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Au tour de la seconde plaignante de confronter Jacob Hoggard qu’elle accuse de viol

Le chanteur est inculpé pour contacts sexuels inappropriés et agression avec blessures contre deux femmes.

Un homme sur une scène, il tient un micro et on le voit qui chante.

Jacob Hoggard, du groupe Hedley, est accusé de viol par deux femmes. (Archives)

Photo : Reuters / © Fred Thornhill / Reuters

Une seconde plaignante a soutenu mardi au procès de Jacob Hoggard que le chanteur l'avait violée dans un hôtel de Toronto en novembre 2016 alors qu'il était convenu qu'ils auraient des relations sexuelles. L'artiste de 37 ans est accusé de contacts sexuels inappropriés à l'égard d'une mineure et d'agression sexuelle ayant causé des blessures contre la même adolescente et une adulte.

La femme de 29 ans, qu'on ne peut identifier, affirme qu'elle a reconnu sur l'application Tinder Jacob Hoggard, qui utilisait le pseudonyme Blaine à l'époque plutôt que son nom réel.

Elle explique que le chanteur lui avait alors prouvé son identité en lui envoyant une photo sur Snapchat et qu'il ne s'agissait pas d'un faux compte.

Ils se verront par coïncidence quelques jours après lors de l'événement caritatif We Day à Ottawa auquel participe le groupe Hedley.

Justin Trudeau s'y trouvait également, dit-elle en soulignant qu'elle y était bénévole et que sa tâche consistait à conduire des enfants au spectacle.

Jacob Hoggard au tribunal.

Jacob Hoggard à l'entrée du palais de justice de Toronto le 9 mai 2022.

Photo : Radio-Canada / Allie Elwell

Elle affirme qu'il lui avait demandé de rester avec lui à la fin de l'événement, mais qu'elle a décliné son offre. Elle ajoute qu'il lui a alors envoyé un message texte ce soir-là pour lui dire qu'il avait très hâte de la revoir.

Attention : ce texte pourrait choquer certains lecteurs.

Les deux adultes entament alors des échanges en ligne et s'échangent volontiers photographies et messages textes à caractère sexuel.

Il m'a envoyé une vidéo de lui en train de se masturber, se souvient-elle à la barre du procès qui est retransmis sur Zoom.

Départ pour Toronto

La plaignante affirme qu'il lui a alors payé un billet de train pour lui rendre visite le 22 novembre 2016 à Toronto, où ils avaient convenu au préalable d'avoir des relations sexuelles.

J'étais nerveuse en descendant à l'hôtel, se rappelle-t-elle après avoir pris le train à l'aube à Ottawa, où elle vivait en appartement.

On s'est à peine dit bonjour dans l'ascenseur et il m'appelait "Baby" même s'il connaissait mon nom, dit-elle.

Elle souligne que la chambre du chanteur n'était pas prête, si bien qu'elle l'a rencontré dans une autre chambre. Il m'a plaquée contre le mur pour m'embrasser sans avertissement, poursuit-elle.

Une illustration judiciaire.

La procureure de la Couronne, Jill Witkin, interroge à la barre des témoins la plaignante numéro deux.

Photo : La Presse canadienne / Alexandra Newbould

Elle affirme qu'il était intoxiqué par une drogue, une ordonnance liquide dont elle dit avoir vu la bouteille sur le lit de la chambre. J'étais mal à l'aise, confie-t-elle.

J'ai repoussé ses avances de tout mon corps et je lui ai dit que je l'avais trouvé grossier, assure-t-elle.

La femme déclare qu'elle a été très surprise de son comportement, qui n'avait rien à voir avec celui de l'homme flatteur avec qui elle communiquait sur les médias sociaux.

Elle précise qu'ils sont restés dans la chambre durant environ une heure en attendant que la seconde soit prête. On voyait qu'il était drogué dans son regard et son élocution, dit-elle.

L'agression alléguée

Elle ajoute que le chanteur lui a demandé d'attendre et de marcher derrière lui lorsqu'ils se sont dirigés vers l'autre chambre, parce qu'il craignait d'être aperçu en sa compagnie.

Il a alors pris mon téléphone en entrant dans la chambre et l'a mis dans le tiroir de la table de chevet, dit-elle, parce que les filles avaient pris l'habitude de le prendre en photo.

Elle raconte alors, l'émotion dans la voix et en prenant une longue pause, que le chanteur l'a aussitôt jetée sur le lit et qu'il l'a violée à répétition, en la pénétrant d'abord de façon anale, puis buccale et vaginale.

Il enfonçait ma tête dans le lit, il immobilisait mes bras avec ses genoux, son regard était sordide, poursuit-elle. Elle ajoute qu'elle pleurait et qu'elle lui demandait d'arrêter.

Une illustration de la procureure de la Couronne, Jill Witkin, à son bureau.

La procureure de la Couronne, Jill Witkin

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

Il me frappait à la tête, me crachait dans la bouche et me traitait de truie en imitant le grognement du cochon et m'ordonnait d'être sage, se rappelle-t-elle.

