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Propos discriminatoires et congédiement abusif dans une entreprise réputée inclusive

Une homme chauve avec des lunettes

Khalid Sbai a travaillé deux mois comme gestionnaire au sein de l'entreprise Panthera Dental avant d'être congédié.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Vigeant

Une entreprise de Québec qui se targue d'être inclusive est rabrouée par la Cour supérieure. Elle est condamnée à payer 175 000 $, plus les frais, à un ancien employé pour congédiement abusif. Celui-ci est persuadé d'avoir été victime de racisme, ce que nie l'entreprise, qui songe à porter la décision en appel.

Tout commence à l'automne 2019, alors que Khalid Sbai décroche un poste de directeur au sein de l'entreprise Panthera Dental. L’entreprise familiale de Québec, alors en pleine expansion, conçoit et fabrique des prothèses dentaires. Khalid Sbai a obtenu le poste après avoir été recommandé par une firme de recrutement. Né en France, il a notamment travaillé une dizaine d’années à Dubaï et se spécialise dans le commerce international.

Quelques semaines après son entrée en poste, Khalid Sbai quitte Montréal pour venir s'installer dans la région de Québec avec son épouse et ses trois enfants.

C'est un sacrifice familial, et là c'est vraiment le cas de le dire, affirme l’homme, assis dans sa cour ensoleillée de Boischatel.

Une employée au travail

Panthera Dental se spécialise dans la fabrication de prothèses maxillo-faciales et d'orthèses pour la médecine du sommeil.

Photo : Radio-Canada

Ce déménagement était l’une des conditions pour l’obtention du poste, assure-t-il, soulignant que son épouse a dû se trouver un nouvel emploi et que ses enfants ont dû intégrer une nouvelle école.

Son expérience à Québec prend toutefois une tournure inattendue. Un peu plus de deux mois après son entrée en poste, et moins de deux semaines après son déménagement, il est congédié.

« Ça a été un choc, il n'y a pas d'autre terme. Il n'y avait aucun signal qui venait me prévenir d'une décision aussi abrupte. »

— Une citation de  Khalid Sbai

En janvier 2020, Khalid Sbai entreprend des démarches judiciaires contre son ex-employeur pour congédiement abusif.

Ça ne fit pas

Lors des audiences, Panthera Dental ne réussit pas à convaincre la juge Johanne April que Khalid Sbai a été congédié pour des motifs valables. La directrice des ressources humaines, Nathalie Planche, témoigne que le président de l’entreprise, Gabriel Robichaud, l’informe qu’elle doit renvoyer Sbai au motif que « ça ne fit pas ».

Pourtant, dans les jours précédant son renvoi, Khalid Sbai assure que son patron lui a exprimé être satisfait de son travail.

C’est Diane Robichaud, la directrice de laboratoire et tante de Gabriel, qui aurait alerté Gabriel Robichaud concernant l’ex-employé après l’avoir côtoyé pendant quelques jours. Elle souligne sa capacité d’attention limitée, son manque d’intérêt et ses questions peu pertinentes.

Impossible pour moi de travailler ou de collaborer avec M. Sbai, a-t-elle résumé au tribunal.

Or, la juge estime que l’entreprise n’a pas respecté les étapes nécessaires avant de procéder à un congédiement, puisque ses lacunes ne lui ont pas été communiquées et qu’il n’a pas eu droit à un délai pour s’ajuster aux attentes de la direction.

À ce sujet, l’avocat spécialisé en droit du travail François Leduc croit que les entreprises doivent prendre note de cet aspect du jugement.

Pour les employeurs, c'est de ne pas croire que, parce qu'un employé est en probation, que l'employeur a toute la latitude de le congédier sans penser qu'il y a des recours pour les employés.

Il croit d’ailleurs que le déménagement de M. Sbai et de sa famille pour son embauche fait partie des circonstances aggravantes pour l’employeur et qui justifient le dédommagement prescrit par la cour.

Propos discriminatoires

M. Sbai, lui, est convaincu que son licenciement a plutôt à voir avec ses origines marocaines.

Dès le premier jour, on m'a dit : "Khalid, bienvenue à Québec, mais sache qu'ici, les gens sont extrêmement racistes!" Ce à quoi j'ai répondu : "ce ne sont pas des propos extrêmement rassurants!"

Il affirme que ses origines culturelles marocaines ont été mal perçues, voire totalement pas acceptées par certains membres de la direction. Le gestionnaire affirme d’ailleurs avoir aussi été victime de discrimination par son ancien employeur, Pratt & Whitney Canada.

Il cible particulièrement Béatrice Robichaud, la vice-présidente de Panthera Dental. La femme d'affaires trans est connue pour son implication dans la défense des communautés de diversité sexuelle et de genre. Selon Khalid Sbai, elle aurait tenu des propos discriminatoires et intolérants face à la religion musulmane, faisant référence à son pays dans le Moyen-Orient alors qu’il est né en France.

Béatrice Robichaud.

Béatrice Robichaud est la lauréate du prix Relève, femme d'exception du 41e gala Les Mercuriades.

Photo : Radio-Canada / Steve Breton

Devant le tribunal, Béatrice Robichaud a nié avoir tenu de tels propos.

La juge ne l’a pas crue et a déterminé que ce comportement est inacceptable. Elle a accordé 10 000 $ à l’ex-employé à titre de dommages-intérêts exemplaires.

« Panthera, par la voix de Béatrice, a de façon irrespectueuse atteint Sbai dans ses valeurs les plus profondes. »

— Une citation de  Extrait du jugement

Dans le cadre d'une entreprise qui se targue d'être ouverte d'esprit, qui se targue d'avoir la moitié de ses employés qui sont d'origines différentes, mais qui va à l’encontre de ce qu’elle se vante de faire, c'est quelque chose qui m'a particulièrement perturbé et qu'il faut absolument dénoncer, dit Khalid Sbai.

Panthera Dental étudie présentement la possibilité de porter la cause en appel. Donc, puisque la cause est toujours devant les tribunaux et par respect pour le processus judiciaire, Panthera Dental ne fera pas de plus ample commentaire, a réagi l'entreprise dans un courriel adressé à Radio-Canada.

Climat toxique

Un autre témoignage vient corroborer les allégations de Khalid Sbai. Dans une lettre remise à la cour, Marie-Pier Blouin, une ex-directrice des ressources humaines qui a embauché M. Sbai, fait état d’un environnement de travail toxique.

« L’irrespect était pratiquement prôné par la direction. »

— Une citation de  Ex-directrice des ressources humaines chez Panthera Dental

Selon elle, les membres de la famille tenaient souvent des rencontres enflammées où les cris étaient fréquents. L’ex-employée dit regretter amèrement son passage chez Panthera, où elle a travaillé moins d’un an. Durant cette période, elle affirme avoir renvoyé une dizaine de travailleurs, ce qui est énorme pour une entreprise de 100 personnes, affirme-t-elle.

Quant à Khalid Sbai, il n'a toujours pas trouvé un nouvel emploi. Même s'ils aiment la région de Québec, son épouse et lui songent à déménager de nouveau.

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