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Élections : « En tant que peuple autochtone, nous devons avoir une place à table »

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L'Ontario s'apprête aussi à faire face à son histoire alors que des fouilles se préparent sur plusieurs sites d'anciens pensionnats pour Autochtones.

Photo : La Presse canadienne / Chris Young

Accès à de l’eau potable, logements adéquats, santé et éducation ainsi que respect des droits issus des traités et réconciliation sont les dossiers phares qui préoccupent plusieurs membres des Premières Nations à la veille des élections.

Vous savez, à chaque élection, c'est la même chose : ils viennent frapper aux portes et ils font des promesses, lâche Glen Hare, le chef régional de l’Ontario. Il estime que les communications se sont améliorées avec les gouvernements provincial et fédéral quand il a fallu gérer les effets de la pandémie. Mais il reste beaucoup de choses à faire, selon lui.

Il a récemment organisé une rencontre entre les chefs de diverses Premières Nations et les dirigeants des partis qui se présentent en vue du scrutin du 2 juin. Lors de cette rencontre sous forme de questions-réponses où il a principalement été question des droits issus des traités, de protection des territoires, de logements salubres et de santé mentale, seul Doug Ford, chef du parti progressiste-conservateur, a été absent.

Participation aux décisions

S'il y a une chose que le chef Hare aimerait voir changer lors de ces élections, c'est bien la participation des Autochtones au processus décisionnel politique. Il reconnaît par exemple que le développement économique du Nord de l’Ontario est important, mais il aimerait une plus grande considération de la part de l'ensemble des communautés.

Toutes ces activités de forage que vous voyez dans la province, c’est sur nos terres, dans notre arrière-cour, que ça se passe, et très souvent en ne nous laissant rien, dit-il. En effet, les projets d’exploitation minière sur le territoire du Cercle de feu divisent les communautés autochtones de la région.

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Le chef régional de l'Ontario, Glen Hare

Photo :  CBC / CBC

En ce qui concerne la crise du logement, Glen Hare rappelle qu'elle est particulièrement aiguë dans les communautés autochtones mais que celles-ci sont souvent laissées pour compte. Il souligne que des milliers de logements sont construits chaque année à Toronto mais que le climat n’est pas le même dans les communautés isolées du nord de la province.

J’ai toujours plaidé pour que le gouvernement nous accorde des fonds afin de répondre à nos besoins de construction pendant l’été et pas selon un calendrier établi uniquement pour le sud de la province, dit-il.

Autre priorité soulevée lors des discussions : la santé mentale, qui s'est grandement détériorée dans certaines communautés. Il espère que le prochain gouvernement ne fera pas la sourde oreille et prendra des mesures pour mettre rapidement en œuvre des programmes destinés à prévenir une crise déjà palpable.

Le poids du vote autochtone

Professeur adjoint à l'Institut de recherche et d'études autochtones de l'Université d'Ottawa et Anichinabé de la Première Nation Pikwàkanagàn, Veldon Coburn rappelle qu’il n’existe pas de données précises sur le taux de participation des communautés autochtones aux élections provinciales, mais historiquement, à l’instar de ce qu'on observe lors des élections fédérales, ce taux demeure faible.

Il est difficile pour certains de sentir qu'ils comptent aux yeux de politiciens qui ne viennent pas toujours s’adresser directement à eux et qui font tourner des systèmes dont leurs communautés ne font pas partie. M. Coburn rappelle aussi qu'un rapport de distance et de méfiance s'est établi. Il y a aussi le sentiment de ne pas voter pour le gouvernement d'un système dans lequel on ne se reconnaît pas, explique-t-il.