La plaignante ajoute qu'il l'a même étranglée pendant qu'il la pénétrait, parce qu'elle pouvait voir son reflet au-dessus du lit. Il a relâché ses mains sur ma nuque lorsqu'il a senti que j'allais m'évanouir, souligne-t-elle.

Elle se rappelle enfin qu'il l'a traînée par les jambes vers la salle de bain pour uriner sur elle. Il m'a demandé d'en faire autant sur lui mais j'ai refusé, précise-t-elle.

Une illustration judiciaire.

La procureure Jill Witkin interroge la plaignante numéro deux lors de l'enquête préliminaire devant la juge Mara Green de la Cour de justice de l'Ontario en 2019. Jacob Hoggard avait remercié les services de son premier avocat à l'époque.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

Elle affirme qu'elle a été agressée à plusieurs reprises pendant près de 4 heures entre les deux ou trois fois où il a pris sa douche. C'est à ce moment-là qu'elle a remarqué qu'elle saignait de ses parties intimes.

Elle soutient qu'était terrifiée et se consolait à l'idée que tout soit terminé lorsqu'elle retournerait prendre son train pour Ottawa. Il était fou et il agissait comme un psychopathe, dit-elle.

Départ de l'hôtel

La femme souligne qu'elle a quitté l'hôtel en taxi et qu'elle est allée dans un restaurant-minute près de la gare Union en attendant le train.

J'ai appelé ma meilleure amie, j'étais gênée et j'ai tenté de lui expliquer ce qui était arrivé, mais elle était en retard pour aller à l'université, précise-t-elle.

Elle affirme que Jacob Hoggard lui a envoyé un message texte dans lequel il écrivait qu'il avait hâte de la revoir et qu'il avait eu du bon temps.

En rentrant à son appartement vers minuit cette nuit-là, elle explique qu'elle s'est douchée avant de prendre un long bain et que son amie et sa colocataire l'ont rejointe chez elle et qu'elle leur a tout raconté.

J'étais endolorie, je saignais toujours, mon coccyx me faisait mal, j'avais des bleus sur les jambes, dit-elle.

Une illustration judiciaire.

L'avocate de la défense, Megan Savard, contre-interroge à la barre la plaignante numéro deux.

Photo : La Presse canadienne / Alexandra Newbould

Elle déclare qu'elle lui a envoyé un message texte le lendemain pour lui dire qu'il l'avait violée et qu'elle s'attendait à des excuses de sa part, mais qu'il ne l'a pas fait.

Elle souligne qu'elle est allée voir un médecin 5 ou 6 jours plus tard et qu'elle n'est pas retournée à l'université entre-temps.

La plaignante explique qu'elle n'est pas allée voir la police, parce qu'elle avait consenti à aller le voir pour avoir une relation sexuelle. Je pensais que personne ne croirait de toute façon et qu'il serait difficile de prouver quoi que ce soit, conclut-elle.

Contre-interrogatoire

L'avocate de Jacob Hoggard, Megan Savard, se questionne toutefois sur le comportement de la femme durant toute cette épreuve.

Me Savard rappelle par exemple que la femme n'a pas appelé le 911 de son cellulaire ou du téléphone de la chambre et qu'elle n'est pas sortie de la chambre lorsque le chanteur est parti se doucher au moins deux fois, lorsqu'il a pris un appel sur le balcon ou lorsqu'il a commandé un repas à l'étage.

Vous ne pouvez quitter une chambre lorsque vous êtes en train de vous faire violer, rétorque la plaignante.

La femme admet d'ailleurs que le chanteur ne lui a jamais interdit de quitter la chambre et qu'il a bien appelé un taxi lorsque tout était terminé.

Une illustration judiciaire du procès.

Le chanteur Jacob Hoggard plaide non coupable de trois accusations de nature sexuelle à l'ouverture du procès le 4 mai 2022.

Photo : La Presse canadienne / Alexandra Newbould

Elle refuse en revanche les allégations de la défense selon lesquelles elle est même restée dans la chambre à regarder un film avec lui. J'étais assise sur le lit, le regard dans le vide, explique-t-elle.

Me Savard laisse en outre entendre que la femme n'avait pas compris au préalable que son client s'intéressait à des rapports sexuels brutaux et qu'elle avait mal compris dans leurs communications ses intentions à ce sujet.

L'avocate lui remémore qu'elle était même confuse au téléphone ce soir-là lorsqu'elle a appelé B. en attendant le train du retour.

Vous ne lui avez pas dit que vous aviez été violée et qu'il avait dépassé les bornes, l'accuse-t-elle. La femme réplique qu'elle était encore trop sous le choc pour penser à ce qui venait de lui arriver.

La défense a en outre relevé des contradictions dans le témoignage de la plaignante par rapport à ce qu'elle avait raconté à la police au printemps 2018 ou à l'enquête préliminaire à l'été 2019.

Le contre-interrogatoire se poursuit mercredi.

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