•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Analyse

Premier débat des chefs : des étincelles, mais pas de grand gagnant

Les chefs ontariens ont eu plusieurs prises de bec, mais est-ce assez pour que ce soit un moment décisif de la campagne?

Le chef progressiste-conservateur Doug Ford s'en prend à son vis-à-vis libéral au cours du débat des chefs à North Bay.

Le libéral Steven Del Duca a subi les attaques des chefs conservateur et néo-démocrate, qui ont rappelé qu'il était ministre dans le gouvernement libéral de Kathleen Wynne.

Photo : La Presse canadienne / Gino Donato

Qui a remporté le premier duel des chefs qui s'est déroulé mardi à North Bay? Probablement personne.

Peut-être Doug Ford, mais seulement parce qu'il n'a pas fait de gaffe.

Soyons francs : la plupart des Ontariens n’ont pas vraiment porté attention à la campagne jusqu’ici. Le Nord de l’Ontario, où le débat était organisé, ne compte qu’une poignée de circonscriptions provinciales. Ce n’est pas là que l’élection va se jouer.

Mais il y avait un risque pour M. Ford, durant ce tête-à-tête, que les autres chefs ont tenté d’exploiter.

M. Ford ne manie pas l’art de la rhétorique. Il s’enfarge en lisant ses notes préparées. Et lorsqu'il improvise, ses stratèges retiennent leur souffle parce que le chef est un électron libre.

Lors de la dernière campagne, M. Ford avait tiré à boulets rouges sur ses adversaires dans les débats, et pas toujours de manière élégante. Ses commentaires incisifs sur le joli sourire de Kathleen Wynne avaient fait sourciller.

Quatre ans plus tard, M. Ford a un bilan à défendre et une nouvelle image à maintenir. Il est favori dans les sondages et sa campagne est adaptée en conséquence : ses points de presse sont courts et peu nombreux. Pas surprenant qu'il soit parti après le débat, alors que ses adversaires répondaient aux questions des médias.

Durant les échanges, le chef progressiste-conservateur est resté calme la plupart du temps. Lorsque les autres chefs s’attaquaient entre eux, il s’effaçait complètement (et fermait même parfois les yeux!). Il s’en est tenu à ses slogans et à ses messages clés sur son budget.

Des phrases simples, du genre : Nous n'avons pas besoin de plus d’impôts, nous avons besoin de plus de gens qui paient de l’impôt. Les autres leaders l’ont écorché tout de même, mais auraient pu mieux profiter du fait qu'il ne semblait pas maîtriser tous ses dossiers en profondeur. Il lisait certaines de ses réponses mot pour mot.

Del Duca s'impose

Le ton est monté entre M. Ford et le chef libéral Steven Del Duca à quelques reprises. M. Del Duca a par exemple accusé Doug Ford, chiffres à l’appui, d’induire les Ontariens en erreur en disant avoir créé plus d’emplois dans le secteur manufacturier. M. Ford a répliqué en soulevant le manque de préparation pour la pandémie du gouvernement libéral précédent.

La cheffe du NPD, Andrea Horwath, a peiné à s’imposer entre les deux. D’ailleurs, Steven Del Duca lui a accordé peu d’attention, préférant tirer uniquement sur Doug Ford, visiblement pour tenter de s’imposer comme son unique et véritable adversaire.

Le chef libéral Steven Del Duca fait une déclaration lors du débat des chefs à North Bay.

Le chef libéral Steven Del Duca lors du débat des chefs à North Bay.

Photo : La Presse canadienne / Gino Donato

Mme Horwath s’est montrée empathique et s'est souvent adressée directement aux gens du Nord. Le NPD détenait la majorité des sièges du Nord et certains sont dans la mire des autres partis.

M. Del Duca a tenté tant bien que mal de se départir de l’héritage de Mme Wynne, en présentant son parti comme un nouveau parti libéral. Doug Ford l’a accusé de n’être préoccupé que par le vote urbain.

Récemment, Steven Del Duca s’est départi de ses grosses lunettes noires pour tenter d’adoucir son image. Durant le débat, ses niveaux d’énergie ont fluctué. Son sourire était affable, ses arguments somme toute bien ficelés. Difficile de dire ce qu’en penseront les électeurs qui le découvrent pour la première fois.

L'étoile du match

L’étoile du match, s’il y en a une, revient au chef des verts, Mike Schreiner. Comme Steven Del Duca, c’était son premier débat : il est devenu le premier député vert de l’histoire de l’Ontario, en 2018. C’est le seul qui a parlé d'environnement, dans des termes tranchés et simples à comprendre. Une occasion manquée pour les autres chefs, d’ailleurs.

M. Schreiner est probablement le meilleur orateur du lot. Sa maîtrise d’autres enjeux complexes, comme l’économie, la santé, et en particulier le logement, pourrait aider à combattre la perception que le Parti vert est une formation à enjeu unique. Il n’a pas hésité à poser des questions pointues à M. Ford, tactique que ses autres adversaires n’ont pas employée.

Le chef du Parti vert, Mike Schreiner, répond à une question lors du débat des chefs à North Bay.

Le chef du Parti vert, Mike Schreiner.

Photo : La Presse canadienne / Gino Donato

Le fait français

Il n’est pas surprenant que les enjeux francophones aient été complètement oubliés de ce débat, et ce, même si beaucoup de Franco-Ontariens vivent dans le Nord. On parle tout de même de quatre chefs unilingues anglophones, une première depuis des décennies en Ontario.

Mme Horwath est la seule à avoir prononcé un mot de français : un maigre merci, à la fin de son discours. Le NPD détient des sièges où vivent beaucoup de Franco-Ontariens.

Si MM. Ford et Schreiner n’ont jamais porté énormément d’attention aux francophones, l’oubli est révélateur chez Steven Del Duca, parce que c’est un contraste clair avec ses prédécesseurs. Kathleen Wynne et Dalton McGuinty parlaient français et soulignaient l'importance de protéger le fait français en Ontario.

Le prochain débat est prévu lundi soir à l’antenne de TVO et sera diffusé sur les grandes chaînes. L'événement pourrait retenir davantage l’attention si les adversaires de M. Ford trouvent le moyen de mieux le déstabiliser.

Pour gagner, Andrea Horwath et Steven Del Duca doivent aussi convaincre suffisamment d’Ontariens qu’un vent de changement est nécessaire en Ontario.

Un défi de taille, si l'on en croit les historiens.

Le dernier premier ministre ontarien à se faire montrer la porte après un seul mandat est Bob Rae, en 1995. Avant cela : Ernest Drury, des Fermiers unis de l'Ontario… en 1923.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !