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Cinq ans après, la fermeture de la STC se fait toujours sentir à Gravelbourg

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La Saskatchewan Transport Company (STC) avait une clientèle en baisse, mais ses services étaient encore utilisés, notamment par les personnes à faible revenu, les personnes handicapées et les personnes âgées. (archives)

Photo : CBC News

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En mai 2017, la Saskatchewan Transport Company (STC) a fermé ses portes à la suite de compressions budgétaires du gouvernement provincial. Cinq ans plus tard, cette perte se fait toujours sentir à Gravelbourg.

Les Fransaskois, en particulier ceux de Gravelbourg, se souviennent du 31 mai 2017.

Pour John Hamon et sa famille, la perte de la STC a été un dur coup. La STC offrait ce service-là pour les communautés qui n’avaient plus accès au train, dit-il. Ça m’a fait beaucoup de peine lorsque ça a fermé, car à l’époque, c’est mon frère qui tenait le garage pour les dépôts de la compagnie. Les passagers qui descendaient des autobus, on les accueillait. Ils faisaient partie de notre entourage. Normalement, j’adhère aux idées du Parti Saskatchewanais, mais celle-là, je ne suis pas d’accord.

De son côté, le président de Vitalité 55+, Michel Vézina, s’est senti totalement abandonné par le gouvernement provincial. Cette fermeture a eu un impact sur la qualité de vie de nos aînés, sur la démographie. Plusieurs ont quitté le village en raison de l’arrêt de ce service, se souvient-il.

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Michel Vézina, président de Vitalité 55+ Saskatchewan. (archives)

Photo : Radio-Canada

Il explique que cela a aussi eu un impact sur l’environnement, puisque les gens doivent désormais se déplacer en voiture.

« Il faudrait une vision globale, ce que le gouvernement actuel n’a pas. »

— Une citation de  Michel Vézina, président de Vitalité 55+ et résident de Gravelbourg

La communauté se dote d'une navette

Un an après la fermeture de la STC, les citoyennes Linda Roberts et Lynn Holmes ont lancé une pétition dans Gravelbourg afin d’offrir un service de navette.

La question était toute simple, se souvient Mme Roberts : S'il y avait un service de navette pour vous permettre de vous rendre à vos rendez-vous médicaux dans les grands centres, l’utiliseriez-vous?

En moins de deux heures, une centaine de personnes avaient déjà répondu oui. Le service de navette privée, le Gravelbourg Cares Shuttle Service, venait de naître.

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Depuis son existence, les activités de la navette médicale Gravelbourg cares ont aidé plus de 300 personnes. (archives)

Photo : Facebook

Le gouvernement n’a offert aucun financement aux cofondatrices. C’est un service bénévole, financé par des subventions locales et des organismes communautaires. La province nous a offert zéro financement, seulement un mot pour nous féliciter de notre débrouillardise, explique Jean Hébert, résident de Gravelbourg et bénévole.

Nous sommes fiers du succès obtenu, de l’aide et du financement reçu par la communauté, ajoute Linda Roberts. Nous aimerions bien sûr que le gouvernement nous finance. Nous nous sommes sentis totalement ignorés par lui.

« Cinq ans plus tard, quand j’y repense, oui je trouve ça triste. »

— Une citation de  Linda Roberts, résidente de Gravelbourg et cofondatrice du Gravelbourg Cares Shuttle Service Inc.

Pour Michel Vézina, le service de navette est utile, mais a aussi ses limites. Oui, à Gravelbourg, nous avons notre service de navette privée tenu par des bénévoles. Mais il est tellement en demande que parfois il faut réserver trois semaines d’avance! De plus, il faut trouver des bénévoles. De nos jours, les bénévoles restent en moyenne quelques années, pas toute leur vie. Il faut considérer cela, souligne-t-il.

Depuis son existence, ce service de navette a desservi 300 personnes dans un village denviron 1000 âmes.

Impact sur la santé de la population

En 2019, le doctorant à l’Université de la Saskatchewan, Jacob Alhassan, a mené une étude sur l’impact des transports sur la santé de la population. Sur un échantillon de 150 répondants, la majorité a affirmé avoir ressenti une perte de liberté, une fracture de leur cellule familiale et un sentiment d’abandon lors de la fermeture de la STC.

Des vies ont complètement été changées. Cela a eu un impact sur les vies individuelles. Un des répondants a aussi affirmé que cette fermeture, c’était comme si on lui avait coupé les deux jambes, souligne le doctorant.

Toujours selon son étude, la fin de la STC a eu un impact sur la santé mentale des Saskatchewanais. Être éloignés de leurs familles a augmenté leur sentiment d’isolement et leur niveau de stress.

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Le doctorant de l'Université de la Saskatchewan, Jacob Alhassan, a fait sa thèse sur l'impact des transports en commun dans la vie des Saskatchewanais.

Photo : Radio-Canada / Geneviève Patterson

Selon lui, cette fermeture relève de la négligence du gouvernement envers le secteur public. Elle a aussi eu un impact sur les villages plus éloignés et les communautés autochtones. De plus, certaines nouvelles compagnies ne sont pas accessibles pour les personnes à mobilité réduite. Et qui dit compagnies privées, dit besoin d’argent, constate-t-il.

La perte du service de transport a aussi eu un impact sur les pharmacies. Les prescriptions arrivent en retard, ce qui nuit à la santé globale. Le gouvernement voulait sauver de l’argent – 85 millions de dollars sur cinq ans. Mais dans les faits, il en perd davantage. Cinq ans plus tard, c’est toujours aussi difficile d’obtenir des médicaments à temps et ça coûte plus cher, ajoute Jacob Alhassan.

Comme piste de solutions, Jacob Alhassan encourage les communautés à unir leurs voix et à travailler ensemble. Il souhaite que le gouvernement leur donne l’espace qui leur revient et qu'on réponde à leurs besoins.

« La STC était dans la vie des Saskatchewanais depuis plus de 70 ans. Sa place était considérable et significative. »

— Une citation de  Dr. Jacob Alhassan, doctorant et chercheur de l’Université de la Saskatchewan

Fondé en 1946 avec le mandat de fournir des services entre les grands centres urbains et le plus grand nombre possible de régions rurales, la STC était une filiale en propriété exclusive de la Crown Investments Corporation of Saskatchewan.

Elle offrait aussi un service de livraison de colis et d’équipement vers les régions rurales et un service de ramassage et de livraison à domicile dans les grands centres.

Le gouvernement de la Saskatchewan a annoncé sa fermeture le 22 mars 2017.

Les services de transport de marchandises ont pris fin le 19 mai et les services de transport de passagers, le 31 mai. La STC employait plus de 230 personnes.

Le gouvernement provincial n’a pas donné suite à nos demandes d'entrevue.

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