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Justin Trudeau en Ukraine, un voyage aux multiples enjeux de sécurité

Justin Trudeau serre la main de Volodymyr Zelensky.

Le premier ministre Justin Trudeau a rencontré Volodymyr Zelensky à Kiev, dimanche.

Photo : via reuters / UKRAINIAN PRESIDENTIAL PRESS SER

Radio-Canada

Le premier ministre Justin Trudeau revient d’une visite surprise à Kiev, Irpin et Boutcha – un déplacement où il a rencontré, entre autres, le président Volodymyr Zelensky et annoncé la réouverture de l’ambassade canadienne dans la capitale ukrainienne.

Radio-Canada a parlé à trois experts en sécurité pour mieux comprendre comment ce genre de déplacement éclair, dans une zone à risques, se prépare.

1. Ne pas l’annoncer

C’est peut-être la règle la plus importante, côté sécurité, et celle qui a été suivie par plusieurs chefs d’État et ministres étrangers qui se sont rendus en Ukraine dans les dernières semaines : attendre une fois sur place ou, carrément même, une fois reparti, pour annoncer publiquement un déplacement dans le pays en guerre.

Une visite non annoncée, c’est beaucoup plus facile à gérer qu’une visite annoncée, explique Normand Desrochers, qui a été garde du corps de Jean Charest quand il était premier ministre du Québec.

Quand l’itinéraire du dirigeant est dévoilé à l’avance, ajoute-t-il, le loup solitaire ou l’organisation criminelle – ou dans ce cas-ci, l’armée russe – a beaucoup plus de temps et d’informations à sa disposition pour préparer une éventuelle attaque.

Regardez d’ailleurs ce qui s’est passé avec Antonio Guterres, lance l’ancien commissaire à la GRC Pierre-Yves Bourduas. Le voyage du secrétaire général des Nations unies à la fin d'avril avait été communiqué quelques jours avant son arrivée. Lorsqu’il était à Kiev, les forces russes ont lâché des bombes sur la capitale ukrainienne. Les troupes de Vladimir Poutine ne visaient peut-être pas M. Guterres lui-même, mais il est certain qu’en dévoilant ses intentions d’avance, le secrétaire général devenait une cible plus facile, selon M. Bourduas.

Antonio Guterres entouré de militaires et de personnel.

Le secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, en visite en Ukraine, le 28 avril

Photo : Reuters / GLEB GARANICH

Au contraire, si le déplacement d’un dignitaire étranger dans une zone de guerre est gardé secret jusqu’à la dernière minute, le risque le plus grand devient souvent une attaque aléatoire. Vous êtes au mauvais endroit au mauvais moment, mais vous n’êtes pas nécessairement ciblé directement au départ, explique le garde du corps à la retraite Normand Desrochers.

Dans le cas de Justin Trudeau, sa présence en Ukraine a été rendue publique un peu plus tôt que prévu dimanche matin, quand il a été aperçu à Irpin par des médias locaux qui ont relayé l’information sur Twitter.

On savait que c’était une possibilité, confie une source gouvernementale au fait du dossier, mais au moins il était déjà rendu dans le pays.

2. Moins il y a de participants, mieux c'est

Pour éviter que les détails du voyage ne soient divulgués à l’avance, en général, seulement un petit nombre de personnes est mis dans le coup.

La discrétion est certainement ce qu’il y a de plus important dans ce genre de visite, affirme Gaston Côté, brigadier-général à la retraite.

Plusieurs personnes dans le bureau du premier ministre n’étaient même pas au courant du déplacement avant dimanche.

Au total, en plus de Justin Trudeau, de la vice-première ministre Chrystia Freeland et de la ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly, quatre membres du personnel politique étaient du voyage, ainsi que l’ambassadrice canadienne en Ukraine, confirme une source gouvernementale.

Cette source n’a pas voulu préciser combien d’agents de sécurité ont accompagné la délégation, mais Normand Desrochers explique que l’idée, souvent, c’est de ne pas arriver en trop nombre, justement pour observer la discrétion.

3. Une équipe sur le terrain avant l’arrivée de Justin Trudeau

Avant même que Justin Trudeau ne se rende dans un pays étranger, son bureau envoie normalement une ou plusieurs personnes sur place pour préparer le terrain. Dans le cas d’un déploiement dans une zone à risques, ce genre de travail en amont est normalement réalisé par la GRC ou les Forces armées canadiennes, ou par des membres des deux organisations, expliquent les experts en sécurité.

Justin Trudeau et Volodymyr Zelensky lors d'un point de presse commun en Ukraine.

Justin Trudeau a rouvert l’ambassade canadienne à Kiev lors d’une visite surprise en Ukraine.

Photo : Getty Images / SERGEI SUPINSKY

Avant le départ, on a été en contact avec des équipes ukrainiennes. C’est avec elles qu’on a déterminé les activités sur place, raconte une source gouvernementale bien au courant du dossier.

Le fait d’ailleurs que le Canada ait formé pendant plusieurs années des soldats ukrainiens lui a sans doute permis de développer des contacts fiables au sein des troupes locales, estime le garde du corps à la retraite Normand Desrochers.

Quant à la décision de rencontrer en personne Volodymyr Zelensky, un homme clairement ciblé par Moscou, M. Desrochers estime qu’il y a bien sûr un risque à le faire, mais en même temps, après plus de 70 jours de conflit, force est de constater que sa garde rapprochée lui est fidèle et qu’elle a réussi à le protéger jusqu’à maintenant.

4. La présence de Chrystia Freeland critiquée

Volodymyr Zelensky parle avec Chrystia Freeland, que regardent Justin Trudeau et Mélanie Joly.

Le premier ministre Trudeau rencontre le président ukrainien Volodymyr Zelensky, en compagnie de Chrystia Freeland et de Mélanie Joly.

Photo : via reuters / UKRAINIAN PRESIDENTIAL PRESS SER

Ce qui a été critiqué, toutefois, depuis dimanche soir, c’est la présence de Chrystia Freeland aux côtés de Justin Trudeau.

Le commandant [premier ministre] ne doit jamais voyager avec son commandant adjoint [la vice-première ministre], encore moins dans une zone de guerre [...], a écrit le député conservateur Pierre Paul-Hus sur Twitter.

Plusieurs experts en sécurité ont également exprimé des réserves. Tout d’un coup qu'on aurait à la fois le numéro un et le numéro deux qui seraient frappés soit par une panne d’avion, ou bien le pire des scénarios..., lance le brigadier à la retraite Gaston Côté. Il croit que ce genre d’approche n’est pas recommandé, du point de vue de la sécurité.

En coulisses, une source gouvernementale défend ce choix d’envoyer les deux plus hauts placés du gouvernement dans le même voyage. Toutes les considérations de sécurité ont été prises au sérieux, dit-elle.

Le député néo-démocrate Alexandre Boulerice appuie d'ailleurs le gouvernement fédéral, estimant que c'était un message fort de voir [Justin Trudeau] et Chrystia Freeland en même temps. Ça ne m'inquiète pas, ajoute-t-il.

Au Canada, il n’y a pas, comme aux États-Unis, de règle claire, ni même de précédent, concernant la marche à suivre si jamais le premier ministre est dans l’impossibilité d’exercer ses fonctions. Le Cabinet élabore toutefois régulièrement une liste de succession. Chrystia Freeland figure en tête de ce classement, mais d’autres membres du Conseil des ministres pourraient la suppléer, si elle n’était pas en mesure de le faire.

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