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Épreuve unique de français : des élèves avantagés par le dictionnaire numérique?

Des étudiants de niveau secondaire en examen.

Certains groupes d'élèves ont eu droit à un dictionnaire numérique jugé plus performant, d'autres pas.

Photo : iStock

Les élèves de cinquième secondaire n’ont pas tous passé leur épreuve ministérielle de français dans les mêmes conditions jeudi dernier, au Québec. Si certaines classes n’avaient droit qu’au dictionnaire papier, d’autres pouvaient utiliser un outil numérique jugé « plus performant », a appris Radio-Canada, ce qui soulève des problèmes d’équité aux yeux de certains.

L’outil en question est le dictionnaire numérique Usito, développé par l’Université de Sherbrooke et financé notamment par le gouvernement du Québec.

L’utilisateur qui doute de l’orthographe d’un mot n’a qu’à le taper dans la barre de recherche. Usito fait alors des suggestions en temps réel, propose des synonymes, des mots apparentés et même des tables de conjugaison pour les verbes. L'outil est donc plus rapide et complet qu'un dictionnaire traditionnel.

L’automne dernier, le ministère de l’Éducation a décrété que le dictionnaire numérique pourrait être utilisé lors de l’épreuve unique de français, mais seulement par les élèves l’ayant utilisé régulièrement durant l’année scolaire.

C’est là où le bât blesse : des élèves n’ayant pas été familiarisés avec Usito n’ont donc pas pu s’en prévaloir, jeudi dernier.

Au Centre de services scolaire des Découvreurs, par exemple, neuf groupes de cinquième secondaire ont eu droit à Usito. Les autres ont dû utiliser le dictionnaire papier, hormis certains élèves en difficulté d’apprentissage.

Le Centre de services scolaire des Découvreurs a permis aux élèves de faire leur épreuve ministérielle dans les mêmes conditions que leurs apprentissages et leurs évaluations de l’année courante, explique la porte-parole Marie-Ève Malouin, qui ne juge pas la situation inéquitable.

« Il n’y a pas de préjudice pour les élèves, du moment qu’ils ont les mêmes conditions lors de l’épreuve ministérielle qu’ils ont eues lors des situations d’apprentissage et d’évaluation en cours d’année. »

— Une citation de  Marie-Ève Malouin, conseillère en communication au Centre de services scolaire des Découvreurs

En plus des Découvreurs, les Navigateurs, les Premières-Seigneuries ainsi que Charlevoix ont tous permis l’accès à Usito pour au moins une partie de leurs groupes d’élèves, selon nos informations.

Ce n’est toutefois pas le cas au Centre de services scolaire de Portneuf. Le recours au dictionnaire numérique ne sera permis que l’an prochain, quand les élèves auront eu suffisamment de temps pour s’approprier l’outil dans un contexte d’apprentissage, indique le directeur des services éducatifs aux jeunes, Jacques Moffette.

Un système à deux vitesses

Une situation semblable a causé du mécontentement dans une école du Centre de services scolaire de la Capitale, où une élève ayant un trouble du déficit de l’attention n’a pas eu accès à Usito, malgré les demandes de ses parents.

Dans un échange de courriels dont Radio-Canada a obtenu copie, l’orthopédagogue de l’école explique aux parents que les difficultés de leur fille ne justifient pas de lui accorder cette permission.

N’ayant pas été familiarisée avec Usito au préalable, sa situation ne répond pas aux critères du ministère non plus, écrit l'orthopédagogue. Les mesures adaptatives doivent aussi avoir été expérimentées sur une longue période pour qu'elles soient permises lors d'un examen ministériel, rappelle-t-elle.

Inquiet, le père a ensuite écrit au directeur de l’école, soulignant que même l’enseignant de français de sa fille avait sonné l’alarme quelques mois plus tôt concernant ses difficultés orthographiques.

Dans ce même courriel, le père déplore la mise en place d’un système à deux vitesses pour l’épreuve unique de français, sachant que le dictionnaire Usito pourrait être librement utilisé dans d’autres écoles de la province, y compris par de nombreux élèves sans difficulté d'apprentissage.

« Il y aura désormais les écoles et les centres de services qui ont les moyens d'offrir l'outil à tous les élèves... et les autres. »

— Une citation de  Extrait d'un courriel envoyé par le père d'une élève à la direction de son école

Au moment d’écrire ces lignes, lundi en fin de journée, Radio-Canada n’avait pas obtenu les explications souhaitées auprès du Centre de services scolaire de la Capitale.

Plus performant

Julien Bureau, professeur en sciences de l’éducation à l’Université Laval, constate que l’outil Usito est plus performant qu’un dictionnaire traditionnel.

À des niveaux de connaissance égale, il y en a un qui est vraiment plus pratique : l'outil numérique est vraiment polyvalent, affirme le professeur.

Selon M. Bureau, que le ministère autorise des outils différents pour passer l’épreuve unique de français n’est pas problématique en soi. C’est plutôt l’impossibilité de choisir le bon outil pour chaque élève qui l’interpelle.

« Le problème, ici, vient du fait qu'on a empêché certaines personnes d'avoir accès à un outil qui était considéré comme étant permis et acceptable pour l'examen. »

— Une citation de  Julien Bureau, professeur en sciences de l'éducation à l'Université Laval
Julien Bureau en entrevue sur le web.

Julien Bureau, professeur en sciences de l'éducation à l'Université Laval

Photo : Zoom / Capture d'écran

D'un point de vue de l'équité, ce qui serait intéressant, ce serait que les outils soient choisis selon la préférence de la personne qui fait l'examen, ajoute le professeur Bureau.

Une pratique balisée

Tard lundi soir, par courriel, le ministère de l’Éducation a indiqué ne pas avoir de données sur le pourcentage de jeunes de cinquième secondaire ayant eu accès au dictionnaire numérique pour l’épreuve unique de français la semaine dernière.

Le porte-parole Bryan St-Louis affirme cependant que la pratique est bien balisée. Par exemple, les établissements d’enseignement ne doivent pas permettre la communication, la navigation sur Internet, la traduction de textes ou la création, l’enregistrement ou la consultation de données, illustre-t-il.

Le dictionnaire numérique, précise le ministère, a déjà été utilisé avant la pandémie. M. St-Louis soutient également que cet outil n’a pas pour effet de favoriser les jeunes qui y ont accès.

Selon une étude menée sur l’utilisation des dictionnaires numériques à la suite de l’épreuve de français 5e secondaire de juin 2019, il appert que l’utilisation du dictionnaire numérique ne constitue pas un avantage pour la réussite des élèves.

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