•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Pour leur sécurité, des cliniques offrant l’avortement préfèrent rester discrètes

Michelle Fortin participe à la Marche des femmes de Vancouver, le samedi 19 janvier 2019.

Selon Michelle Fortin, plusieurs fournisseurs de services médicaux qui pratiquent des avortements refusent que leur nom soit publié pour leur sécurité et celle de leurs patientes.

Photo : La Presse canadienne / Darryl Dyck

Radio-Canada

Plus de 20 ans après deux tentatives d’assassinat contre un médecin procédant à des avortements dans la région de Vancouver, nombre de ceux qui offrent l’avortement préfèrent toujours travailler dans l’ombre, par peur de représailles.

En 1994, le Dr Garson Romalis a fait l’objet d’une première tentative d’assassinat par balle chez lui. Six ans plus tard, il a été poignardé derrière l’édifice où il pratiquait, à Vancouver. Dans les deux cas, ses interventions médicales ont été considérées comme la raison principale des attentats.

Malgré les 20 années qui se sont écoulées depuis ce dernier incident majeur impliquant un intervenant du domaine, plusieurs craignent encore pour leur gagne-pain, quand ce n’est pas pour leur vie, soutient la directrice générale d’Options for Sexual Health, Michelle Fortin.

Son organisme refuse de publier sa liste de médecins et de cliniques qui pratiquent des avortements pour des raisons de sécurité, surtout dans le nord et l’intérieur de la province, où l’opposition à l’avortement est plus forte.

C’est dommage qu’en 2022, une personne offrant un service de santé à la moitié de la population qui peut tomber enceinte doive se préoccuper de sa sécurité, souligne-t-elle.

Se cacher pour servir

Dans des communautés comme Smithers et West Kelowna, par exemple, des panneaux-réclames affichent les informations de campagnes anti-avortement.

Face à ce genre de publicité, ceux qui offrent ce service médical préfèrent se taire, explique Michelle Fortin.

Cette discrétion peut toutefois s’avérer une lame à double tranchant puisque, tout en assurant la sécurité des médecins et de leurs patientes, elle donne parfois l’impression que l’avortement est moins facilement accessible dans ces régions qu’il ne l’est en réalité, note-t-elle.

La liste d’Options for Sexual Health inclut une cinquantaine de fournisseurs de service médicaux répartis dans 35 communautés de la province, dont plusieurs sont en milieu rural et dans le nord. La plupart d’entre eux refusent toutefois que leur nom soit publié en ligne, précise Mme Fortin.

Les femmes qui ont besoin de leurs services doivent communiquer avec un intermédiaire, comme Options for Sexual Health, qui trie les appels et gère le premier contact avec le bureau du médecin.

Plusieurs d’entre eux utilisent alors des lignes téléphoniques confidentielles et des adresses courriel distinctes pour communiquer avec la patiente jusqu’à ce qu’ils soient certains que tout le monde est en sécurité.

En réalité, [ces fournisseurs de services médicaux] reconnaissent qu’il y a encore un risque de stigmatisation lié [à l’avortement] et ils s’inquiètent de la façon dont la patiente et, parfois, sa famille seront traitées, déplore Michelle Fortin.

S’ouvrir pour vaincre la stigmatisation

Du côté d’Action Canada pour la santé et les droits sexuels, Libby Schofield croit qu’il est nécessaire d’avoir des discussions franches au sujet de l’avortement afin de venir à bout de la stigmatisation dont parle Michelle Fortin.

Selon Libby Schofield, les personnes qui racontent leur histoire permettent à des organismes comme Action Canada et Options for Sexual Health de mieux servir les femmes qui ont besoin d’un avortement.

La tenue de groupes de discussion et de campagnes d’éducation est également importante pour montrer l'éventail de choix qui s’offre aux femmes en matière de santé sexuelle, dont la pilule abortive offerte par la poste.

Michelle Fortin rappelle en outre l’importance de soutenir les patientes, les médecins et les autres intervenants afin qu’ils puissent faire ce qu’il faut pour se sentir en sécurité.

Donc, s’il faut que, pour l’instant, ils restent plus discrets, nous allons les soutenir. Pendant ce temps, nous continuerons de parler avec force et fierté de l’accès à tous les soins de santé sexuelle, y compris l’avortement.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !