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Combien de biens russes saisis au Canada? Ottawa est avare de commentaires

Gros plan de Mélanie Joly en contre-plongée.

La ministre canadienne des Affaires étrangères, Mélanie Joly (archives)

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

72 jours après la première vague de sanctions économiques, Ottawa n’a toujours pas révélé la valeur totale des actifs russes gelés au pays.

Dans une réponse écrite à Radio-Canada, la Gendarmerie royale du Canada dit que, pour l’instant, la GRC ne peut pas fournir de détails sur la valeur totale des avoirs bloqués mais espère pouvoir communiquer des chiffres au public sous peu.

Ces chiffres ne pourront être connus qu’après l’adoption du budget, avait affirmé la ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly, le 27 avril dernier, avant une rencontre du caucus libéral. Ottawa a inclus dans le plan budgétaire des dispositions qui permettent non seulement de saisir et de vendre les avoirs russes mais aussi d’en connaître la valeur.

La loi va permettre d'aller chercher de l’information. On va pouvoir travailler avec des banques, travailler avec différentes sources qui pourraient être au courant des actifs, des personnes que l’on vise, des oligarques que l’on vise. [...] Une des frustrations que j’avais, c’est justement de ne pas être capable de vendre ces actifs-là, de ne pas être capable de connaître leur valeur, a dit la ministre.

De leur côté, les partis d’opposition réclament plus de transparence.

Manque de responsabilité, critique l’opposition

Pour le chef adjoint du Parti conservateur, Luc Berthold, connaître le montant des actifs gelés est nécessaire pour évaluer l’efficacité de la stratégie des sanctions économiques adoptée par le gouvernement fédéral.

Les Canadiens ont le droit de savoir si effectivement, en ce moment, tout est mis en œuvre pour que les fortunes des oligarques russes qui soutiennent le régime de Vladimir Poutine soient vraiment gelées et qu'il n'y ait pas accès pour continuer sa guerre horrible contre l'Ukraine.

Des gardes civils se tiennent debout près du yacht appelé Tango à Palma de Majorque, en Espagne, le lundi 4 avril 2022.

Des agents fédéraux américains et la Garde civile espagnole ont fouillé le yacht qui appartient à l'oligarque russe Viktor Vekselbergen le 4 avril dernier.

Photo : Associated Press / Francisco Ubilla

Même son de cloche de la part d’Alexandre Boulerice, lieutenant au Québec du Nouveau Parti démocratique. Il n'y a pas de transparence et le gouvernement se bombe le torse. Il dit qu'il est dur envers les oligarques et le régime de Vladimir Poutine, mais en fait, il n'y a personne au gouvernement qui s'occupe de geler les avoirs de ces gens-là ici au Canada. Alors, c'est une blague? C'est juste du vent.

En effet, au sein du gouvernement, aucun organisme central n’est responsable de répertorier les biens russes et de superviser le gel des avoirs. Selon la GRC, il incombe plutôt à tous les Canadiens de geler les avoirs et de suspendre des transactions en lien avec les personnes désignées par les sanctions économiques.

Il s'agit là d'un problème structurel qui limite l’efficacité des sanctions, critique à son tour Christine Normandin, leader adjointe du Bloc québécois. Quand on nous répond : "C'est la job de tout le monde", en fin de compte, c'est que c'est la job de personne. Il aurait fallu s'assurer un minimum qu'il y ait une reddition de comptes qui soit faite par les banques, par exemple, qui ont la capacité de saisir. Mais si on fait juste dire : "Elles vont le faire d'elles-mêmes", quelque part, on échappe à notre responsabilité.

Le Canada, terreau du blanchiment d’argent

La guerre en Ukraine a révélé une vérité longtemps connue des experts, selon Patrice Poitevin, directeur général du Centre d’excellence en anticorruption : le Canada est mal outillé pour découvrir les actifs étrangers au sein de son économie.

Sans registre national de propriété effective, il est très difficile, selon M. Poitevin, de repérer les acquis des oligarques russes qui sont souvent placés dans des compagnies prête-noms ou dans des sociétés-écrans.

Le Canada est une destination pour le blanchiment d'argent [...] parce que les autres pays, comme l'Angleterre, d'autres pays en Europe, ont mis des processus plus agressifs, plus rigoureux, a expliqué l’ancien de la GRC.

Il y a deux semaines, l’Union européenne se félicitait d’ailleurs d’avoir gelé pour 41,3 milliards de dollars d’avoirs russes.

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