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Sur l’île de Vancouver, les abeilles attendent encore le printemps

Une abeille survole un champ de fleur.

Le printemps inhabituellement froid et humide que traverse la Colombie-Britannique n’est pas sans conséquence sur le cycle naturel des abeilles.

Photo : Radio-Canada / François Macone

Le printemps inhabituellement froid et humide que traverse la Colombie britannique n’est pas sans conséquence sur le cycle des abeilles. Les timides éclosions des fleurs et des bourgeons retardent la récolte du nectar et le processus de pollinisation. Une situation inédite qui préoccupe les apiculteurs de l'île de Vancouver.

D'habitude, à la fête des Mères, tout s’active. Mais je peux vous dire que nous n'avons actuellement aucun essaim, confie Moufida Holubeshen, apicultrice à Nanaimo.

Avec son mari, ils possèdent 4 ruches, qui peuvent compter jusqu'à 60 000 abeilles chacune et produire en moyenne 40 kilos de miel. Mais Madame Holubeshen s’attend cette année à une production plus faible qu'à la normale.

En cause, la fraîcheur du printemps et l'arrivée tardive des bourgeons et des fleurs, mais aussi les précipitations qui lavent le peu de pollen présent actuellement dans la végétation.

Ces conditions empêchent les abeilles de butiner, ce qui met en péril la production de miel de fleur et la pollinisation des végétaux, dont les cultures vivrières.

Normalement, à cette période, les reines s'accouplent et divisent leur essaim en amenant 60 % des abeilles avec elles, et les ruches sont en pleine croissance, poursuit Moufida Holubeshen. Mais pour cela il faut du beau temps, et cette année les reines n’ont pas eu l’occasion de s’accoupler.

Généralement, sur l'île de Vancouver, les abeilles sortent début avril, et commencent à récolter le pollen et le nectar des fleurs qui s'ouvrent à cette époque. Avec le temps froid, tout est retardé, se désole, Bill Fosdick, président de l'association des apiculteurs de la région de la capitale.

Selon Bill Fosdick, il faut que la température se maintienne entre 13 et 15 °C pour que les abeilles sortent de leur ruche au printemps, notamment la reine, qui s'envole pour rencontrer ses prétendants.

Autrement, pour compenser le manque de pollen et de nectar, les abeilles entament les réserves de nourriture emmagasinées durant l'hiver. Mais ces dernières s'épuisent.

Pour survivre, les abeilles mielleuses peuvent heureusement compter sur les bons soins des apiculteurs, qui leur offrent des substituts d’aliments.

Il s'agit principalement de pâte de pollen et de sirop à base de sucre et d’eau, explique Moufida Holubeshen. On peut les nourrir comme ceci indéfiniment, mais dans ce cas on n’obtient pas de miel de fleur. Ce n‘est pas le but .

«Compression» des saisons

Cela me préoccupe un peu, confie Moufida Holubeshen. Déjà en 2020, le printemps a été tardif, et en Colombie-Britannique nous voyons des records de température brisés, dont certains remontent à 70 ans, donc c’est une grande anomalie.

Une inquiétude que partage Bill Fosdick : Nous voyons une compression des saisons, dit-il. On se dirige vers deux extrêmes. Un hiver et un été long, avec très peu de ponts entre les deux, et cela est très frustrant pour les apiculteurs .

Bill Fosdick rappelle que les abeilles sont plus ou moins endormies durant les mois d’hiver, mais ont besoin de s’activer au printemps, pour se nourrir, assurer leur reproduction et leur rôle essentiel dans les écosystèmes.

Il indique que les changements climatiques ont des conséquences différentes selon leur intensité et les régions de la province.

Lors de la vague de chaleur [l'été dernier], dans la région de l'intérieur, les ruches ont littéralement fondu, et la cire chaude a tué les abeilles, relate Bill Fosdick. D’un autre côté, sur l'île de Vancouver, elles ont profité du redoux et la production de miel a augmenté.

La menace du varroa perdure

Toutefois, selon Bill Fosdick, le varroa demeure la principale menace pour les abeilles.

Ce parasite, une mite d’un rouge brunâtre, s’est répandu à travers le monde, à l'exception de l'Australie et de l’Antarctique. Au Canada, il a fait son apparition dans toutes les provinces, sauf à Terre‑Neuve‑et‑Labrador.

Il se nourrit des abeilles mellifères en perçant leur cuticule et en maintenant la plaie ouverte avec ses mâchoires latérales.

Cela affaiblit l’abeille et lui transmet des virus qui, sans traitement, peuvent anéantir des colonies entières d’abeilles en l’espace d’un an, explique Moufida Holubeshen.

Les apiculteurs utilisent depuis quelques années des traitements durant l’hiver dont certains, comme l'acide oxalique, sont biodégradables.

Mais ils doivent être constamment au chevet de leurs ruches, souligne M. Fosdick, car en fonction du dosage ces produits peuvent être létaux pour les abeilles.

C'est comme le traitement du cancer. Vous voulez tuer les cellules cancéreuses, mais pas le patient, poursuit Bill Fosdick, qui indique que les apiculteurs placent beaucoup d'espoir dans le développement de nouveaux traitements à base de produits naturels.

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