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Les talibans ordonnent aux Afghanes de porter un voile intégral en public

Le Canada et les États-Unis ont dénoncé cette décision « préoccupante ».

Des femmes afghanes voilées.

Les talibans avaient jusqu'ici exigé que les femmes portent au minimum un hijab, un foulard qui couvre la tête, mais qui laisse paraître le visage.

Photo : afp via getty images / BEHROUZ MEHRI

Agence France-Presse

Les talibans ont fortement durci les restrictions à la liberté des femmes en Afghanistan en leur imposant samedi le port en public d'un voile intégral, de préférence la burqa, une annonce vivement critiquée par les militantes féministes.

Dans un décret rendu public lors d'une cérémonie à Kaboul, le chef suprême des talibans et de l'Afghanistan, Hibatullah Akhundzada, a ordonné aux femmes de couvrir intégralement leurs corps et visage en public, estimant que la burqa, le voile intégral bleu grillagé au niveau des yeux, est la meilleure option pour cela.

Les femmes devraient porter un tchadri [autre nom de la burqa], car c'est traditionnel et respectueux, indique ce décret.

Les femmes qui ne sont ni trop jeunes ni trop vieilles doivent voiler leur visage, à l'exception de leurs yeux, selon les recommandations de la charia, afin d'éviter toute provocation quand elles rencontrent un homme qui n'est pas un proche membre de leur famille, ajoute-t-il.

Et si elles n'ont pas de raison d'aller à l'extérieur, il est mieux pour elles de rester à la maison.

Ce décret liste aussi les punitions auxquelles sont exposés les chefs de famille qui ne feraient pas respecter le port d'un voile intégral. Les deux premières infractions seront sanctionnées d'un simple avertissement. À la troisième, ils écoperont de trois jours de prison, et à la quatrième, ils seront traduits en justice.

Par ailleurs, toute employée gouvernementale ne portant pas le voile intégral sera immédiatement licenciée.

L'islam n'a jamais recommandé le tchadri, a réagi auprès de l'AFP une militante des droits des femmes restée en Afghanistan, sous le couvert de l'anonymat.

Les talibans, au lieu d'être progressistes, retournent en arrière. Ils se comportent comme lors de leur premier régime, ce sont les mêmes qu'il y a 20 ans, a-t-elle ajouté.

Mesures dénoncées en Occident

Ces nouvelles restrictions ont été dénoncées par le Canada, profondément préoccupé par l'escalade des restrictions imposées aux femmes afghanes par les talibans. Les progrès réalisés au cours des dernières décennies en matière de droits de la personne pour les femmes et les filles en Afghanistan doivent être préservés, a ajouté le ministère des Affaires étrangères sur Twitter.

« Les droits des femmes et des jeunes filles en Afghanistan doivent être respectés et nous continuerons à juger les talibans sur leurs actes, et non sur leurs paroles. »

— Une citation de  Mélanie Joly, ministre des Affaires étrangères du Canada

Les États-Unis se sont eux aussi dits extrêmement préoccupés que les droits des femmes et filles afghanes et les progrès accomplis dans ce domaine au cours des 20 dernières années soient rognés, selon un porte-parole du département d'État.

Les Nations unies ont également condamné cette décision. Elle va à l'encontre de nombreuses assurances concernant la protection des droits de la personne pour tous les Afghans qui ont été données ces dernières années à la communauté internationale par des représentants des talibans, insiste dans un communiqué la Mission d'assistance des Nations unies en Afghanistan.

Retour en arrière

Depuis le retour au pouvoir des talibans en août 2021, le redouté ministère de la Promotion de la vertu et de la Prévention du vice a publié plusieurs recommandations sur la manière dont les femmes doivent se vêtir, mais il s'agit du premier édit sur le sujet promulgué à l'échelon national.

Les talibans avaient jusqu'ici exigé que les femmes portent au minimum un hijab, un foulard couvrant la tête, mais laissant apparaître le visage. Cependant, ils recommandaient chaudement le port de la burqa, qu'ils avaient rendu obligatoire lors de leur premier passage au pouvoir entre 1996 et 2001.

Sous leur premier régime, ils avaient privé les femmes de presque tout droit, conformément à leur interprétation ultra-rigoriste de la charia, la loi islamique.

Les agents du ministère de la Promotion de la vertu et de la Prévention du vice fouettaient ainsi toute femme surprise sans burqa.

Promesses reniées

Après leur retour au pouvoir, après 20 années d'occupation par les États-Unis et leurs alliés, qui les en avaient chassés en 2001, les talibans avaient promis de se montrer cette fois-ci plus souples.

Ils ont rapidement renié leurs promesses.

Les femmes afghanes sont désormais largement exclues des emplois publics et il leur est interdit de voyager à l'étranger ou sur une longue distance dans le pays sans être accompagnées d'un membre masculin de leur famille.

En mars, les talibans ont fait refermer aux filles les lycées et collèges quelques heures à peine après leur réouverture, annoncée de longue date. Cette volte-face inattendue, qui n'a pas été justifiée sinon pour dire que l'éducation des filles devait se faire en conformité avec la charia, a scandalisé la communauté internationale.

Les talibans ont aussi imposé la séparation des femmes et des hommes dans les parcs publics de Kaboul, avec jours de visite définis pour chaque sexe.

Le décret publié samedi pourrait compliquer un peu plus la quête de reconnaissance internationale des talibans, que la communauté internationale a directement liée au respect des droits des femmes.

« C'est un retour en arrière inattendu, qui ne va pas aider les talibans à être internationalement reconnus. De telles initiatives ne vont qu'intensifier l'opposition à leur égard. »

— Une citation de  Imtiaz Gul, analyste pakistanais

Ces deux dernières décennies, les Afghanes avaient acquis des libertés nouvelles, retournant à l'école ou postulant des emplois dans tous les secteurs d'activité, même si le pays est resté socialement conservateur.

Des femmes ont d'abord essayé de faire valoir leurs droits en manifestant à Kaboul et dans de grandes villes, après le retour au pouvoir des talibans.

Toutefois, ceux-ci ont férocement réprimé le mouvement, arrêtant nombre de militantes et en détenant certaines, parfois pendant plusieurs semaines.

La burqa est un vêtement traditionnel afghan, largement porté dans les régions les plus isolées et conservatrices du pays. Avant même le retour au pouvoir des talibans, l'immense majorité des Afghanes étaient voilées, ne serait-ce qu'avec un foulard lâche.

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