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Avortement : un service qui peut encore être difficile d’accès en région

Une jeune fille en détresse est assise dans la pénombre.

Les services d'avortement existent, mais ils sont parfois difficiles d'accès pour certaines femmes (archives).

Photo : iStock

Pendant que les États-Unis se déchirent concernant l'avortement, le Canada envisage de légiférer afin de s'assurer que les femmes enceintes y aient toujours accès. Au pays, l'avortement est décriminalisé depuis la fin des années 80, mais n'est pas protégé par une loi. Et il ne faut pas retourner bien loin en arrière pour remonter à l'époque où il était encore difficile pour les femmes d'interrompre leur grossesse de façon sécuritaire.

Au Bas-Saint-Laurent, cela fait une quarantaine d'années que les femmes bénéficient de ce service par le biais du système de santé, mais son accès demeure précaire, encore aujourd'hui.

La première clinique de planification des naissances à voir le jour dans la région est celle de Rimouski, en 1979. Des cliniques avaient alors été implantées un peu partout dans la province par Denis Lazure, qui était ministre sous le gouvernement de René Lévesque.

Si les femmes pouvaient demander un avortement dans ces cliniques, ce n'était pas elles qui avaient le fin mot de l'interruption de leur grossesse.

« Il y avait un comité qui regardait les demandes des femmes et qui décidait si oui elles pouvaient avoir un avortement ou non. Ça se passait comme ça. »

— Une citation de  Jocelyn Bérubé, médecin à la clinique de planification des naissances de Rimouski

Le Dr Bérubé, qui travaillait à la clinique de Rimouski à l'époque et y travaille toujours, précise toutefois que dans cette clinique – dont il a également été directeur – les évaluations du comité n'étaient qu'une formalité administrative. On se disait toujours que c’était à la femme de décider, c’était son choix, dit-il.

Une femme prépare la salle d'opération de la clinique Whole Woman's Health de Fort Worth, au Texas.

Il existe deux cliniques de planification des naissances au Bas-Saint-Laurent, soit à Rivière-du-Loup et à Rimouski (archives).

Photo : Associated Press / Tony Gutierrez

Ces comités d'avortement thérapeutique ont disparu progressivement dans la première moitié des années 80. L'avortement – qui était permis au Québec lorsqu'il était fait dans un milieu sécuritaire et encadré – a par la suite été décriminalisé dans l'ensemble du Canada, en 1988.

Des centaines de kilomètres à parcourir

Le Québec est la province canadienne qui compte le plus de cliniques de planification des naissances. Cependant, les femmes qui souhaitent se faire avorter doivent souvent parcourir des centaines de kilomètres pour le faire. Au Bas-Saint-Laurent et en Gaspésie, trois cliniques de planification des naissances existent, soit à Rivière-du-Loup, Rimouski et Gaspé.

Si je reste par exemple à Causapscal, c’est Rimouski le plus proche, explique Geneviève Royer, qui est agente de développement à la Table de concertation des groupes de femmes du Bas-Saint-Laurent. C’est au moins une heure, une heure et demie de route, donc ça fait trois heures un aller-retour, plus le temps de rencontrer le médecin. Il faut prendre une journée de congé, dans une conjoncture où c’est pas nécessairement tout le monde qui a accès à du transport non plus, souligne-t-elle.

« L’accessibilité, c’est fragile. »

— Une citation de  Geneviève Royer, agente de développement à la Table de concertation des groupes de femmes du Bas-Saint-Laurent

De plus, les cliniques qui font des avortements dans la région n'offrent pas ce service au-delà de 14 semaines de grossesse, après quoi les femmes doivent se rendre dans les grands centres, sinon aux États-Unis.

La pilule abortive, un gain

Depuis cinq ans, la pilule abortive est cependant permise au Québec, ce qui facilite l'accès à l'avortement pour les femmes qui habitent loin des cliniques. Mais ce n'est pas tous les médecins qui peuvent la prescrire, puisqu'ils doivent au préalable avoir suivi une formation en ce sens.

