies, Riyad Mansour.

L'Association des reporters de la presse étrangère en Israël et dans les Territoires palestiniens s'est dite horrifiée et choquée par la mort de la journaliste, appelant à une enquête rapide et transparente à l'instar du Comité pour la protection des journalistes.

Des affiches de la journaliste ont été collées sur une vitre, près d'un logo d'Al-Jazira, dans des locaux bondés des employés de la chaîne.

« Une icône des médias palestiniens. La couverture continue. Au revoir Shireen », peut-on lire sur des affiches posées dans les locaux de la chaîne Al-Jazira à Ramallah, en Cisjordanie occupée.

Photo : La Presse canadienne / AP/Nasser Nasser

Les États-Unis ont appelé à une enquête transparente, de préférence conjointe entre Israéliens et Palestiniens, tandis que l'ONU et l'Union européenne ont exhorté à une investigation indépendante.

Israël a proposé aux Palestiniens une enquête conjointe, mais le gouvernement palestinien appelle à une enquête internationale, a indiqué à l'AFP son porte-parole, Ibrahim Melhem.

Le décès de Shireen Abu Akleh intervient dans un climat tendu, un an après la dernière guerre de Gaza entre l'État hébreu et le Hamas islamiste, qui contrôle l'enclave palestinienne sous blocus israélien.

Plusieurs personnes portent des affiches avec des photos de la journaliste tuée et une banderole.

Des membres d'une association de journalistes palestiniens ont manifesté à Gaza, mercredi, pour protester contre le sort subi par leur collègue d'Al-Jazira.

Photo : Getty Images / AFP/MOHAMMED ABED

Depuis le 22 mars, Israël a été la cible d'une série d'attaques ayant fait au moins 18 morts. Dans la foulée, 31 Palestiniens, incluant des assaillants, ont été tués dans différents incidents, dont un jeune homme mercredi près de Ramallah.

Mercredi soir, des heurts opposaient des Palestiniens à des policiers israéliens à Beit Hanina, quartier de Jérusalem-Est où vit la famille de la journaliste, tandis qu'un Palestinien ayant attaqué un policier dans la Vieille Ville a été grièvement blessé par les forces israéliennes, selon la police.

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