« Il y a aussi un ressentiment colonial : on doit voter pour un gouvernement qui, en quelque sorte, est toujours l'oppresseur à bien des égards. »

— Une citation de  Veldon Coburn, professeur adjoint à l'Institut de recherche et d'études autochtones, Université d'Ottawa
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Veldon Coburn, adjoint à l'Institut de recherche et d'études autochtones de l'Université d'Ottawa et Anichinabé de la Première Nation Pikwàkanagàn

Photo : Radio-Canada

Il y a aussi le fait que les réserves sont des territoires qui relèvent des compétences fédérales. Cependant, pour 50 % des personnes autochtones qui vivent en dehors de ces réserves, ce sont les décisions provinciales qui touchent leur quotidien, rappelle M. Coburn.

Docteur en sciences politiques de l'Université de Montréal, Simon Dabin souligne d'ailleurs que le poids démographique des Autochtones commence à avoir de plus en plus d'importance. À l'heure actuelle, au fédéral, il n'y a que cinq circonscriptions majoritairement autochtones, mais on peut penser qu'il existe à peu près une vingtaine de circonscriptions où le poids démographique autochtone est considérable.

« On sent de plus en plus ce poids démographique dans les partis politiques qui présentent des candidats autochtones et dont les plateformes répondent davantage aux besoins des nations autochtones. »

— Une citation de  Simon Dabin, docteur en sciences politiques, UdeM
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Simon Dabin, docteur en sciences politiques

Photo : Radio-Canada

Le problème, selon M. Dabin, c'est que bien souvent, les conflits de compétences entre les gouvernements ont ralenti la réalisation de plusieurs projets, notamment en ce qui a trait à un meilleur accès à de l’eau potable ou dans le milieu de la santé. Les gouvernements se sont longtemps renvoyé la balle. Mais le colonialisme reste la principale raison qui explique les écarts socioéconomiques entre les Premières Nations et la population canadienne, rappelle-t-il.

Député sortant et candidat néo-démocrate dans la circonscription de Keewitinoong ainsi que membre de la Première Nation de Kingfisher Lake, Sol Mamakwa regrette d'ailleurs que les deux ordres de gouvernement se relancent la balle en matière de responsabilités.

« Quand je siège à Queen’s Park, je remarque que la plupart du temps, le gouvernement invoque l’excuse des compétences pour ne rien faire, que ce soit dans le domaine du logement, lors d'une crise en matière de santé mentale, pour des questions de santé publique, pour l’accès à de l’eau potable… »

— Une citation de  Sol Mamakwa, candidat du NPD dans Kiiwetinoong

Dans la circonscription où il est candidat, il y a 14 avis d'ébullition de l'eau en vigueur à long terme. Il est difficile de comprendre que la province n’agisse pas plus vite, selon M. Mamakwa. Si c’était à Toronto, à Ottawa ou à Milton, ce serait inacceptable. Les Ontariens devraient être traités sur un pied d’égalité pour l’accès aux services.

Me Alain Bartleman, avocat et membre de la Première Nation des Chippewas de Rama, rappelle pour sa part que le gouvernement provincial a toujours les compétences nécessaires en ce qui concerne les affaires civiles locales. En ce qui a trait à l'eau potable, la province peut émettre les permis et donner un coup de main aux communautés, assure-t-il.

Représentativité au sein du gouvernement

La représentation autochtone demeure faible parmi les candidats en lice pour des sièges à Queen’s Park. Avant 2018, un seul candidat qui se désignait lui-même comme Autochtone avait été élu comme député provincial en Ontario, soit Peter North, dans la circonscription d’Elgin, dans les années 1990.

Depuis lors, ce nombre a augmenté, notamment avec l’apparition de deux nouvelles circonscriptions qui comptent de fortes populations autochtones :

  • Mushkegowuk-Baie James (Nord-Est), remportée en 2018 par Guy Bourgouin, qui se désigne comme Métis
  • Keewitinoong (Nord-Ouest), remportée en 2018 par Sol Mamakwa, de la Première Nation de Kingfisher Lake

Suze Morrison, ancienne députée de Toronto-Centre, a quant à elle été la première femme d'origine autochtone à siéger à Queen’s Park. Elle s’est principalement battue pour les Autochtones qui vivent en milieu urbain.