Autour de 15 à 18 % des avortements au Bas-Saint-Laurent sont des avortements médicamenteux. Les patientes doivent se déplacer la plupart du temps. Dans certains endroits, il y a des médecins qui sont habilités à donner cette pilule-là et à faire le suivi, indique le Dr Bérubé.

Le Mifegymiso, mieux connu sous le nom de pilule abortive RU-486.

La pilule abortive est autorisée au Québec depuis cinq ans, mais un nombre restreint de médecins peuvent la prescrire (archives).

Photo : Charlie Neibergall

La sage-femme Mélina Castonguay, qui est également formatrice à l’accompagnement à l’avortement, estime que cette situation est injuste, puisque les contraintes imposées par le Collège des médecins sont plus restrictives que celles de Santé Canada à l’égard de cette médication-là.

Qui plus est, puisque les femmes doivent se déplacer pour se la faire prescrire, cela tend à allonger les délais, déplore Geneviève Royer.

Les délais d’attente, ce sont des impacts sur la santé mentale, au niveau de la santé physique aussi. L’interruption de grossesse par médicaments, plus elle est demandée tôt et donnée tôt, moins il y a des risques de complications, d’hémorragies, souligne-t-elle.

La télémédecine fait partie des solutions qui pourraient améliorer l'accès des femmes à l'avortement en région, souligne Mélina Castonguay, mais elle est rarement utilisée dans de tels cas, se désole-t-elle.

Au Bas-Saint-Laurent, un peu plus d'une douzaine de médecins supervisent des avortements, selon les derniers chiffres du ministère de la Santé.

Encadrer le droit à l'avortement

Devant le débat qui fait rage aux États-Unis concernant l'avortement, le gouvernement Trudeau envisage de renforcer son cadre légal au Canada. Actuellement, le droit à l’avortement n’est pas protégé par une loi, mais par la jurisprudence, plus précisément par une décision de la Cour suprême rendue en 1988 qui le décriminalise.

« Il y a un fond de peur qui reste quand même [quant au droit à l'avortement]. Ça dépend du gouvernement qui est en place. »

— Une citation de  Geneviève Royer

S'il y avait une législation qui vraiment encadrait mieux, on serait davantage protégées, estime-t-elle.

Le député conservateur de Montmagny–L'Islet–Kamouraska–Rivière-du-Loup, Bernard Généreux, estime toutefois que le premier ministre Justin Trudeau profite de la situation pour se faire du capital. Même si plusieurs membres de son parti sont pro-vie, il estime que le droit à l'avortement va demeurer acquis.

« [Justin Trudeau] se sert des femmes à des fins politiques. [...] De toute façon, la majorité des députés conservateurs, s’il y avait un projet de loi sur la table [pour protéger l'avortement], on voterait pour. »

— Une citation de  Bernard Généreux, député de Montmagny–L'Islet–Kamouraska–Rivière-du-Loup

Bernard Généreux estime que ses adversaires politiques se sont servis de la situation aux États-Unis pour faire mal paraître le Parti conservateur. Le deux tiers de notre caucus, on est contre les projets de loi anti-avortement, on ne votera jamais pour ça, se défend-il. Pour les autres, ils ont droit à leur opinion, dit-il, même s'il convient que cette question demeure délicate au sein de son parti.

Quant au Dr Bérubé, il souligne que le plus important, c'est que les femmes continuent d'avoir accès à l'avortement si elles le souhaitent.

En termes d’avortement, il n’y a jamais rien de gagné. Il faut toujours être sur nos gardes et continuer à travailler pour développer les services et tenter de les protéger le plus possible, mentionne-t-il.

Au Bas-Saint-Laurent, le nombre d'avortements est en baisse depuis plus de 10 ans. La présence de services dans les écoles et le fait que les pharmaciens peuvent maintenant prescrire la pilule anticonceptionnelle ont grandement aidé à cette diminution, précise le Dr Bérubé.

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