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La Première Nation Peguis déplacée de force vers des terres inondables au 20e siècle

Une photo du haut des airs qui montre l'étendue de l'inondation dans la communauté autochtone de Peguis, au Manitoba.

Une photo du haut des airs qui montre l'état de la Première Nation de Peguis, au Manitoba, aux prises avec une inondation majeure, le 5 mai 2022.

Photo : Radio-Canada / Jaison Empson

Radio-Canada

La Première Nation de Peguis, au Manitoba, vit actuellement la pire inondation de son histoire, qui a entraîné l’évacuation de 1600 personnes. C’est un déplacement de plus pour cette communauté qui a été chassée illégalement de ses terres ancestrales au début du 20e siècle.

Il y a quelques générations, la communauté vivait sur des terres agricoles de choix, tout près de Winnipeg, où se situe aujourd’hui la ville de Selkirk.

Elle a été déplacée par le gouvernement, en 1907, dans la région d’Entre-les-Lacs, à 160 km au nord de Winnipeg, dans le delta de la rivière Fisher, qui est très sujet aux inondations.

Sa triste histoire est commune à celle de nombreuses autres Premières Nations du Manitoba, explique le professeur d’études autochtones à l’Université du Manitoba Niigaan Sinclair.

On peut dresser la carte du Manitoba en fonction des déplacements des peuples autochtones. L’histoire de Peguis n’est malheureusement pas anormale, soutient le professeur, qui est également membre de la Première Nation de Peguis.

Cette dernière est la plus grande du Manitoba, avec 3521 membres qui vivent dans la communauté, et 6504 qui vivent à l’extérieur.

Une maison, une voiture et un véhicule récréatif entourés d'eau provenant de la crue printanière.

Une résidence inondée dans la Première Nation de Peguis (archives)

Photo : Radio-Canada / Tyson Koschik

M. Sinclair trouve difficile d’assister, chaque année, aux inondations que subissent ses proches restés dans la communauté.

Ils sont constamment soumis à des contraintes, et beaucoup de leurs biens sont endommagés. C’est tout simplement impossible de vivre normalement… Et tout ça, dans un endroit où nous avons été forcés de vivre, déplore-t-il.

C’est du racisme, pur et simple

Au 20e siècle, la Première Nation de Peguis était située dans l'ancienne communauté de St-Peter's et elle était composée d’agriculteurs prospères, comme le rappelle la professeure adjointe en histoire des Autochtones à l’Université de Winnipeg Karen Froman.

Toutefois, les colons estimaient que les Premières Nations étaient incapables de cultiver la terre correctement.

« Les colons ont fait pression pour que les peuples autochtones soient retirés des terres agricoles les plus productives et de valeur. »

— Une citation de  Karen Froman, professeure adjointe en histoire des Autochtones à l’Université de Winnipeg
Des personnes sont assises dans l'herbe. Au loin on aperçoit des habitations. Photographie d'archives de St. Peters en 1880.

Sur cette photo d'archives, on voit des gens dans l'ancienne communauté de St. Peter's vers 1880. Ce peuple a été forcé de déménager sur le lieu actuel de la Première Nation de Peguis à la suite d'une cession illégale de leurs terres, en 1907.

Photo : Fonds Robert Bell

Lorsque la communauté a connu un boom économique, le gouvernement a commencé à considérer la Première Nation comme une perte pour la prospérité du district. En 1907, il a donc élaboré un plan pour forcer la population de St-Peter's à céder ses terres, chose à laquelle elle était fortement opposée, selon Karen Froman.

Cette dernière estime que c’est tout simplement le résultat du racisme.

Le résultat d’un faux vote

Les membres de la Première Nation de Peguis auraient voté pour céder leurs terres au gouvernement.

Un vote a été tenu en septembre, après un court préavis, alors que plusieurs membres de la communauté étaient partis chasser, pêcher et trapper. Il a eu lieu dans une petite école où de nombreux résidents n’ont pas pu entrer pour voter, en raison du manque de place.

