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Des frères d’Ottawa victimes d’inceste acceptent de rendre leurs noms publics

Jonathan et Shawn Lepage ont été abusés sexuellement par leur mère Julie Menard, une ancienne conductrice d'autobus scolaire.

Jonathan Lepage pose pour la caméra.

Jonathan Lepage (sur la photo) et son frère Shawn ont réussi à faire retirer l'interdiction de publication dans une affaire où leur mère a été reconnue coupable d'inceste et d'agression sexuelle en plus d'être condamnée à 10 ans de prison.

Photo : Radio-Canada / Francis Ferland

Radio-Canada

Quand Jonathan Lepage parle de sa mère, il doit dire son nom complet : Julie Ménard. Vendredi matin, son frère Shawn et lui ont obtenu gain de cause pour faire retirer une interdiction de publication, de sorte que le nom de leur mère est désormais publiquement lié à sa condamnation pour inceste et agression sexuelle.

La levée d'une interdiction de publication dans une affaire d'inceste est remarquablement rare et ne peut se produire que si une victime l'initie. Les frères Lepage ont déclaré qu'ils se sont battus pour rendre leur cas public parce qu'ils ne voulaient pas que le traumatisme qu'ils ont subi aux mains de leur mère demeure dans l'ignorance.

Julie Menard, une ancienne chauffeuse d'autobus scolaire d'Ottawa, a été condamné à 10 ans de prison à la fin avril. Jonathan, qui a protégé son frère de certains des mêmes abus qu'il a subis dans son enfance, avait espéré une peine d'emprisonnement à perpétuité de 25 ans. Il a désormais accepté que son nom et celui de son frère soient liés aux abus dont ils ont été victimes.

Je n'ai pas besoin de protection, a déclaré l'homme de 35 ans. Mon frère Shawn n'a pas besoin de protection. Nous en avons discuté et on a conclu que tout ce que l'interdiction de publication fait maintenant, c'est de protéger Julie. Ça empêchait notre mère d'être exposée.

Des problèmes juridiques en 2017

Des documents judiciaires détaillent une série d'abus sexuels, qui impliquaient souvent un scénario dans lequel Mme Menard appelait son fils pour l'heure de la sieste, mais Jonathan savait ce qu'on attendait de lui.

Selon lui, sa mère lui avait dit que ces activités sexuelles étaient normales entre une mère et son fils, mais à la suite d'un rapport sexuel avec celle-ci quand il avait 15 ans, il a senti que les choses n'allaient pas.

Nous sommes descendus dans le salon et ça m'a juste frappé, se souvient-il.

Les actions de Julie Menard n'auraient peut-être jamais été révélées sans les démêlés de Jonathan avec la loi en 2017, lorsqu'il a été inculpé et emprisonné à la suite de son divorce.

Alors que son propre procès était en cours, Jonathan a parlé à un agent de probation des mauvais traitements qu'il avait subis et des membres du personnel du palais de justice ont proposé de l'aider.

D'autres victimes potentielles

Jonathan veut que le nom de sa mère soit rendu public pour que la vérité se répande largement, mais aussi en raison de l'emploi qu'elle a occupé pendant de nombreuses années.

Elle avait des relations étroites avec de nombreux étudiants dont je ne connais pas les noms, a -t-il confié. Franchement, si quelque chose est arrivé, les autres victimes potentielles ne savent peut-être pas à qui en parler.

Par ailleurs, le Service de police de la Ville d’Ottawa (SPO) a indiqué par voie de communiqué, vendredi, qu’il pourrait y avoir d’autres victimes dans cette affaire, selon les enquêteurs.

Une photo récente de Julie Menard.

Julie Menard, une ancienne conductrice d'autobus scolaire d'Ottawa, a été condamnée en avril à 10 ans de prison pour inceste et agression sexuelle sur ses deux fils.

Photo : Photo envoyée par Jonathan Lepage

Mme Menard ne fait actuellement face à aucun chef d'accusation supplémentaire. Dans une salle d'audience d'Ottawa, vendredi, le procureur de la Couronne Moiz Karimjee a averti les frères qu'il n'y aura pas de retour en arrière une fois l'interdiction levée.

Julie Menard s'est quant à elle opposée à la levée de l'interdiction, qui est généralement mise en place pour protéger les victimes plutôt que les accusés.

Révéler la vérité au grand jour pour aider les autres

Shawn Lepage, 34 ans, s'est également exprimé devant le tribunal, vendredi, en faveur de la levée de l'interdiction.

Personnellement, j'ai l'impression que ces conversations peuvent être nécessaires pour aider les autres à traverser leur situation, a-t-il déclaré au tribunal.

Selon des documents judiciaires, Shawn n'a pas subi les mêmes abus que son frère, mais il a témoigné de nombreux cas de violence physique à partir de l'âge de trois ans, notamment de graves ecchymoses causées par les coups de sa mère.

Jonathan se souvient qu'il avait entre sept et neuf ans lorsqu'il a défendu son jeune frère pour la première fois. Il avait décidé d'intervenir lorsque sa mère avait invité Shawn à recevoir des attouchements sexuels.

Sur le moment, quelque chose a cliqué dans ma tête. Je me suis dit : ''non, mon frère ne peut pas aussi traverser ça'', s'est-il rappelé.

Le juge a salué le courage des frères Lepage

Jonathan a déclaré que revivre et ressasser son expérience ne sera pas facile, mais il accepte ce fardeau pour inspirer d'autres victimes potentielles. Si cela les encourage à aller de l'avant, c'est phénoménal, a-t-il estimé.

Au tribunal, vendredi, le juge de la Cour supérieure de l'Ontario Kevin Phillips a également mentionné aux frères qu'ils avaient été victimes de la manière la plus répréhensible tout en saluant le fait qu'ils sont motivés par le désir d'aider les autres.

« Vous mettez en lumière le genre d'actes répréhensibles qui se produisent en privé afin que d'autres personnes qui endurent de mauvaises choses ne se sentent pas si seules et impuissantes »

— Une citation de  Kevin Phillips, juge de la Cour supérieure de l'Ontario

On espère que grâce à la manière franche et ouverte avec laquelle vous choisissez de naviguer dans vos circonstances malheureuses, vous serez mieux en mesure de surmonter votre expérience, a conclu le juge Phillips.

Avec les informations de Joe Tunney de CBC

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