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Sol Mamakwa, candidat dans la circonscription de Kiiwetinoong, affirme qu'Élections Canada doit prendre des mesures supplémentaires pour établir des relations de confiance avec les Premières Nations.

Photo : CBC/Logan Turner

Sol Mamakwa brigue un deuxième mandat. Depuis son entrée à Queen’s Park, il a tenu le rôle de principal porte-parole du parti en matière d’affaires autochtones. Il a aussi sensibilisé ses collègues aux problèmes auxquels doivent faire face les communautés éloignées, notamment pour exercer leur droit de vote.

Selon lui, le taux de participation électorale demeure très faible, car il est difficile pour certaines communautés d’avoir accès à un bureau de vote, comme cela s’est vu lors des élections fédérales.

Il devrait y avoir des bureaux de vote dans toutes les réserves. Si, dans n’importe quelle ville ou n'importe quel quartier, une population n’avait pas accès à un bureau de vote dans ce pays, ça créerait des tensions énormes et ce serait scandaleux pour la majorité des gens, estime Simon Dabin.

« Il y a toujours un système ''deux poids, deux mesures''. Si une ville entière n’avait pas pu voter au Canada, ça aurait choqué tout le monde. »

— Une citation de  Simon Dabin, docteur en sciences politiques, Université de Montréal

S’il dénonce l'attitude paternaliste du gouvernement, Sol Mamakwa dit être conscient qu’il s’agit d’un système qui n’a pas été conçu pour les peuples autochtones. Mais je pense qu’il existe une voix et une perspective dont mes collègues doivent être conscients avant de prendre des décisions qui vont toucher nos populations, notamment dans le nord de la province, où de nombreux projets de développement affectent directement le mode de vie traditionnel de certaines communautés, dit-il.

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Sol Mamakwa a demandé aux gouvernements ontarien et fédéral de mener des fouilles sur tous les sites d'anciens pensionnats afin de déterminer si des sépultures d'enfants autochtones ne s'y trouveraient pas.

Photo : Radio-Canada / Natasha MacDonald-Dupuis

Cette année, Vanessa Lalonde, de la Première Nation Oneida of the Thames, est candidate pour les libéraux dans London-Ouest. C’est important parce qu’on ne voit pas beaucoup d’Autochtones en politique provinciale et dans la politique en général. Je suis prête à franchir cette étape et je pense qu’il existe de nombreux appels à l’action concernant les peuples autochtones sur lesquels nous pouvons nous concentrer, dit-elle.

« La représentation est très importante et je pense qu'il est capital que tout le monde soit représenté dans notre gouvernement, de même que les différentes expériences vécues. »

— Une citation de  Vanessa Lalonde, candidate libérale dans London-Ouest

L’accès à de l’eau potable est aussi un de ses chevaux de bataille. J’ai de la famille qui vit dans une réserve qui n’a pas d’eau potable depuis des années. Les parents doivent s’assurer que leurs enfants ne boivent pas d’eau quand ils prennent un bain, raconte-t-elle.

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Vanessa Lalonde, candidate dans London-Ouest

Photo : Photo remise par Vanessa Lalonde

Selon Me Alain Bartleman, avocat et membre de la Première Nation des Chippewas de Rama, le ton des discussions par rapport aux populations autochtones a beaucoup changé depuis deux ans, notamment depuis la découverte des restes de centaines d'enfants près des pensionnats pour Autochtones.

« Je pense que l'heure est vraiment venue pour nous, en tant que peuple autochtone, de nous insérer dans les discussions politiques. Nous devons avoir une place à table. »

— Une citation de  Me Alain Bartleman
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L'avocat Alain Bartleman

Photo : Radio-Canada

L'avocat dit encourager son entourage à aller aux urnes le 2 juin. Il ne faut pas oublier que nous faisons partie de ce système politique et qu'il faut à tout prix voter, sinon le gouvernement provincial va continuer à ne pas tenir compte de nous, conclut-il.

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