Karen Froman explique que le vote s'est déroulé dans la confusion. À un certain moment, un fonctionnaire aurait dit aux résidents de choisir un côté en fonction de s’ils voulaient obtenir ou non 90 $, plutôt que d’expliquer que le vote portait sur la cession de leurs terres.

Le résultat était serré : 107 pour et 98 contre. Le gouvernement a décidé qu’il avait gagné, disant qu’il avait obtenu la majorité des votes, alors qu’il n’y avait aucun registre pour déterminer qui avait voté, raconte l’historienne.

Niigaan Sinclair.

Niigaan Sinclair, professeur en études autochtones de l’Université du Manitoba (archives)

Photo : Radio-Canada

« Les terres ont été volées, point à la ligne. »

— Une citation de  Niigaan Sinclair, professeur d’études autochtones à l’Université du Manitoba

La communauté a ensuite été déplacée sur des terres choisies par le gouvernement, soit celles où elle se trouve actuellement.

C’était une terre pauvre, une sorte de marécage sans vrais grands arbres, raconte Bill Shead, dont l’arrière-grand-père était le chef de St-Peter's, lorsque le vote a été tenu.

Il n’y avait ni maisons, ni écoles, ni églises, ni routes.

Plusieurs sont restés

Certains membres ont refusé de quitter St-Peter's et ont dû abandonner leur statut de membre de Premières Nations. Des personnes métisses ont également demandé des certificats du gouvernement en reconnaissance de leurs droits territoriaux, mais ils sont nombreux à avoir tout de même perdu leurs terres.

Une carte de St. Peters.

Une carte qui montre l'emplacement initial de St-Peter's, étant aujourd'hui la ville de Selkirk.

Photo : Fonds du ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien

D’autres ont simplement refusé de partir et ont fait face à des conséquences pénales.

C’est ce qui est arrivé à la famille de Trevor Greyeyes, anciennement des membres de la Première Nation de Netley Creek.

À l’époque, cette Première Nation a été jumelée avec celle de Peguis par le gouvernement pour économiser de l’argent lorsque le Traité numéro 1 a été signé. Ses membres ont donc également été forcés de faire un choix : déménager dans la nouvelle communauté de la Première Nation de Peguis ou aller en prison.

Un document d'archives juridique.

Un document juridique indiquant « Sa Majesté le roi contre les Indiens qui empiètent sur l'ancienne Réserve de St- Peter's, Manitoba »

Photo : Gracieuseté de Trevor Greyeyes

Bien que la cession de leurs terres ait été déclarée invalide en 1911, le gouvernement a ignoré la décision et a forcé la relocalisation de cette Première Nation. On disait à tort que le peuple de St-Peter's avait consenti à vendre et à abandonner ses terres , explique Karen Froman.

Mais, c’est faux, selon l’historienne. Les gens ont baissé la tête et obéi en s’en allant tranquillement dans la brousse, dit-elle.

Regarder vers l’avenir

Selon M. Shead, l’arrière-petit-fils de l’ancien chef de St-Peter's, son peuple n’est pas rancunier.

Ils ont continué leur vie, ont reconstruit une communauté dans des conditions très difficiles et ont prospéré.

Des gens sont photographiés devant une maison neuve durant l'hiver, à Hodgson, en 1960.

L'inauguration en 1960 d'une maison modèle dans la Première Nation de Peguis, construite entièrement par des adolescents dans le cadre d'un projet scolaire, dans la communauté voisine de Hodgson.

Photo : Fonds du ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien

En 2009, la Première Nation a conclu une entente d’une valeur de 126 millions de dollars avec le gouvernement en compensation des terres volées un siècle plus tôt.

Le chef actuel de la Première Nation de Peguis, Glenn Hudson, croit toutefois que cette histoire doit être racontée, en particulier parce que la communauté doit endurer de nombreuses inondations depuis leur déplacement.

Les gens doivent comprendre et connaître l’histoire du vol de nos terres.

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