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Manifestation des camionneurs à Ottawa : le SCRS craignait la violence extrémiste

La cheffe de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) ne croit pas que le déroulement des manifestations d'Ottawa soit un échec à imputer à la police

Des policiers armés sur un toit.

La police a été chargée d'appliquer une injonction contre les manifestants, dont plusieurs avaient stationné leurs camions près de la colline du Parlement pendant des semaines en janvier et février (archives).

Photo : Radio-Canada / Evan Mitsui

Radio-Canada

Le service de renseignement du Canada craignait que des extrémistes ne commettent des violences et ne recrutent des membres lorsque la manifestation des camionneurs a débuté à Ottawa plus tôt cette année, a reconnu son directeur devant les parlementaires, mardi soir.

Mais le directeur du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), David Vigneault, n’a pas pu fournir d'exemples précis pour appuyer ses propos, citant des renseignements classifiés.

Nous avons vu un certain nombre d'individus, qui inquiétaient le SCRS avant le convoi, être recrutés en ligne et aussi en personne dans le contexte du convoi, a expliqué M. Vigneault lors de son témoignage devant un comité mixte spécial chargé d'enquêter sur le recours du gouvernement fédéral à la Loi sur les mesures d’urgence, en février, en réponse aux manifestations qui ont occupé le centre-ville d'Ottawa pendant plusieurs semaines.

La préoccupation que nous avions avec ce convoi, aussi bien au début que tout le long, c’était le fait que nous avons vu au Canada, dans d'autres juridictions, des extrémistes violents utiliser ce genre de manifestations pour se livrer à des actes de violence, pour recruter des membres et pour pouvoir pour diffuser davantage leur idéologie.

Le SCRS était également préoccupé par le risque de voir des loups solitaires se livrer spontanément à des actes de violence, a ajouté M. Vigneault.

Un homme en conférence de presse devant le drapeau du Canada.

Le directeur du Service canadien du renseignement de sécurité, David Vigneault (archives)

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

C'est sur ça que nous concentrions nos activités pendant le convoi et que nous fournissions des informations aux forces de l'ordre.

La Loi sur les mesures d'urgence, jamais utilisée auparavant, a octroyé des pouvoirs temporaires aux forces de l’ordre pour faire face aux blocus et aux manifestations contre les restrictions sanitaires liées à la pandémie. Elle évalue une situation d'urgence admissible à son application comme quelque chose qui découle de menaces à la sécurité du Canada.

M. Vigneault a expliqué que, chaque jour, son agence découvre et enquête sur des menaces à la sécurité du Canada, y compris une augmentation de la rhétorique violente et anti-autorité, en particulier en ce qui concerne les mesures de santé publique.

Selon lui, le SCRS était bien conscient des opportunités que les grands rassemblements et les manifestations offrent pour des actes de violence et pour du recrutement à l’extrémisme violent à caractère idéologique (EVCI), un terme utilisé par l'agence pour couvrir divers griefs, y compris ceux d'extrême droite, anti-autorité et pour des groupes antigouvernementaux et racistes.

L'une des préoccupations de son service était le protocole d'entente émis par Canada Unity, l'un des groupes organisateurs du convoi, appelant la gouverneure générale et le Sénat à former un nouveau gouvernement avec les manifestants eux-mêmes.

Notre évaluation de ce manifeste était évidemment prompte à l’inquiétude, a dit M. Vigneault.

La commissaire de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), Brenda Lucki, a déclaré au comité que la GRC avait d'ailleurs fourni une protection supplémentaire à la gouverneure générale, Mary Simon, en raison de ce protocole d'entente.

Pas un échec de la police, selon la commissaire de la GRC

La Loi sur les mesures d'urgence permettait d’interdire l’accès aux zones de protestation, d’empêcher les participants d'amener des mineurs à des rassemblements illégaux et autorisait les banques à geler les comptes de certaines des personnes impliquées. Cela a également permis à la GRC d'appliquer les règlements municipaux et d’invoquer les infractions provinciales, au besoin.

À l'époque, le premier ministre Justin Trudeau a fait valoir que son utilisation était nécessaire pour faire face aux sérieux défis quant à la capacité des forces de l'ordre à appliquer efficacement la loi.

Mais ce raisonnement a été remis en question par l'opposition et par d'autres critiques qui ont demandé si d'autres mesures, y compris des tactiques policières, auraient pu être utilisées.

Brenda Lucki, en uniforme, devant un drapeau canadien.

Brenda Lucki, commissaire de la Gendarmerie royale du Canada

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Mme Lucki a expliqué avoir participé aux conversations quant à la possibilité d’invoquer la Loi sur les mesures d’urgence avant que cela ne soit finalement fait, le 14 février, mais elle a précisé ne jamais en avoir demandé la mise en place.

Pressée de questions, à plusieurs reprises, sur les raisons pour lesquelles la police n’a pu agir plus tôt, elle a indiqué que la Loi donnait à ses agents ainsi qu'à ceux de la police d'Ottawa différentes possibilités d’actions, comme d’obliger les dépanneuses à aider à déplacer les véhicules.

C'était un autre type de manifestation, les gens ne partaient pas, a-t-elle rappelé.

Par ailleurs, lors de sa comparution, la commissaire de la GRC a également révélé que les pouvoirs accordés à la police par l'invocation par le gouvernement fédéral de la Loi sur les mesures d'urgence n'ont pas été utilisés pour éliminer les blocages aux passages frontaliers canadiens.

Un sénateur remet en question les décisions de la police

Mme Lucki a assuré ne pas penser que l'événement ait été un échec de la police, bien que plusieurs sénateurs et députés du comité aient suggéré le contraire.

À mon avis, les actions de la police avant l'invocation de la Loi ont démontré une série d'échecs, non pas d’échecs délibérés, mais l'incapacité de la police à contenir et à agir de manière appropriée pour contrôler l'occupation, ici, à Ottawa, a dit le sénateur Peter Harder. Je trouve surprenant que vous disiez qu'il n'y a pas eu d'échec de la police dans le cadre de ces incidents.

Le comité de mardi est distinct d'une enquête dirigée par l'ancien juge de la Cour supérieure de l'Ontario, Paul Rouleau, qui examinera les événements qui ont conduit à l'invocation de la Loi sur les mesures d'urgence et qui doit formuler des recommandations.

Avec les informations de Catharine Tunney de CBC News, et de La Presse canadienne

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