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Féminicides : des femmes tirent de nouveau la sonnette d’alarme

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Plusieurs organismes appréhendent un regain de la violence conjugale avec le déconfinement (archives).

Photo : Radio-Canada

Perrine Bullant

La mort d’une Gaspésienne jeudi dernier, poignardée par son conjoint, constitue le cinquième féminicide depuis le début de l’année, le troisième dans le dernier mois.

Depuis le début du mois d’avril, on compte trois féminicides. C’est trois féminicides de trop, s’insurge Maud Pontel, coordonnatrice générale de l’Alliance des maisons d’hébergement de 2e étape pour les femmes et enfants victimes de violence conjugale (Alliance MH2).

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Maud Pontel, coordonnatrice de l’Alliance des maisons d’hébergement de 2e étape, observe une augmentation des féminicides à chaque déconfinement (archives).

Photo : Radio-Canada / Franca G. Mignacca

D’après elle, l’amorce du déconfinement participe à un regain de la violence conjugale. À chaque vague de déconfinement, il y a eu une augmentation des féminicides, donc on peut faire le lien entre le déconfinement et les risques de passage à l’acte et donc de féminicides, observe-t-elle.

Nancy Gough appréhende elle aussi le déconfinement comme une période charnière. La co-porte-parole de l’Alliance gaspésienne d'aide et d'hébergement de la Gaspésie et directrice de la maison d’aide et d’hébergement L’Émergence, dans la Baie-des-Chaleurs, s'attend à une augmentation des demandes d'aide et à des violences physiques plus graves.

Elle explique que la crise sanitaire, avec le confinement, est venue rendre les femmes plus susceptibles de subir des violences conjugales.

Lorsqu’un déconfinement est annoncé, où il y a une reprise d’activités, les femmes reprennent contact avec leurs proches, avec leurs amis, avec des ressources dans la communauté. Pour le conjoint, ça peut être vécu comme une perte de contrôle, avance-t-elle.

Sortir de la violence qui isole

Ça peut prendre du temps pour qu’une femme réalise qu’elle se trouve dans une relation toxique, problématique, et qu’elle est en danger, rappelle Maud Pontel, d’Alliance MH2. Détecter des violences conjugales peut être extrêmement difficile, dit-elle.

« Même les victimes ne sont parfois pas en mesure d'identifier qu’elles sont dans une dynamique de violence conjugale. »

— Une citation de  Maud Pontel, coordonnatrice générale de l’Alliance des maisons d’hébergement de 2e étape

Plusieurs intervenantes lancent un appel aux victimes, et à leur entourage, leur demandant de veiller à toujours préserver leur sécurité.

Elles font valoir que les victimes de violences conjugales n’osent souvent pas parler et peuvent ressentir de la culpabilité. Les femmes ont le sentiment parfois à cause du cycle de la violence qu'elles sont responsables de la violence qu’elles vivent, précise Maud Pontel.

Le silence peut parfois faire partie des stratégies mises en place par la victime pour préserver sa sécurité ou celle de ses enfants. Cette femme-là, peut-être qu’elle s’est fait dire "si tu me quittes, je te tue, je tue les enfants", donc les femmes sont dans des stratégies de survie, résume l'intervenante.

Même si ces stratégies sont parfois incomprises par les proches, il est primordial de tendre la main à ces femmes, sans porter de jugement et demander à la victime comment elle se sent et si elle se sent en danger.

La coordonnatrice générale de l’Alliance ajoute également qu’au besoin il ne faut jamais hésiter à joindre SOS violences conjugales, la ligne d’urgence au Québec.

Contacter SOS violences conjugales

  • Par téléphone : 1 800 363-9010
  • Par texto : 438 601 1211
  • Par courriel : sos@sosviolenceconjugale.ca

Tendre l’oreille et la main aux victimes

La séparation est vraiment le moment le plus dangereux pour les victimes de violence conjugale, avertit Maud Pontel. Elle explique que c’est à ce moment que l’agresseur va perdre son pouvoir sur la victime et que l’on peut observer une augmentation de la violence.

« Il y a des gens qui se disent que ce n’est pas de leurs affaires. Au contraire! La violence conjugale, c’est une problématique d’ordre social et ça nous concerne tous quand une femme meurt et que des enfants deviennent orphelins »

— Une citation de  Maud Pontel, coordonnatrice générale de l’Alliance des maisons d’hébergement de 2e étape

Depuis le début de la pandémie, 28 femmes ont été assassinées dans un contexte de violence conjugale au Québec. La moitié de ces féminicides ont eu lieu dans un contexte de violence conjugale post-séparation.

Repenser la solution

Nathalie Babin, coordonnatrice au centre de femmes Centr'Elles comité d'action des femmes d'Avignon, lance aussi un appel à la responsabilisation des hommes.

Il y a des organismes pour vous aussi. Il ne faut pas rester avec cette angoisse-là, cette colère-là, cette agressivité-là, il faut faire sortir ça, mais de la bonne façon, conseille-t-elle.

« Si ça ne va pas, si vous sentez que vous avez une agressivité en vous, qu’il y a quelque chose qui ne fonctionne pas, consultez! »

— Une citation de  Nathalie Babin, coordonnatrice au centre de femmes Centr'Elles comité d'action des femmes d'Avignon
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Nathalie Babin, coordonnatrice au centre de femmes Centr'Elles d'Avignon, invite les hommes à aller chercher de l'aide (archives).

Photo : Radio-Canada

Au Québec, le système s’améliore pour permettre aux victimes de violence conjugale et d’agression sexuelle d’être mieux accompagnées dans le processus sociojudiciaire de dénonciation.

En décembre 2020, un comité d'experts sur l'accompagnement des personnes victimes d'agressions sexuelles et de violence conjugale a rendu un rapport intitulé Rebâtir la confiance, qui compte 197 recommandations.

Il y a énormément de choses à mettre en place, mais il y a un processus accéléré du gouvernement pour mettre ces recommandations en place, reconnaît Maud Pontel, de l'Alliance MH2.

Une loi visant la création d'un tribunal spécialisé en matière de violence sexuelle et de violence conjugale a notamment été adoptée à l'unanimité par l'Assemblée nationale le 26 novembre 2021.

Avec les informations de Kim Bergeron et Michel-Félix Tremblay

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