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Les investisseurs doivent-ils s’inquiéter des fluctuations boursières?

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La Bourse de New York a connu jeudi sa pire séance depuis 2020.

Photo : La Presse canadienne / Courtney Crow

Radio-Canada

Après une année 2021 fructueuse pour les marchés, la récente performance des principaux indices boursiers a de quoi freiner l’ardeur de certains investisseurs.

Depuis le début de l’année, le Dow Jones a reculé de 9,25 %, le SP 500 de 13 %, et le Nasdaq de 21,5 %. L’indice à forte composante technologique a d’ailleurs connu sa pire journée depuis 2020 jeudi avec une chute de 5 %.

L'inflation qui bondit, les taux d’intérêt qui augmentent et les problèmes qui persistent dans les chaînes d’approvisionnement pointent-ils vers une crise boursière?

Trois experts invités à l’émission Les faits d’abord alternent entre optimisme et pessimisme sur la question. Ils s’accordent toutefois sur un point : « rééquilibrer » son portefeuille pourrait s'avérer sage dans la situation actuelle.

Une crise « sur le long terme »

Georges Ugeux, ancien vice-président international de la Bourse de New York, évoque une tempête parfaite pour l’économie mondiale – une tornade dont il sera difficile de se relever.

Si on regarde l’impact de la guerre en Ukraine, l'inflation très élevée et très mal gérée et la hausse des taux d’intérêt, il est évident qu’on se dirige vers une période difficile à gérer, parce qu’on va devoir tenir compte de l’impact qu’ont ces différents éléments les uns sur les autres.

Celui qui est aujourd’hui président de la firme Galileo Global Advisors affirme que la situation actuelle est même plus inquiétante que la crise financière de 2008 dans la mesure où il s’agit d’une crise plus globale.

Que ce soit en matière d'énergie ou en raison des problèmes d’approvisionnement, l’inflation est ressentie à travers le monde. Une conséquence que Georges Ugeux attribue aux décisions des banques centrales et des gouvernements occidentaux.

Selon l’expert, les banques centrales ont erré pendant la pandémie en maintenant les taux d'intérêt trop bas pendant trop longtemps, ce qui a eu pour effet de doper la demande pour des biens et services, sans augmentation correspondante de l'offre.

Georges Ugeux qualifie les augmentations de taux d’intérêt de nécessaires, mais d'insuffisantes, puisque la guerre et les chaînes d'approvisionnement sont des phénomènes qui tombent en dehors des domaines d’interventions des banques centrales.

Les pouvoirs publics qui auraient le pouvoir d’intervenir ont des marges de manœuvre relativement limitées, rappelle-t-il. Le banquier d’affaires accuse les États d’avoir dépensé trop d’argent, trop vite pendant la pandémie.

« Bien entendu, [les gouvernements] vont prendre des mesures d’urgence, mais il est temps de se poser des questions sur la manière complètement irresponsable dont les États ont dépensé et utilisé la dette. »

— Une citation de  Georges Ugeux, président de la firme Galileo Global Advisors

Il juge inévitable la correction boursière qui s'en est suivie, après une décennie de croissance sur les marchés boursiers.

Les gouvernements, selon lui, vivaient sur un nuage en croyant que cette croissance allait se poursuivre. C'est maintenant tout le contraire qui pourrait se produire, selon Georges Ugeux, qui prédit une crise sur le long terme .

C’est pourquoi ce dernier n’est pas certain que ce soit le bon moment pour entrer sur les marchés.

Quant à ceux qui ont déjà des placements, il leur recommande de consulter leur conseiller pour éviter d'avoir des actifs trop spéculatifs. C’est certainement le moment d’avoir un bon équilibre entre les actions et les obligations.

Une conjoncture plutôt qu’une tempête

S’ils sont plutôt d’accord avec cette recommandation, Jean-René Ouellet et Fabien Major ne partagent pas le sombre pronostic de Georges Ugeux sur l'état de l'économie, à tout le moins pas dans le contexte canadien.

M. Ouellet, qui est stratège en investissement chez Desjardins, tempère les craintes de ce dernier par rapport à la hausse du coût de la vie. S'il est prévu que l’inflation sur le plan des commodités reste encore un certain temps , l’inflation des biens devrait revenir au niveau des cibles au fur et à mesure que les Canadiens écoulent leurs surplus d’épargne, selon lui.

Il note aussi que les marchés boursiers ont bel et bien subi des chocs au cours des dix dernières années. De prétendre le contraire, comme le laisse entendre Georges Ugeux, équivaut à se mettre la tête dans le sable.

Il faut se rappeler qu’en 2018, on avait un président américain qui mettait des barrières tarifaires contre tout le monde, notamment contre la Chine, l’Allemagne et d’autres pays européens, on avait eu un SNP 500 qui flanchait […] Ça fait partie inhérente des marchés que de faire face à des chocs.

« On a eu des chocs, il y aura d’autres chocs, c’est une certitude.  »

— Une citation de  Jean-René Ouellet, stratège en investissement chez Desjardins

Fabien Major, conseiller en gestion du patrimoine financier chez Assante, est du même avis.

Il est inexact de dire qu'il y a eu une croissance continue pendant 10 ans, affirme-t-il, citant en exemple la récession canadienne provoquée par la chute du baril de pétrole en 2015 ou encore la contraction de l’économie qu’a entraînée la pandémie en 2020.

Les deux analystes estiment que les problèmes économiques du Canada sont plus ponctuels que structurels.

Définitivement, il y a conjoncture, admet M. Major.Mais [pour] une tempête parfaite, il faudrait sans doute qu’il y ait plus de chômage, il faudrait sans doute que les taux d’intérêt soient plus élevés, et qu’il n’y ait pas de profitabilité au sein des entreprises. Mais ce n’est pas le cas.

Jean-René Ouellet seconde cette analyse, citant en exemple le taux de chômage du Québec, qui a atteint un creux historique en avril.

Il n’y a presque jamais eu de récession sans perte d’emplois [or] actuellement presque aucun employeur avec qui on parle n’est prêt à congédier un employé.

Il ajoute que la rentabilité des entreprises canadiennes a été révisée à la hausse depuis le début de l’année, et ce, malgré la tempête parfaite évoquée par Georges Ugeux. Et s'il est vrai qu’Ottawa a engrangé des déficits astronomiques pendant la pandémie, la performance de l’économie canadienne fait en sorte que le poids de [sa] dette ne grimpe pas.

Malgré des difficultés conjoncturelles, Jean-René Ouellet estime qu’il faut rester calme.

Il reconnaît que les corrections boursières de l’ordre de 12 à 20 % récemment observées sont de nature à inquiéter les investisseurs au profil plus prudent, il recommande aux investisseurs de rester équilibrés et diversifiés dans leur portefeuille, et surtout de gérer [leurs] attentes de rendement.

Il montre du doigt les hausses de taux d’intérêt qui permettent de générer de meilleurs rendements sur des obligations.

L’argent que j’investissais sur des obligations à moins de 1 % en début d’année, je peux aujourd’hui l’investir à du 3,5 %, 4 %.

Ce n'est pas excitant, mais c’est plus intéressant.

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