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Après avoir subi la guerre en Ukraine, des réfugiés s’intègrent au Québec

Depuis le 17 mars, plus de 200 000 Ukrainiens ont présenté une demande de visa pour venir au Canada. Des milliers d’entre eux sont déjà installés au pays, dont quelques centaines au Québec. Apprendre le français, trouver un travail : plusieurs défis les attendent au premier jour d’une nouvelle vie.

Des gens sont assis derrière des pupitres dans une classe. Ils portent un couvre-visage.

Anastasiia Edelman (à droite) est arrivée d'Ukraine il y a moins de deux semaines. Elle suit un cours de francisation en compagnie d'autres réfugiés fraîchement arrivés au Québec.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Deschênes

Ils sont près d’une vingtaine dans la salle de cours, tous des réfugiés ukrainiens fraîchement débarqués au Québec. Ils sont vraisemblablement fébriles.

C’est souvent comme ça avant le premier cours, nous dit Mylène, enseignante en francisation au Centre d’éducation des adultes l’Accore à Châteauguay, qui amorce aussitôt les présentations.

Bienvenue dans la classe!

La leçon se donne exclusivement en français, alors que la plupart des étudiants ne le comprennent pas. Qu’à cela ne tienne, ils devront apprendre. Ils seront ici du lundi au vendredi durant huit semaines.

Tout passe par la langue, explique Nicoleta Caraulan, coordonnatrice au Service d’accueil et de formation en immigration du Roussillon (SAFIR), qui a inscrit les nouveaux étudiants. En fait, avec son équipe, elle s’occupe de combler à peu près tous leurs besoins.

Si je ne connais pas la langue, insiste-t-elle, ça va être impossible ou très difficile de m’intégrer dans cette société.

La maîtrise du français sera effectivement un atout pour ceux qui souhaitent trouver un emploi. Le ministre du Travail, de l'Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, indique que 522 entreprises ont exprimé le souhait sur le site Emploi Québec d'embaucher des ressortissants ukrainiens.

Il y a énormément d'empathie, croit-il. On connaît l'environnement ukrainien, les chocs causés par la guerre, par l'invasion russe, et il y a une volonté d'aider.

Une nouvelle famille

Parmi le groupe, Olha Kozlovzka et sa fille de 27 ans, Anastasiia Edelman, sont arrivées d’Ukraine il y a 12 jours à peine. Les deux femmes ont quitté Kiev au troisième jour de la guerre. Elles sont restées près d’une semaine dans l’ouest de l’Ukraine, avant de traverser la frontière polonaise à pied.

On a marché toute la nuit, il faisait froid, raconte Anastasiia. On se regardait ma mère et moi en se disant : "Est-ce qu’on va survivre?"

Notre histoire n’est pas tragique, ajoute-t-elle. Certains sont restés dans le métro pendant des semaines sans nourriture. On nous a dit que des voisins qui sont restés ont été blessés ou pire.

On est bien finalement, après deux mois de stress, confie Olha. Je suis reconnaissante envers tous ceux qui nous aident.

Quatre personnes sont assises sur un divan. Deux d'entre elles regardent leur téléphone intelligent.

Anastasiia Edelman, Anne-Marie Langelier, Normand Thérien et Olha Kozlovzka communiquent beaucoup grâce à des applications de traduction.

Photo : Radio-Canada

À leur sortie de classe, Normand Thérien et Anne-Marie Langelier les attendent pour les ramener à la maison. Ce couple de retraités habite Léry, à l’ouest de Montréal. Ils ont choisi d’accueillir les deux Ukrainiennes chez eux.

Ça se passe très bien, explique Normand.

Elles sont, ajoute Anne-Marie, avant de prendre une pause, la gorge nouée par l’émotion, elles sont exceptionnelles.

Ils ont réaménagé les chambres qui appartenaient autrefois à leurs enfants pour accommoder leurs nouvelles colocataires.

Le premier jour, Anastasiia, je l'ai forcée à aller se coucher parce qu'elle voulait déjà que je regarde son C. V., confie Anne-Marie. La plus jeune travaillait en production vidéo, alors que sa mère, Olha, était jusqu'ici professeure de philologie à l'université.

Moi, je suis convaincue que les deux vont se trouver un travail à la hauteur de leurs compétences, ajoute Anne-Marie.

Retrouver une certaine normalité

Depuis le début de la guerre, 200 000 Ukrainiens ont déposé des demandes de visa pour venir au Canada; 91 000 ont été acceptées. Quelques centaines d'entre eux seraient venus s'installer au Québec. Ils doivent maintenant apprendre le français et se trouver un emploi. Le reportage de Sébastien Desrosiers.

À quelques kilomètres, à la clinique dentaire Natalie Socqué, une nouvelle venue vient justement d’intégrer l’équipe. Moins d’un mois après son arrivée, Victoriia Gabal a déjà trouvé du boulot en tant qu’hygiéniste.

J’étais dentiste depuis 15 ans en Ukraine, raconte-t-elle. Je traitais même des patients à Kiev quand mon mari m’a appelé, le 23 février.

La veille des premiers bombardements, il voulait partir. Avec leurs deux enfants, des jumeaux de 4 ans, le couple a pris la route. Victoriia n’est finalement jamais rentrée chez elle.

Et elle ne compte pas le faire de sitôt.

Pour être honnête, dans mon cœur, mon pays, c'est l'Ukraine, explique-t-elle, les yeux rougis. Mais on sait qu'on a un voisin fou. Je pense que c'est impossible d'y retourner.

La famille est également hébergée par un couple de Québécois. C’est comme s’ils faisaient déjà partie de la famille, dit Barbara Pagé. Elle et son mari Wayne dorment au sous-sol pour leur laisser de l’espace.

Alors que Victoriia travaille, les jumeaux vont à la garderie et son mari, Maksym, assiste aux cours de francisation tous les jours de la semaine, dans la même classe qu’Anastasiia et Olha.

Repartir à zéro n’est pas chose facile, mais avec un peu d’aide, ils comptent bien y arriver.

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