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Les Acadiens pourraient être davantage prédisposés à des maladies génétiques

C'est ce qu'avancent des chercheurs qui se basent sur les résultats préliminaires d'une étude menée auprès de la population de Memramcook.

Deux hommes souriant dans l’entrée d’un stationnement tiennent en main un document.

Éric Allain (à gauche) et Philippe-Pierre Robichaud (à droite) tiennent un document de leur recherche.

Photo : Radio-Canada / NICOLAS STEINBACH

Radio-Canada

La population acadienne du Nouveau-Brunswick serait-elle davantage prédisposée à développer des maladies génétiques? Des chercheurs du Centre hospitalier universitaire Dr-Georges-L.-Dumont de Moncton avancent l’hypothèse qu’il existe une présence plus importante de variations génétiques pouvant causer des maladies au sein de cette population.

La recherche menée par la spécialiste en génétique Mouna Ben Amour, de la clinique de génétique du CHU Dumont, a été publiée vendredi.

Une analyse génétique a été menée auprès de 60 Acadiens de la grande région de Memramcook, par échantillonnage buccal.

On a regroupé des gens qui étaient en bonne santé. On cherchait des porteurs et non des personnes affectées par les maladies, souligne le spécialiste clinique en bio-informatique pour le Réseau de santé Vitalité, Éric Allain. Les participants ont rempli un questionnaire sur les antécédents médicaux de leurs familles et de leurs ancêtres.

« L'hypothèse de l'étude, c'est que la diversité génétique est peut-être moindre, qui fait en sorte que deux parents ont plus de risque d'être porteurs pour la même maladie et donc d'avoir un enfant qui serait malade.  »

— Une citation de  Philippe-Pierre Robichaud, spécialiste clinique en génétique moléculaire
Philippe-Pierre Robichaud devant les bureaux de Radio-Canada Acadie.

Philippe-Pierre Robichaud, spécialiste clinique en génétique moléculaire pour le Réseau de santé Vitalité.

Photo : Radio-Canada / NICOLAS STEINBACH

Les chercheurs ont analysé des centaines de gènes et ont trouvé 36 variations génétiques pouvant mener au développement des maladies.

Plusieurs maladies génétiques ont aussi été détectées dans le groupe, par exemple un gène associé à une maladie auto-immune, certains gènes liés à des faiblesses musculaires et plusieurs gènes liés à des maladies métaboliques.

C’est des maladies où notre corps est incapable de suffisamment produire ou détruit certaines composées, explique Éric Allain.

Éric Allain est devant un stationnement.

Éric Allain, spécialiste clinique en bio-informatique pour le réseau de santé Vitalité.

Photo : Radio-Canada / NICOLAS STEINBACH

Les données recueillies par les chercheurs pourraient servir à mieux dépister des maladies génétiques au Nouveau-Brunswick.

Bientôt des études dans la Péninsule, le Restigouche et le Madawaska

Le spécialiste clinique en génétique moléculaire pour le Réseau de santé Vitalité, Philippe-Pierre Robichaud, rappelle qu’avec les analyses des données génétiques des 60 participants de Memramcook, les résultats des recherches ne sont que préliminaires.

C’est un nombre très limité, précise-t-il.

Les chercheurs souhaitent maintenant élargir l’échantillon.

La participation d'une soixantaine de personnes de la Péninsule acadienne a été confirmée et une recherche de candidats pour le Restigouche et le Madawaska est en cours.

Un microscope

Les chercheurs souhaitent créer une cartographie génétique des Acadiens (archives).

Photo : Radio-Canada

L’objectif est de mener l’étude dans les sept zones sanitaires du Nouveau-Brunswick et d’essayer de voir quelles sont les maladies les plus fréquentes.

Avoir ce genre de données permettrait entre autres de proposer un programme de dépistage préconception et prénatal dans la province.

C’est vraiment à propos de transmettre l’information pour que les parents qui risquent d’avoir un enfant avec une maladie génétique connaissent le risque, explique Éric Allain.

Les dépistages préconceptions et prénataux pourraient permettre la prise en charge rapide des nouveau-nés atteints de maladie génétique afin d’offrir de meilleurs traitements.

On a séquencé 342 gènes, donc c'est énorme. Puis c'est quand même pas la totalité des gènes qui causent des maladies génétiques, donc c'est vraiment de savoir quelles sont les maladies les plus fréquentes pour ensuite proposer un programme de dépistage préconception pour une petite liste de gènes, donc de maladies, pour ensuite être capable de bien gérer les cas lorsque les bébés sont nés malades, précise Philippe-Pierre Robichaud.

Pourquoi les Acadiens ?

Les Acadiens établis dans le sud-est du Nouveau-Brunswick descendent d’une cinquantaine de familles françaises dans les années 1650.

Les chercheurs s’intéressent à cette population parce qu’ils soupçonnent qu’il y a auprès d’elle une perte de diversité génétique.

Cet effet est observable chez les populations établies depuis plusieurs générations dans un endroit donné, plus isolé et avec peu de mixité, comme par exemple, les Juifs ashkénazes en Europe centrale et les Québécois du Saguenay–Lac-Saint-Jean.

La prévalence de certaines maladies génétiques semble plus importante chez les populations avec une diversité génétique moindre.

Vers un possible registre provincial

Lorsque la généticienne chercheuse Mouna Ben Amour est arrivée au Nouveau-Brunswick il y a quelques années, elle a été surprise de constater qu’aucun registre de maladie génétique n’était tenu dans la province.

C’est ce qui l’a poussée à commencer cette étude de dépistage de porteurs avec son équipe.

La base de données préliminaire actuelle des chercheurs du CHU Dumont est donc le point de départ pour construire cette cartographie génétique des Acadiens.

Le CHU Dumont

Le CHU Dumont, à Moncton, au Nouveau-Brunswick.

Photo : Gracieuseté/Vitalité

Les données pourraient éventuellement mener à un registre provincial, mais la mise en place d’un tel programme n’est pas pour demain matin.

L’étude n’en est qu’à sa première étape, et suggère une enquête plus approfondie sur les variations génomiques auprès de cette population.

On ne sait pas encore si ça va mener à un registre, ou s’il y a même encore un besoin pour un registre, dit Éric Allain. Je pense que ça va venir avec la suite du projet.

Éventuellement, la diaspora acadienne ailleurs en Atlantique pourrait aussi être ciblée.

D’après le reportage de Nicolas Steinbach

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